Quand le RN veut mettre les enseignant·es et les élèves au pas (com. + Mot d’humeur)

Le maire Rassemblement National de Carcassonne a infiltré un réseau social de lycéen·nes pour les menacer de poursuites individuelles en cas de participation à une manifestation devant la direction des services départementaux de l’Éducation nationale.

Un député Rassemblement National de l’Oise a tenté de faire pression sur le recteur d’académie pour empêcher des formations syndicales portant sur l’analyse des idées de l’extrême-droite.

Dans l’un et l’autre cas, c’est au nom d’un rappel à la loi que les élus du Rassemblement National ont prétendu agir alors que leurs interventions tentaient de réduire des droits conquis par les luttes sociales et clairement reconnus par la loi.

Agissant ainsi, au prétexte d’ordre public, ils dévoilent les intentions de l’extrême-droite : réduire le droit à la formation syndicale, à la manifestation publique et à la grève,… réduire les libertés des élèves et des personnels de l’Éducation nationale.

Ils préparent le terrain d’une imposition pure et simple des décisions de politique éducative sans que profs et élèves ne puissent exprimer désaccords et oppositions. Les obligations réglementaires qui s’imposent aux élèves et aux fonctionnaires de l’Éducation nationale ne peuvent être confondues avec une contrainte au silence !

Le parti communiste affirme son attachement à un projet éducatif capable d’émanciper les citoyen·nes, c’est-à-dire capable de développer leurs connaissances et leurs capacités d’analyse raisonnée et de jugement critique pour penser et agir leurs choix individuels et collectifs. Une telle éducation ne peut se concevoir que dans le respect des libertés fixées par la loi et des principes de la démocratie.

C’est pourquoi nous dénonçons et dénoncerons avec vigueur toute menace, tentative d’intimidation ou pression qui contreviendraient aux droits des élèves et de leurs enseignant·es.

Paris, le 4 avril 2026, Parti communiste français.


Lire aussi:

Des écoles dans l’escarcelle de l’extrême droite : la voie est ouverte

La prise en mains de quelques dizaines (ou centaines ?) de mairies par le RN ne sera pas sans conséquences pour les écoles primaires des communes concernées. Mais force est de constater que, depuis quelques années, le projet éducatif de l’extrême-droite a déjà été bien anticipé par l’Éducation nationale.

[La présente note de blog ne concerne que les écoles publiques et non les écoles privées hors contrat qui relèvent d’un autre débat.]

La prise en mains de quelques dizaines (ou centaines ?) de mairies par l’extrême-droite ne sera pas sans conséquences pour les écoles primaires des communes concernées. Même si les prérogatives de l’Éducation nationale l’emportent sur celles des autorités locales, la loi n’en confère pas moins à ces dernières des pouvoirs et une influence qu’elles ne manquent, qu’elles ne manqueront pas d’exercer. Certes, l’Éducation nationale conserve le monopole des programmes d’enseignement, de la pédagogie et de l’évaluation des élèves mais de leur côté, les communes, propriétaires des locaux, disposent à ce titre de moyens d’action non négligeables touchant entre autres à la construction et à l’entretien des bâtiments, à la gestion des crédits d’équipement et de fonctionnement, à la restauration mais aussi aux activités péri-éducatives, sportives, ce qui inclue la gestion des personnels non-enseignants.

Un domaine d’interventions qui ratisse large et dont l’impact sur le quotidien des élèves et des enseignant.es et même sur certains aspects de l’enseignement n’est pas insignifiant… ni neutre comme l’illustre le programme avancé à Carcassonne par Christophe Barthès, candidat RN, arrivé en tête au premier tour.

Reprenant à son compte au niveau local le projet et les obsessions de son parti, il annonce vouloir faire dresser des drapeaux tricolores dans chaque école, « expérimenter » (sic) le port de l’uniforme, et mettre en place des « partenariats entre les associations patriotiques et les écoles. » Pas moins.

Là où le bât blesse, c’est que ces fantasmes à forte connotation identitaire qui, il y a encore une dizaine d’années, pouvaient passer pour les marqueurs exclusifs d’une extrême-droite dont l’accession au pouvoir paraissait inconcevable, non seulement ont trouvé une place toute banale dans le cadre d’une campagne électorale mais surtout ont été largement anticipés par des mesures déjà prises par l’Éducation nationale : le drapeau, l’uniforme, les partenariats patriotiques ne sont plus l’apanage de l’extrême-droite mais ont aujourd’hui trouvé leur place, sans beaucoup d’opposition, dans les établissements scolaires.

