
Le 26 mai 2026, le Conseil de sécurité a tenu, à l’initiative de la Chine qui en assurait en mai la présidence, une réunion de haut niveau sur le thème : « Défendre les buts et principes de la Charte des Nations unies et renforcer le système international centré sur l’ONU ».
La réunion était présidée par Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, avec la participation du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et des représentants de plus de 100 pays, dont plus de 20 ministres des Affaires étrangères venus spécialement pour cette réunion.
Justifiant cette initiative par la situation internationale actuelle particulièrement dangereuse, Wang Yi a fait une analyse sans concession des périls auxquels fait face l’ONU et a appelé les États membres à faire front commun et agir de concert pour défendre, revitaliser et renforcer l’ONU. Pour sa part, António Guterres a alerté sur l’érosion du droit international, la multiplication des conflits et les divisions géopolitiques et s’est inquiété de la montée en puissance de la méfiance et des difficultés toujours plus grandes pour parvenir à un consensus, particulièrement au sein du Conseil de sécurité.
Les États ont discuté du rôle du Conseil, de la prévention des conflits, du respect des normes juridiques et de la nécessité de réformer les institutions. Il est apparu au fil des déclarations des différentes délégations que la crise du multilatéralisme est avant tout celle du Conseil lui-même, paralysé par le droit de veto de ses membres permanents et par une composition qui ne reflète pas les réalités toujours plus complexes du monde contemporain. « Loi de la jungle », « deux poids deux mesures », « multilatéralisme à la carte », « sélectivité » : c’est en ces termes que de nombreux États mettent en cause le comportement des grandes puissances, particulièrement les cinq membres permanents du Conseil de sécurité que la Chine appelle à améliorer leur coopération, à donner l’exemple et à « s’abstenir de toute application sélective du droit ».
Les échanges ont mis en lumière une crise de confiance dans le système multilatéral, liée notamment à l’application jugée sélective de la Charte qui mine la légitimité du système. Face aux turbulences que traverse le multilatéralisme, le Conseil de sécurité doit, selon les délégations, faire un aggiornamento à la hauteur des défis contemporains, une réforme jugée essentielle pour mieux refléter les réalités actuelles.
L’Afrique du Sud a rappelé les mots toujours actuels prononcés par Nelson Mandela en 1991 à l’ONU : « institution autre que l’ONU ne peut donner les moyens de bâtir un ordre mondial équitable et stable. Pour ce faire, l’Organisation doit pouvoir compter sur l’appui et le respect de tous les États. » Dans ce contexte, le représentant de la France s’est prononcé pour une réforme du Conseil « dont la composition doit correspondre aux réalités contemporaines » et a préconisé un réinvestissement de la diplomatie préventive, de la médiation et des bons offices. À quand des actes et des initiatives concrètes, à quand une diplomatie française à l’avant-garde, indépendante et novatrice ?
La société civile, les ONG n’étaient pas conviées à cette réunion : elles sont pourtant porteuses de plans élaborés de réformes des institutions internationales qui vont dans le sens d’une plus grande efficacité et d’un nouveau souffle pour le multilatéralisme. En ces temps désespérants, il est néanmoins appréciable de voir que jusqu’au Conseil de sécurité, ces voix trouvent des échos, prometteurs pour l’avenir. Un encouragement à toutes les mobilisations en faveur du droit international et de la paix.
Alain Rouy
Secteur international du PCF
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