Cette prouesse technologique de Huawei relance la bataille numérique entre la Chine et les États-Unis

Le géant chinois du numérique Huawei a annoncé ce lundi 26 mai produire dans quelques années des semi-conducteurs semblables aux plus puissants du genre, malgré la rétention technologique imposée par Washington à Pékin.

He Tingbo, présidente du comité scientifique de Huawei et de son département semi-conducteurs, a affirmé que le géant chinois produira d’ici à 2031 des puces de 1,4 nanomètre. © Xinhua/ABACA

C’est l’histoire d’une tartufferie. Elle commence à la fin des années 1970, lorsque le capital états-unien en crise cherche de la main-d’œuvre pas chère pour continuer d’accumuler les richesses. L’eldorado est en Chine, dont l’ouverture aux investissements étrangers est amorcée par Mao Zedong et concrétisée par Deng Xiaoping.

Les entreprises américaines retrouvent leur taux de profit, délocalisent leur production et leurs émissions carbone. Pékin en profite pour moderniser son industrie, et contester cinquante ans plus tard l’hégémonie économique des États-Unis. Ces derniers fulminent qu’un État socialiste soit un meilleur capitaliste qu’eux, et répondent par l’endiguement et les sanctions.

Mais ce lundi 25 mai, une annonce a fait grand bruit à Shanghai. He Tingbo, présidente du comité scientifique de Huawei et de son département semi-conducteurs, a affirmé que le géant chinois produira d’ici à 2031 des puces de 1,4 nanomètre.

Une véritable prouesse technologique

Dans le domaine, la taille fait tout : les semi-conducteurs de 3 nanomètres et moins sont les plus performants et les plus chers, utilisés dans la technologie de pointe, civile ou militaire, notamment pour les modèles d’intelligence artificielle. Les plus grandes fonderies du monde – TSMC ou UMC à Taïwan, Samsung ou SK Hynix en Corée du Sud – ambitionnent d’atteindre les 1,4 nm en 2028 ou 2029.

Mais Taipei et Séoul ont accès pour cela aux dernières machines de lithographie, fabriquées par une seule et unique entreprise dans le monde, le néerlandais ASML. Pas Pékin, à cause des sanctions et menaces de Washington sur ASML afin de priver les géants chinois du numérique d’équiper leurs appareils des semi-conducteurs les plus puissants.

L’annonce de Huawei est donc celle d’une véritable prouesse technologique. « Les améliorations en outillage lithographique ne seront à terme plus indispensables », a lancé He Tingbo au symposium international sur les circuits et les systèmes de Shanghai. Il s’agit concrètement d’une nouvelle architecture – à l’échelle nanométrique – baptisée Tau qui permet d’augmenter la densité des transistors sur la puce, et donc sa puissance de calcul.

« Je pensais que cela nous prendrait une décennie, mais nous y sommes après six ans », s’est félicitée la dirigeante de Huawei, qui assure être en mesure de produire d’ici la fin de l’année les premières puces gravées en moins de 3 nm. Mais cette promesse d’innovation est bien plus que cela.

La bataille technologique au cœur de la guerre économique

La guerre économique que se livrent depuis des années les États-Unis et la Chine ne se gagnera pas sans la bataille technologique. La fonderie de puces est le chaînon manquant de Pékin, qui contrôle déjà la majorité de la production mondiale de terres rares – essentielles aux semi-conducteurs – et la quasi-totalité de leur raffinage. Et dispose également de géants du numérique comme Huawei ou Xiaomi pour écouler sa production.

Pour assurer sa souveraineté, le Parti communiste chinois (PCC) a manié le bâton et la carotte en imposant des restrictions sur les importations de puces étrangères – celles de l’états-unien Nvidia notamment – et en mobilisant un « grand fonds » d’investissement pour les circuits intégrés.

Sa troisième tranche, débloquée en mai 2024, était d’un montant record de 344 milliards de yuans, soit environ 44 milliards d’euros. Sans compter les investissements propres des entreprises. Xiaomi, par exemple, a misé en masse sur l’IA pour équiper ses téléphones, véhicules électriques et objets connectés. Jusqu’à développer le mois dernier « l’un des meilleurs modèles open source d’IA », selon le comparateur Artificial Analysis, qui ne consacre quasiment que des entreprises états-uniennes et chinoises dans ses classements.

Le numérique n’est que l’un des nombreux fronts où s’affrontent le dragon et l’aigle, l’un souhaitant remettre en cause l’hégémonie de l’autre. Lorsque le président chinois, Xi Jinping, reçoit Vladimir Poutine le 19 mai dernier, tous deux se félicitent des montants de leurs échanges commerciaux, en grande majorité effectués en roubles ou en yuans.

La devise chinoise concerne désormais environ 5 % des échanges mondiaux, encore loin derrière le dollar (environ 55 %). Pour imaginer un jour une dédollarisation du monde, Pékin intègre de plus en plus d’acteurs financiers – russes notamment – à son système de paiement interbancaire Cips, alternative au Swift occidental lancée en 2015. En même temps que l’initiative de la ceinture et de la route, surnommée « nouvelles routes de la soie ». La Chine veut contester aux États-Unis les réseaux, qu’ils soient à l’échelle mondiale ou nanoscopique.

 


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