
Qu’ils soient éleveurs, producteurs de céréales ou de fruits et légumes, le recul du revenu des paysans français ne va pas s’arrêter avec la fin de l’été. Le manque de fourrage va durer jusqu’au printemps pour les éleveurs d’herbivores et la baisse des rendements est importante chez les producteurs de végétaux alors que les coûts de production sont en hausse via le prix des engrais et des carburants.
Pour les éleveurs d’herbivores, à commencer par les bovins, la sécheresse qui dure depuis le milieu du printemps a pour principales conséquences de se traduire par un manque d’herbe dans les prés ce qui conduit à entamer dès l’été le foin destiné à l’alimentation hivernale des animaux. Que l’on soit producteur de lait ou de viande bovine, nourrir les vaches coûtera de plus en plus cher dans les prochains mois. Outre l’achat des tourteaux de soja, il faudra aussi acheter des fourrages aux prix en forte hausse, à condition d’en trouver. Mais le prix moyen payé aux producteurs de lait de vache en juillet 2026 n’était que de 437 € pour 1 000 litres au départ de la ferme contre 489 € en juillet 2025.
En France, comme dans beaucoup d’autres pays européens, près des trois quarts des vaches laitières en production sont issues e la race hollandaise Prim’holstein. Elles sont très productives mais aussi très fragiles en raison d’une sélection génétique monodirectionnelle. De ce fait, elles vont à l’abattoir vers cinq à six ans, après avoir fait naître deux ou trois veaux. Ces naissances annuelles sont indispensables pour renouveler la production laitière en volume. En ce mois d’août 2026, le prix du kilo de carcasse d’une vache de réforme de race Prim ‘holstein cotait entre 5,15 € et 5,45 € contre 6,50 € en moyenne en août 2025. Quand on passe aux vaches de réforme de la race à viande charolaise, le prix du kilo de carcasse cotait 6,79 € en août de cette année contre 7,60 € de moyenne au mois de mars. La baisse du prix a été de 10 % en quelques mois
La situation était aussi mauvaise pour les broutards, ces jeunes bovins maigres que beaucoup d’éleveurs vendent quand ils ont neuf à dix mois au moment du sevrage. Ils sont surtout engraissés en Espagne et en Italie, mais aussi en Grèce et en Afrique du nord. Le prix du kilo vif ne cotait que 4,75 € en août alors qu’il atteignait encore 7,40 € au mois de mars. On imagine que les éleveurs sont pressés de vendre pour avoir moins d’animaux à nourrir et que les importateurs en profitent pour faire baisser les cours.
Le recul inquiétant des élevages de bovins depuis 2017
En 2017, année de la première élection d’Emmanuel Macron comme président de la République, la France comptait 18,7 millions de bovins, tous âges confondus contre environ 16,5 millions en 2025. Le nombre de vaches laitières était de 3,6 millions en 2017, contre 3 millions en 2025. Entre ces deux dates, le troupeau de vaches allaitantes, composé surtout de charolaises, limousines et blondes d’Aquitaine, est passé de 4,1 millions de têtes à 3,42 millions. Dans les deux filières, la baisse des effectifs va encore s’accentuer dans les prochains mois. Faute de fourrages disponibles en quantités suffisantes, il y aura de la décapitalisation.
Facteur aggravant, avec une offre de viande en volume durablement plus importante que la demande, les prix risquent encore de baisser durant les prochains mois. Les deux lois Egalim votées en 2018 et en 2023 devaient permettre de prendre en compte l’évolution des coûts de production au moment de la vente des animaux et des végétaux. Mais elles ne fonctionnent toujours pas. Pour y échapper, les enseignes de la grande distribution ont délocalisé leurs centrales d’achat hors de France et font croître les importations pour réduire la demande en produits français dans le seul but de faire baisser les prix sur les marchés et dans les salles de cotation. Déjà déficitaire en volume par rapport à la consommation, la filière d la viande bovine va voir son déficit augmenter considérablement dans les toutes prochaines années.
Un avenir incertain pour les producteurs de végétaux
L’avenir est également incertain pour les producteurs de céréales, à commencer par le blé et le maïs. Depuis plus de deux ans, le prix de vente de la tonne de blé tendre pour faire du pain ne couvre pas les coûts de production en France, malgré le versement des aides européennes à l’hectare. De juillet 2025 à juin 2026, le prix moyen du blé rendu au port de Rouen pour l’exportation fut toujours inférieur à 200 € la tonne ce qui ne laissait que 160 € aux producteurs alors que les prix des engrais et des carburants ont augmenté sensiblement depuis le mois de mars du fait de la guerre de Donald Trump contre l’Iran. Bien que remonté entre 224 € et 231 € la tonne en août, ce prix du blé ne couvre toujours pas les coûts de production en France. Une offre mondiale de blé supérieure à la demande solvable continue de peser sur les prix payés aux paysans français producteurs de blé.
Quand on passe du blé au maïs grain, le prix de la tonne rendue au port de Bordeaux était de 260 € au milieu du mois d’août. Celui des contrats de vente à terme se situait entre 247 € et 254 € la tonne pour les prochains mois. Comme la prochaine récolte sera en forte baisse en septembre et octobre, les prix vont peut-être remonter. Mais en raison de la chute prévisible des rendements rien ne prouve qui les prix permettront de couvrir les coûts de production.
Enfin, nous avons montré dans un précédent article que la situation est également difficile pour les producteurs de fruits et légumes en cette année de sécheresse et de canicule. Le gouvernement doit aider sans attendre les agriculteurs en difficulté. Faute de quoi, il y aura une multiplication des faillites et un recul dangereux de notre souveraineté alimentaire.
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