
A lire absolument : Les enseignements d’une journée française par Danielle Bleitrach (une analyse marxiste de la situation et du rôle de Fabien Roussel et du PCF)
Une marée historique
Le cortège s’est élancé à 14 heures dans une ambiance joyeuse, place de la République, à Paris. Des jeunes, des moins jeunes, des élèves, des enseignant·es, des élu·es de toute la gauche et des écologistes, les syndicats CGT, FSU, CFDT, FO, des associations comme la FCPE, la LDH ou Amnesty : toutes et tous étaient là, unis, pour soutenir la mobilisation lycéenne. Soutenus mais aussi protégés par de nombreux adultes, les élèves n’ont pas marché seuls.
« Classes surchauffées, classes surchargées, on n’a plus que la lacrymo pour pleurer »
« On n’est pas en cours pour vous faire une leçon », disait aussi une pancarte. La démonstration, ce jour-là, était convaincante. « Coupez la télé, écoutez-les. Contre la répression, l’infantilisation, la division. Prof déter et en colère » pouvait-on lire sur une des pancartes en carton. Sur une autre : « Dans ma salle de cours, l’été j’ai chaud, l’hiver Geffray ».
Dans le défilé, il y avait de l’humour, de la joie et beaucoup de monde et de détermination pour défendre l’avenir de la jeunesse et de l’Ecole. « J’enseigne l’esprit critique. Je ne peux pas leur en vouloir de s’en servir » brandissait une professeure. Les banderoles parlaient de moyens pour l’éducation, de revendications et d’inquiétude face à la répression. Les violences des derniers jours étaient très présentes, tout comme les forces de l’ordre tout autour de la place de la République
« Que fait la police ? Ça crève les yeux », « Des moyens, pas des moignons » témoignent de la colère et du choc de ces mutilations. Les violences policières des derniers jours étaient dans toutes les têtes, et sur beaucoup de pancartes : « On crie SOS, on nous envoie les CRS » déplorait une jeune femme. « Éborgner ne suffira pas, on vous voit » dénonçait une autre. « Trop jeunes pour être écoutés, assez grands pour se faire gazer ».
Une mère de la FCPE tenait sa pancarte : « Blessé·es, mutilé·es, endeuillé·es, nous sommes à vos côtés » et « Place aux lycéen·nes dans le débat ».
Amnesty : « Une désescalade urgente »
La présidente d’Amnesty International France Anne Savinel-Barras a rappelé pourquoi l’organisation était dans la rue : « Amnesty International est mobilisée aujourd’hui tant la situation nous préoccupe. Nous voulons réaffirmer la nécessité d’une désescalade urgente compte tenu des derniers événements. Nous voulons défendre avant tout le droit des lycéens, le droit des jeunes à manifester, c’est un droit fondamental inscrit dans la Convention des droits de l’enfant. Il faut défendre ce droit d’expression, ce droit de se réunir pacifiquement, et nous devons dénoncer les violences policières qui ont eu lieu, un usage de la force disproportionné et non nécessaire alors que les forces de l’ordre ont pour devoir de protéger la population et de protéger les jeunes. »
Les enseignants : «Je ne peux pas rester chez moi»
Aude, professeure d’anglais dans l’Essonne, fait grève aux côtés de ses élèves : « On soutient la mobilisation lycéenne, on a beaucoup de revendications communes. Les choses que les lycéens ont réussi à porter, on les dénonce depuis des années sans être entendus. » Elle poursuit : « On ne peut pas accepter la répression qui est en cours, on ne peut pas accepter le traitement médiatique de la plupart des médias qui présentent les élèves comme des écervelés qui n’ont rien compris, qui sont instrumentalisés, et qu’on doit renvoyer à la niche comme des bons toutous. On ne peut pas accepter la répression policière et les violences policières. Jeudi dans notre établissement, les choses ont vraiment dégénéré, on a vu nos élèves se faire gazer, se faire matraquer, se faire poursuivre par la police. C’était totalement inacceptable. Je ne peux pas rester chez moi sans rien faire, c’est pour cela que je fais grève, aux côtés de nos élèves. »
Une ancienne lycéenne d’Aulnay-sous-Bois, aujourd’hui étudiante en première année, a témoigné de l’état de son ancien lycée : « C’est normal que les lycéens se révoltent pour ces conditions. Nous, on n’a pas pu se révolter, on a juste subi la canicule et les températures glaciales en hiver parce que les fenêtres ne se fermaient pas. À la cantine, parfois on mangeait de la nourriture encore froide. Vraiment on a souffert. Quand je réfléchis à ce qui s’est passé, je me dis que c’est incroyable, on a tous tenu, on n’a jamais ouvert nos bouches. On a trouvé normal que, quand on était en banlieue, on méritait de mal manger, de mal étudier, de ne pas avoir de remplaçant. » Elle évoque aussi une amie, en terminale SES, restée cinq mois sans cours : pas de formation, pas de bac. « C’est injuste : quand on vient de banlieue, on a moins de chances d’avoir accès à l’éducation pour avoir un meilleur statut social. »
Ce 6 octobre dans les rues de France, la jeunesse a offert une belle leçon en actes d’EMC et de démocratie. Une journée où elle a défendu la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité.
Djéhanne Gani
In DDM du 7 octobre

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