La violence des incendies et l’ampleur des dégâts causés depuis quelques semaines dans de nombreuses forêts continuent de faire la une de l’actualité. Au point d’occulter les problèmes que la sécheresse et les périodes de canicule multiplient dans la production agricole en faisant souvent disparaître le revenu des paysans pour les mois à venir.

Quand on produit du lait de vache, l’absence d’herbe depuis des semaines dans les prairies desséchées, jointe aux effets négatifs de la chaleur, diminue la production journalière de chaque vache laitière et augmente le prix de revient de chaque litre de lait. Mais, en 2026, le prix du lait au départ de la ferme a diminué sensiblement r rapport à celui de 2025. Car les enseigne de la grande distribution ont augmenté les importations de produits laitiers à partir de leurs centrales d’achat délocalisées hors de France pour ne pas appliquer la loi Egalim qui devait les obliger à prendre en compte l’évolution des coûts de production.
Les enseignes ont ainsi limité à 0,5% la hausse moyenne des prix d’entrée en magasin des produits transformés par les laiteries qu’il s’agisse du lait de consommation, du beurre, des fromages et autres yaourts alors que les fournisseurs demandaient 3,5% de hausse en moyenne pour tenir compte de la hausse des coûts de la transformation. Faute de l’obtenir, les laiteries ont fait payer le plus gros de la note aux producteurs de lait en menaçant de ne plus les collecter en cas de refus du prix imposé.
En France, 11% des producteurs de lait ont plus de 60 ans. On imagine qu’ils préféreront arrêter la production, plutôt que de produire à perte, tandis que la reprise de l’exploitation par un jeune sera souvent impossible faute de pouvoir dégager un revenu.
Des conséquences sur le prix des bovins de boucherie
Les vaches laitières de ces fermes iront aux abattoirs, ce qui fera croître l’offre de viande bovine des mois durant par rapport à la demande. Cela fera baisser les prix dans les salles de cotation, comme au départ de la ferme. Du coup, une baisse du prix des bovins de boucherie concernera aussi les races à viande qui allaitent leurs veaux et dont les plus connues sont la charolaise, la limousine et la blonde d’Aquitaine. Dans cette filière, la moyenne d’âge des chefs d’exploitation est de 51,4 ans et 54% des éleveurs ont plus de 50 ans. C’est aussi le cas des éleveurs de moutons. Dans ces deux filières, les exploitants qui le peuvent choisiront aussi de prendre leur retraite afin de ne pas perdre de l’argent en continuant de produire.
Ajoutons que les filières des volailles de chair, des œufs de poule et des porcs charcutiers ont également souffert de la sécheresse avec notamment un taux de mortalité en forte hausse chez les poussins et les porcelets. Voilà pourquoi la souveraineté alimentaire de la France risque de reculer dangereusement dans la seconde moitié de cette année 2026 et en 2027, année d’élection présidentielle après deux quinquennats désastreux du président des milliardaires.
La production de légumes et des fruits a également été fragilisée par cet été sec et caniculaire. Selon leur Interprofession des fruits et légumes (INTERFEL) et suite aux aléas climatiques comme les orages de grêle en plus de la sécheresse, la filière a besoin de « la mise en place rapide d’aides d’urgence, notamment en trésorerie, pour les exploitations les plus durement touchées ; un plan d’investissement ambitieux pour adapter durablement la production française, notamment par le stockage de l‘eau, la protection des cultures et l’innovation ».
INTERFEL appelle également les consommateurs que nous sommes « à poursuivre leur engagement en faveur des arboriculteurs et des maraîchers français. Cet été, certains produits peuvent présenter de légers défauts d’aspect liés aux fortes chaleurs. Ils conservent toutes leurs qualités gustatives et nutritionnelles ».
Dit autrement, même si la forme d’une tomate produite en France est moins séduisante dans le rayon d’une grande surface que celle importée du Maroc, son goût n’en sera pas affecté et son bilan carbone sera beaucoup plus bas que celle produite de l’autre côté de la Méditerranée après avoir été irriguée à l’eau de mer préalablement dessalée et en ayant voyagé sur les milliers de kilomètres, dont une bonne partie en camion. Bien que le Maroc ne soit pas membre de l’Union européenne, 70% des 400.000 tonnes de tomates importés sur un an par la France provienne de ce pays, histoire de faire croître les marges bénéficiaires des enseignes de la grande distribution.
Le bilan carbone des tomates importées du Maroc
Président d’INTERFEL et arboriculteur en Charente, Daniel Sauvaitre déclare à l’attention des consommateurs que nous sommes : « Ce que nous vivons cet été dépasse l’épisode conjoncturel. C’est un signal d’alerte de plus pour notre souveraineté alimentaire. Toute la filière est unie pour défendre les producteurs français et leur donner les moyens de continuer à produire dans un climat qui change. L’accès à l’eau, d’adaptation de nos exploitations et l’investissement dans les moyens de se protéger des affres du climat pour notre agriculture sont désormais des conditions essentielles pour préserver notre souveraineté alimentaire »
Nous avons appris fin juillet que le rendement moyen d’un hectare de blé tendre a été de 69,3 quintaux contre une moyenne de 74,2 quintaux en 2025.
Du fait de la sécheresse, l’efficacité des engrais azotés épandus au printemps pour favoriser le remplissage des épis a manqué d’efficacité alors que leurs prix a augment de près de 40% du fait de la guerre contre l’Iran. Cette double peine intervient après deux années pleines de prix trop bas du blé au départ de la ferme. Concernant le maïs , du fait de la récolte en automne, ses rendements seront beaucoup plus bas que ceux du blé en raison de l’aggravation de la sécheresse.
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