Que nous cache-t-on derrière une aide aux achats d’engrais ? par Gérard le Puill

Gérard Le Puill

La sécheresse et les fortes canicules font chuter la production agricole en France tandis que les prix de vente ne couvrent pas les coûts de production. Mais la Ministre de l’Agriculture limite les aides gouvernementales aux achats d’engrais, lesquels doivent accompagner les semis de l’automne prochain, pour être récoltés en 2027.

Selon les chiffres fournis en juin par Eurostat, l’office statistiques de l’Union européenne, entre 2015 et 2025, le nombre de porcs élevés dans les pays membres de l’Union européenne a diminué de 8,9%, celui des bovins de 9,7%, celui des ovins de 12,2% et celui des caprins de 17,5%. Les accords de libre-échange que l’Union européenne a signé ces dernières années avec des pays tiers comme le Canada, le Mercosur, l’Australie, la Nouvelle Zélande, puis un nouvel accord avec les Etats-Unis en juin dernier, font reculer la souveraineté alimentaire dans l’Europe des 27. Alors que les éleveurs français et européens ont besoin de prix rémunérateurs pour maintenir la production, un communiqué du ministère de l’Agriculture, affichait une autre priorité et débutait par ce paragraphe le 24 juillet :

« Face au renchérissement exceptionnel du prix des engrais azotés observé depuis le début de la crise au Moyen-Orient, la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, Annie Genevard, annonce la mise en place d’un guichet exceptionnel d’aide destiné aux exploitations agricoles afin de préserver leur trésorerie, soutenir leur activité et sécuriser la production agricole pour la campagne 2026/2027 (…) Le dispositif repose sur deux niveaux de soutien, destinés à soutenir les exploitations agricoles, et notamment les plus exposées au surcoûts : une aide de 70 euros par tonne d’engrais azotés destinée aux exploitations les plus exposées à la hausse du prix des engrais azotés; une aide de 50 euros par tonne d’engrais azotés pour les autres exploitations éligibles ».

Le plancher de l’aide sera de 750€ par exploitation , mais aucune aide maximale n’est indiquée. Cela semble signifier que la ministre veut surtout aider les grandes exploitations céréalières. Ultime précision, sur les 145 millions d’euros d’aides versées pour l’achat des engrais azotés, 107 millions proviendront de l’Union européenne contre seulement 38 millions seront des aides nationales.

Une aide destinée aux grandes exploitations céréalières

La hausse du prix des engrais azotés a frôlé les 40% depuis le début de la guerre des Etats-Unis contre l’Iran. Mais les engrais épandus sur le maïs non irrigué cet été n’ont pas empêché le recul des rendements à venir du fait de la sécheresse.

La proposition d’Annie Genevard vise les prochains semis de blé et d’autres céréales qui seront récoltées en 2027. Ce faisant, la ministre omet d’évoquer les prix de ventes des céréales qui, en 2026 et en 2025, n’ont pas couvert les coûts de production. Rendue au port de Rouen pour l’exportation, la tonne de blé cotait moins de 200€ de mai 2025 à juin 2026, contre plus de 250€ de moyenne les deux années précédentes.

En évoquant une aide aux seuls engrais azotés en vue de la récolte de 2027, la ministre semble vouloir aider en priorité les grandes exploitations céréalières. Elle occulte aussi les difficultés des filières de l’élevage durablement fragilisées par le manque de fourrages du fait de la sécheresse.

Dans un communiqué daté du 23 juillet, la Confédération paysanne relève que « les épisodes de canicules successifs, associés à des incendies, de la sécheresse, mais aussi des épisodes de grêle d’une extrême violence, ont lourdement affecté le monde paysan, acculé à la fois économiquement, physiquement et moralement. Certains se questionnent sur leur capacité à terminer l’année, d’autres sur le maintient de leur activité dans ce contexte climatique où règne l’incertitude (…) Pour faire face aux difficultés de trésorerie, le Ministère de l’Agriculture doit proposer une aide d’urgence forfaitaire et à l’actif, versée rapidement et conditionnée à l’attestation d’une perte de récolte imputable aux aléas climatiques. Cette aidez devra être versée en priorité aux non assurés ».

Le MODEF demande un Fonds national de calamités

Le 27 mai, un communiqué du Mouvement de défense des exploitations familiales (MODEF) indiquait que « l’intensification de la sécheresse menace directement la survie économique de milliers de paysans et provoque une vague d’abandon du métier(…) Les éleveurs ont commencé début juillet à donner au bétail les fourrages récoltés de l’année. Les maraîchers sont inquiets pour leurs cultures. Les céréaliers ont eu des rendements très faibles». Partant de ce constat, le MODEF demande «un Fonds national des calamités agricoles d’un montant de 2 milliards d’euros, une aide directe pour acheter des fourrages, des céréales et surtout pour compenser les pertes liées à cet épisode pour les autres productions dont le maraîchage et la viticulture».

Considérant que «l’adaptation de l’agriculture française au changement climatique reste insuffisante au regard des défis qui nous attendent, le MODEF réclame l’adoption de la proposition de loi de Julien Brugerolles pour restaurer un véritable régime public et de prévention face aux aléas climatiques, sanitaires, et environnementaux ».

Responsable de la commission agraire du PCF, Julien Brugerolles est devenu député de la cinquième circonscription du Puy-de-Dôme en 2025 sur proposition d’André Chassaigne, dont il était le suppléant. André était le député de cette circonscription depuis 2002. Il fut constamment un défenseur très actif du monde paysan, apprécié par tous les syndicats agricoles.

On lui doit notamment deux lois votées en 2020 et 2021. Elles ont permis d’améliorer les retraites des chefs d’exploitations de 20% en moyenne et à hauteur de 85% du SMIC; puis une augmentation de 75€ par mois en moyenne pour les femmes qui dans leur vie active avaient le statut de conjoint du chef d’exploitation.

 


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