
Dans un long rapport remis au Parlement et présenté hier à la presse par la présidente de l’Observatoire de la formation des prix et de marges des produits alimentaires, les informations chiffrées permettent de déceler le recul en cours de notre souveraineté alimentaire. Elle résulte surtout de la stratégie commerciale des grandes enseignes qui font croître les importations pour faire baisser les prix payés aux paysans hexagonaux
En cet été 2026, les pics de chaleur et la sécheresse qui impactent tout le territoire de la France métropolitaine font reculer la production agricole de manière inquiétante. Surtout que la relance de la guerre des États-Unis de manière sporadique et répétée contre l’Iran continue de maintenir les prix des carburants et des engrais à des niveaux élevés.
C’est dans ce contexte que Sophie Devienne, présidente de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a présenté le 9 juillet au ministère de L’Agriculture, une synthèse sous forme de « tiré à part du chapitre 2 du rapport remis au Parlement en 2026 ».
Cette synthèse s’étale sur 101 pages avec de nombreux graphiques. Néanmoins, elle ne permet guère aux journalistes de voir si les deux versions de la loi Egalim, votées par le Parlement en 2018 et en 2023, ont permis une prise en compte des coûts de production des agriculteurs par les entreprises agroalimentaires ; ces dernières devant aussi pouvoir faire prendre en compte leurs propres coûts par les enseignes de la grande distribution lors des négociations annuelles de novembre à février sur les prix et les volumes à fournir sur douze mois.
Le rapport évoque surtout les années qui vont de 2021 à 2024 et en page 11 on pouvait lire ceci : « En 2021, pour 100 euros dépensés en France pour l’alimentation, 11,70 € correspondent à des importations de produits alimentaires finis ; 17,10 € à des importations de consommations intermédiaires tout au long de la chaîne de valeur ; 6,40 € à la valeur ajoutée induite en production agricole ; 9,40 € à la valeur ajoutée dans les industries agroalimentaires ; 18,80 € à la valeur ajoutée induite dans le commerce. (… ) Cette approche macroéconomique à partir des comptes de la Nation permet ainsi d’évaluer la part de la production agricole nationale dans l’alimentation en France. Elle représente en 2021 environ 14 % des dépenses hors taxes (13,20 € sur 91,40 €) et 11 % de la valeur ajoutée induite (6,40 € sur 60,40 €) ». Il reste à deviner quelles conclusions il est possible de tirer de ces informations chiffrées.
Les effets pervers du recours massif aux importations
En page 19, le rapport indique que « les prix alimentaires augmentent moins vite en France que dans le reste de l’Europe sur la période étudiée. Cette différence est surtout sensible entre les mois d’août 2021 et mars 2023: entre août 2021 (pré-inflation) et mars 2023, l’indice des prix alimentaires passe ainsi de 100 à 119 en France, 124 dans la zone euro et 126 dans l’UE à 27. Depuis le ralentissement de l’inflation au deuxième trimestre 2023, l’augmentation des prix alimentaires en France est inférieure à celle de l’UE : + 2points d’indice en France entre mars 2023 et décembre 2025, contre + 6 points d’indice pour la zone euro et + 7 points d’indice pour l’UE à 27. L’écart continue donc de se creuser entre l’évolution des prix alimentaires entre la France et le reste de l’Europe ».
Pour comprendre cette moindre augmentation des prix alimentaires en France, il faut savoir que depuis l’entrée en vigueur de la loi Egalim, plusieurs enseignes de la grande distribution ont délocalisé leurs centrales d’achat hors de France afin d’échapper au droit français et faire croître les importations dans le seul but d’imposer des baisses de prix à leurs fournisseurs hexagonaux en réduisant la demande en produits français. Alors que la France est le premier producteur de blé dans l’Europe des 27 et que les prix payés aux producteurs ne couvrent plus les coûts de production pour la troisième année consécutive, les importations de farine en sachet se sont élevées à 420 000 tonnes en 2025 alors que les exportations n’ont été que de 204 000 tonnes. D’autres secteurs ont connu des évolutions identiques, à commencer par les viandes de poulet dont plus de 50 % est désormais importée dans le seul but de peser sur les prix payés aux éleveurs français. Du coup, la filière agroalimentaire française a connu un déficit de 0,8 milliard d’euros en 2025, alors qu’elle dégageait encore un excédent de 5,7 milliards en 2017 année de l’élection d’Emmanuel comme président de la République.
Trois années sans revenu pour les céréaliers français !
En page 97, le rapport de Sophie Devienne fait état d’une enquête de l’Observatoire auprès des enseignes Auchan, Carrefour, Cora, Leclerc, Intermarché et Coopérative U. Elle indique que dans ces enseignes en 2024, « la marge nette progresse pour 6 rayons : charcuterie, volaille, produits laitiers, fruits et légumes ainsi que marée et boulangerie ». Durant la même année, le rapport indique en page 99 que « le résultat courant comptable des exploitations agricoles continue de diminuer » et cite la production de blé, de blé dur, de viande porcine et de légumes comme les secteurs les plus impactés.
Le 7 juillet, deux jours avant la publication de ce rapport de l’Observatoire, l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) publiait un communiqué dont voici quelques extraits : « les prix du blé poursuivent leur chute abyssale : -10,7 % par rapport à 2024 qui accusaient déjà un repli de -8 % et ne couvrent toujours pas les coûts de production (…). Pour l’AGPB, ces chiffres prolongent une alerte déjà documentée : un résultat courant avant impôt de 6 800,00 € par chef d’exploitation en 2024, un revenu négatif pour plus de 80 % des céréaliers pour la troisième année consécutive… ».
On sait déjà que l’année 2026 sera encore pire en raison de la hausse du prix des engrais et de la chute des rendements imputable à la sécheresse dans pratiquement toutes les filières agricoles du pays, sans oublier la hausse de la mortalité dans les élevages. En Bretagne on faisait état ces derniers jours de la mort de 6 600 tonnes de volailles mortes durant les jours de canicule de ces dernières semaines et ces pertes vont perdurer si l’été caniculaire se prolonge.
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