24 octobre : la rue parisienne répond par le calme aux provocations d’Emmanuel Macron, et prépare la grève du 5 novembre

Loin d’affaiblir la mobilisation sociale, les mesures répressives ont galvanisé les manifestants dans la capitale, ce samedi. Les syndicats ont désormais les yeux rivés sur la journée de mobilisation interprofessionnelle du 5 novembre.

La manifestation s’élance dans le calme. Une syndicaliste rompue à l’exercice confie son inquiétude : « Les conditions sont réunies pour que cela dégénère. Emmanuel Macron ne cherche pas à répondre à la colère, alors il installe le désordre.

Emmanuel Macron voulait dompter la colère, mais c’est une foule massive et calme qui a déferlé sur les boulevards parisiens des maréchaux, ce 24 septembre. Les syndicats annoncent 250 000 personnes dans la capitale. La journée avait commencé dans l’incertitude : ou est-ce que le cortège partira ? La veille, prétextant des violences survenues le 17 octobre, la préfecture de police avait interdit le tracé syndical entre Bastille et Nation.

La préfecture avait pourtant donné son accord. Vers 11 heures, le tribunal administratif rejette le référé des syndicats, déposé hors délai. « Un tour de force du gouvernement sur les procédures administratives », s’insurge Vincent Gautheron, secrétaire général de l’Union régionale d’Île-de-France CGT (Urif-CGT). Dans une véritable guérilla administrative, la préfecture de police avait communiqué aux centrales l’arrêté d’interdiction à 18 heures le 23 octobre, après la fermeture du greffe.

Les organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, FSU, Solidaires) et de jeunesse (Fage, Union étudiante, Unef, USL) sont contraintes de défiler depuis la porte d’Italie. « Le gouvernement organise le chaos. En imposant ce changement, l’État prend la responsabilité de balader des milliers de manifestants de place en place dans la capitale », mesure Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante.

La manifestation s’élance dans le calme. Une syndicaliste rompue à l’exercice confie son inquiétude : « Les conditions sont réunies pour que cela dégénère. Emmanuel Macron ne cherche pas à répondre à la colère, alors il installe le désordre. » Mais, preuve de la maturité de ce mouvement social, la foule répond aux provocations élyséennes par une paisible joyeuseté.

« Les médias m’ont convaincu de manifester »

Dans les cortèges, aux côtés des lycéens et étudiants, les professeurs sont cette fois-ci peu présents. En ce samedi de vacances scolaires, des salariés du privé fournissent les troupes. À l’instar de Fred, chasuble CGT sur les épaules. « Je ne cache pas que le traitement médiatique a fini par me convaincre de venir. On veut nous effrayer, il faut élever le rapport de force. »

Symbole de la situation économique critique du pays, l’ouvrier a perdu son emploi, après 21 ans dans son entreprise de chimie. « Le PSE a été rapide. Le débat politique ne porte que sur l’austérité et la régression sociale. Comment la colère ne peut-elle pas se démultiplier ? »

À l’approche du Pont national, Rainald est venu « comme cheminot et papa ». « L’état de l’Éducation nationale est critique depuis plusieurs dizaines d’années. Mais la nouveauté, c’est Parcoursup. Il faut être aveugle pour ne pas percevoir la tension dans laquelle la sélection plonge notre jeunesse. » Syndicaliste chez Solidaires, l’agent SNCF attend de pied ferme le 5 novembre, journée de mobilisation intersyndicale. « On nous accuse de vouloir bloquer le pays. Mais il l’est déjà et le responsable se nomme Macron. S’il veut apaiser le pays, il n’a qu’à partir ».

Élever le rapport de force le 5 novembre

La convergence voulue par les centrales est un combat. Aux côtés des Gilets Jaunes Jérôme Rodriguez, des manifestants de 2018 interpellent les syndicats : « Elle est où, la grève ? » C’est justement l’objectif du 5 novembre. « Plus les grévistes seront nombreux, plus le gouvernement devra apporter des réponses à la colère sociale, à commencer par les salaires ou les moyens dans l’Éducation nationale », résume Thomas Vacheron, secrétaire confédéral CGT.

Alors que le cortège traverse la Seine, les automobilistes du quai de Bercy encouragent les manifestants avec leurs klaxons. « Il faut être lucide sur la capacité des travailleurs du privé à faire grève. Tout le monde ne peut pas se permettre de faire une croix sur une journée de salaire », tempère cependant Arnaud.

Cadre dans la protection sociale, ce cégétiste avait posé une journée de congés pour encadrer le cortège de jeunesse, le 13 octobre. « Ce n’est pas notre rôle, mais nous sommes contraints de pleinement converger avec eux. Non pas parce que les jeunes feraient n’importe quoi, mais pour éviter les débordements provoqués par la police. » Avant de s’interroger : « Mais comment ne pas croire que l’État légitime la violence, quand il muselle les manifestants et entend supprimer 1 500 postes d’enseignant, en pleine mobilisation de la jeunesse ? »

 


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