Changement climatique et réflexion en silo ! + Plan Climat PCF

Le terme « réflexion en silo » est utilisé pour expliquer un raisonnement qui privilégie des objectifs particuliers au détriment d’une vision globale et de l’intérêt général. Elle est de plus en plus fréquente dans le cadre de la mondialisation de l’économie, y compris dans les entreprises de la coopération agricole en France.

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La Coopération agricole, dont le siège se trouve à Paris, abrite une multitude de groupes coopératifs spécialisés qui commercialisent des céréales, des viandes, des fruits et légumes, des graines à huile, du sucre de betterave, du vin et d’autres produits alimentaires ou agro-industriels.

Il y a quelques jours, Antoine Hacard, président de la coopération agricole spécialisée dans les « métiers du grain » tenait une conférence de presse sur la situation de cette filière après quatre années de prix trop bas payés aux producteurs comme nous l’avons montré le même jour dans un article publié sur « humanite.fr ».

Au moment de prendre la parole, François Hacard avait placé un paquet de farine devant les journalistes présents dans le but de leur démontrer que la vétusté des meuneries en France fait croître les importations de farine dans un pays qui exporte une part importante du blé tendre qu’il produit. A notre connaissance, la principale cause de ces importations de farine en sachet provient de la décision des grandes enseignes comme Auchan, Carrefour, Leclerc et quelques autres d’importer des farines de blé produit en Ukraine et transformé dans des pays membres de l’Union européenne , comme la Pologne, pour faire baisser le prix d’entrée en magasin de la farine produite en France. Mais Antoine Hacard n’a pas évoqué cette réalité.

Des prix trop bas et des coûts de production en hausse

Décrivant la situation difficile des producteurs de céréales qui touche aussi les entreprises de l’aval qui collectent et stockent le grain avant de le transformer ou de le vendre à l’exportation , Antoine Hacard a plaidé pour une plan de compétitivité de long terme, au nom des 40.000 salariés de ce groupe coopératif qui collecte 70% du grain en France et peut stocker 44 millions de tonnes. Il a indiqué que la récolte de blé tendre en France atteint 31,7 millions de tonnes cette année, en baisse de 4,8% sur 2025. Celle du blé dur, qui sert à produire des pâtes alimentaires et de la semoule, n’est que de 1,1 million de tonnes en baisse de -12,7%, celle de l’orge atteint 10,8 millions de tonnes mais chute de 10% sur 2025. Celle du maïs grain, dont on ne connait pas encore les chiffres exacts, pourrait chuter de -45% du fait de la sécheresse.

Toujours selon Antoine Hacard, la production mondiale de blé tendre serait de 822 millions de tonnes en 2026, contre 844 millions de tonnes en 2025.

Comme le stock mondial de report serait égal à 31,6% de la production, l’offre restera supérieure à la demande solvable et les prix ne remonteront que légèrement alors que ceux des carburants et des engrais sont en forte hausse depuis la fermeture du détroit d’Ormuz en Iran. Cela veut dire que la sous-rémunération des producteurs risque de perdurer. Sans donner un avis sur le sujet , Antoine Hacard a plaidé pour la modernisation des infrastructures de stockage dans les quinze prochaines années avec une moyenne de 286 millions d’euros d’investissement par an , disant avoir besoin du soutien de l’Etat et étant désireux de le faire savoir aux candidats à l’élection présidentielle de 2027.

Contenu écologique des brochures et mondialisation des échanges

A l’entrée du local de la Coopération agricole, on trouvait une vingtaine de brochures dont l’une était titrée « Agir face à l’urgence climatique ». Une seconde proposait des « Objectifs de développement durable », une troisième titrait « Coopératives et transition agro-écologique », tandis qu’une quatrième, sous le titre « prospective luzerne 2026 », faisait l’éloge d’une «protéine durable du champ à l’assiette ». Parmi les objectifs retenus pour favoriser une progression de la culture de cette plante riche en protéines, la brochure évoquait la possibilité de « réduire de 2/3 les émissions de gaz à effet de serre par tonne de produit fini », de «faire connaître les atouts de la luzerne déshydratée par tous» et de « développer les partenariats en amont et en aval de la filière ».

Au moment des échanges avec les journalistes, nous avons demandé à Antoine Hacard si, de son point de vue, le moment était venu de réduire en France la production céréalière pour augmenter celle de la luzerne riche en protéines végétales afin de moins dépendre des importations de soja qui provoquent de la déforestation dans les pays exportateurs. L’essentiel de sa réponse s’est limité à ces quelques mots : « Quand on souhaite exporter, il faut accepter d’importer. En Europe on n’est pas autosuffisant en maïs et en soja. Ne soyons pas un village gaulois. Notre climat est favorable aux céréales à paille, mais moins favorable aux protéines végétales. On a besoin d’importer et d’exporter, mais je comprends moins qu’on importe des produits OGM (organismes génétiquement modifiés) dont la production est interdite en Europe ».

Comme dans les entreprises privées qui cherchent avant tout à gagner des parts de marché, ce raisonnement  en silo est très courant dans les coopératives qui collectent et transforment la production agricole. Il constitue un frein à la réduction du bilan carbone de notre assiette au quotidien et favorise la poursuite du réchauffement climatique en cours.

Gérard Le Puill

 


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