Si, certes, l’uniforme scolaire ne touche qu’une poignée d’établissements volontaires pour une expérimentation, le principe de sa généralisation – aujourd’hui mis à mal par des contraintes budgétaires, tout comme le SNU et pour les mêmes raisons – a bien été annoncé par Macron et commencé à être mis en œuvre par Attal pendant son bref mais calamiteux passage à la tête de l’Éducation nationale (juillet 2023 – janvier 2024). L’idée, complètement déconnectée de toute réalité historique, avait été lancée il y a une vingtaine par X. Darcos, l’un de ses prédécesseurs avant de faire l’objet d’une publicité médiatique surréaliste eu égard à la nature du sujet et de développements politiques tout autant surréalistes illustrés par le dépôt d’une bonne dizaine de propositions de loi sur le sujet (sans doute davantage mais j’ai cessé de les compter…)

Pour ce qui est du drapeau, sa présence à l’école et plus généralement celle des symboles nationaux ne doit pas plus à l’extrême-droite qu’à la constance manifestée par l’Éducation nationale sur ce sujet, notamment depuis le quinquennat Hollande, tétanisé par la mise en cause de l’école dans le contexte post-attentats, accusée de ne plus son rôle dans la transmission du sentiment national. Mais la présence du drapeau y est antérieure puisque c’est bien la loi Peillon (2013) qui fait obligation pour chaque établissement scolaire (pas seulement primaire) de dresser un drapeau français sur la façade de l’école, certes accompagné du drapeau européen, première étape d’une surenchère sans fin autour des symboles nationaux, inspirée certes par la droite et l’extrême-droite (et tout spécialement l’activisme de Ciotti) mais avec l’assentiment explicite de la gauche et, finalement, sa traduction dans les circulaires toujours plus extravagantes de l’Education nationale : en 2016, les propositions « jour de Mémoire à l’école », « jour du drapeau à l’école »et d’autres encore, se traduisaient finalement par l’instauration officielle d’une « année de la Marseillaise », mobilisant toutes les disciplines scolaires autour d’un culte patriotique obligatoire, accompagné par la collaboration renforcée des associations patriotiques (où dominent les Anciens d’Algérie, ce qui ne semble pas troubler outre mesure les enseignants), une tradition familière de longue date à l’Education nationale.

Dans le même esprit, un peu plus tard, la loi Blanquer (2019, à nouveau un amendement Ciotti…) impose cette fois-ci à l’intérieur de chaque salle de classe l’affichage du drapeau et des paroles de la Marseillaise.

Le principe de la surenchère étant de ne jamais prendre fin, diverses initiatives suggèrent aujourd’hui l’instauration d’un rassemblement rituel des élèves – quotidien, hebdomadaire, suivant l’humeur de l’instigateur – autour du drapeau et de la Marseillaise. Si ces initiatives n’ont pour l’instant pas reçu leur traduction officielle, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec les rituels du SNU et ses cohortes d’élèves en uniforme rassemblés chaque matin au garde-à-vous autour du drapeau pour la Marseillaise règlementaire. Le SNU dont  on ne rappellera jamais assez que l’Education nationale en a été le maître d’œuvre sans rencontrer beaucoup d’opposition, avant de se voir bloqué par des contraintes budgétaires plus que par une contestation interne qui n’est jamais venue.

Uniformes, drapeau, manifestations patriotiques : à Carcassonne comme ailleurs, l’extrême-droite au pouvoir n’aura donc pas besoin de brusquer l’école pour lui faire adopter ses valeurs et ses pratiques, dont certaines sont partagées de longue date par l’école dite de la « république » tout au long d’une histoire davantage construite sur le respect des normes et l’uniformisation des individus que sur le souci d’émancipation. 

On pourra certes faire observer que le pouvoir des maires sur l’école primaire n’étant pas absolu, leur impact resterait limité, réduit à quelques symboles, mais c’est oublier le poids du symbole dans la conquête du pouvoir par le RN. Partant d’une analyse économique et sociale indigente, peu susceptible de répondre aux attentes de l’électeur, l’extrême-droite tire traditionnellement sa force et son influence d’un imaginaire fruste mais efficace où l’élément identitaire/sécuritaire prend la première place. De fait, il sera toujours plus facile de flatter (une partie de) l’opinion avec des images de jeunes en uniforme au garde-à-vous devant le drapeau que de mettre en œuvre une politique scolaire juste et profitable au plus grand nombre ; ce qui n’a d’ailleurs jamais été l’objectif de l’extrême-droite. En d’autres termes, le cérémonial militaro-patriotique rêvé par l’extrême-droite pour les cours d’école apparaît en quelque sorte comme le pendant d’un programme de politique générale qui fait une priorité de la lutte contre les migrants, contre les musulmans ou contre ce que même une ministre en titre qualifie d’« anti-France », politique générale dont les radotages sur l’ordre et l’autorité visent d’abord les jeunes et les scolaires, considérés comme une classe dangereuse et qu’il faut mettre au pas.

Cette brutalisation instituée comme projet éducatif avait d’ailleurs été clairement assumée par Attal qui, comme ministre de l’Education nationale, reprenait à son compte tous les fondamentaux de l’extrême-droite, dans la continuité, d’ailleurs, de l’éprouvant quinquennat de Blanquer que Marine Le Pen avait déjà eu l’occasion d’adouber.

Rentrée 2027, une rentrée d’extrême-droite pour l’école ? Par bien des côtés, l’Éducation nationale aura ouvert la voie.

Pour prolonger sur ce blog : 

Une journée du drapeau à l’école : l’école dans le piège identitaire

Année de la Marseillaise, année de toutes les escroqueries

Un ministre d’extrême-droite à l’Éducation nationale ? Plus simplement le lycée O. Guichard de Guérande (Loire-Atlantique) pendant une session du SNU (juin 2019)

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