Gérard Le Puill
Alors que le changement climatique en cours complique la vie quotidienne de nos vignerons, la volonté de Donald Trump de taxer les importations de vins pourraient encore assombrir la situation de la profession. Ce sujet sera présent dans les débats sur le Salon de l’Agriculture alors que la consommation de vin recule en France beaucoup plus que celles des autres boissons alcoolisées dont le whisky.
En 2023, l’excédent commercial de la filière française des vins et spiritueux était de 13, 6 milliards d’euros, un chiffre à comparer à l’excédent global de tous les échanges agricoles de la France avec 5,3 milliards d’euros, la majorité de nos filières étant déficitaires. En vins, les principaux clients de la France étaient les Etats-Unis dont les achats s’élevaient à 3,4 milliards d’euros devant l’Angleterre avec 1,3 milliard, la Chine 0,9 milliard et l’Allemagne 0,8 milliard. Mais depuis l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis, il est question d’augmenter les droits de douanes sur les vins importés, tandis que la Chine a déjà augmenté les siens sur le cognac et l’armagnac pour riposter contre des droits de douanes en hausse sur les voitures électriques chinoises exportées en Europe. Alors que Jérôme Despey, viticulteur sur 20 hectares et livrant son raisin à une coopérative de l’Hérault,é&raulet vient de succéder à Jean-Claude Poulain à la présidence du Salon de l’Agriculture, on imagine qu’il abordera le sujet avec certains de ses visiteurs, à commencer le président Macron, mais aussi le Premier ministre et la ministre de l’Agriculture.
La France compte 750.000 hectares de vignes pour environ 59.000 exploitations viticoles. Cela donne une superficie moyenne inférieure à 13 hectares par exploitation. On compte dans ce total plus de 7.000 vignerons indépendants qui travaillent leur vigne, récoltent leur raisin, le vinifient et le mettent en bouteille avant de le commercialiser en France et à l’exportation pour certains d’entre eux. Beaucoup de ces vignerons sont présents tous les ans sur différents salons pour faire déguster et pour vendre leurs vins. Beaucoup plus nombreux, les viticulteurs coopérateurs vendent chaque année leur récolte de raisin à la coopérative viticole dont ils sont membres.
Une bonne opinion du vin mais peu de consommateurs !
La France avait produit 46 millions d’hectolitres de vin en 2022, soit environ 18% de la production mondiale. Ajoutons que 10 millions d’hectolitres issus de cette récolte furent transformés en cognac et en armagnac. Toutes activités confondues, la filière des vins et spiritueux génère 440.000 emplois en France, dont 254.000 entre la production et le négoce. 96% des français interrogés dans des sondages disent que le vin fait partie de l’identité culturelle de la France; 88% associent les valeurs du vin au partage et à la convivialité et 93% pensent que les vignerons sont détenteurs d’un savoir faire particulier qu’il convient de protéger.
Néanmoins, seulement 11% des personnes interrogées lors des enquêtes d’opinion disent consommer du vin tous les jours ou presque, 19% se disent consommateurs occasionnels, 33% consommateurs occasionnels rares et 37% disent ne pas consommer de vin. D’une consommation moyenne annuelle 127 litres par personne en 1960, ce qui était beaucoup, on est tombé à 40 litres désormais. Le recul global, malgré une population croissante dans le pays, est de 70% sur une soixantaine d’années. Ce recul n’est que de 9% pour les spiritueux que l’on boit à l’apéritif, voire en digestif. La consommation de bière est en recul de 18% avec 32 litres par an actuellement contre 39 litres en 1960. Cers comparaisons sont surprenantes quand on sait que la grande diversité des vins blancs de nos régions et les progrès réalisés dans la vinification de vins rosés nous offrent une belle gamme de vins plus agréables à l’apéritif que les boissons anisées comme le Ricard où le whisky dont l’alcool provient des céréales.
Faute de débouchés suffisants pour certains vins, près de 27.000 hectares de vignes ont été proposés à l’arrachage en France depuis trois ans. Toujours selon Jérôme Despey, qui préside aussi le conseil spécialisé en vins de FranceAgriMer, on a recensé 5.417 vignobles dont les exploitants ont souhaité proposer quelques hectares à l’arrachage. Il a demandé à la ministre Annie Genevard de préserver les sommes non utilisées jusqu’à présent afin de pouvoir répondre aux actuelles demandes d’arrachage. Depuis deux ans, ces demandes ont concerné 3.400 hectares dans le département de l’Aude, 2.500 dans le Gard, 1.800 en Gironde, 1.500 dans l’Hérault et 1.500 dans les Pyrénées Orientales.
La culture du vin n’est pas une addiction
La France possède une grande diversité des terroirs plantés en vigne, tout comme sont divers et complémentaires les cépages en raisin blanc comme en noir. Mais, curieusement, la culture du vin en France n’est pas à la hauteur de ce potentiel, ce que semble indiquer le fait que 52% de personnes déclarent être des consommateurs potentiels ou potentiels rares. Apprendre à déguster, à faire fonctionner l’harmonie entre les vins et les mets, à connaître aussi le potentiel de garde très élevé de certains vins fait partie de cette culture, laquelle n’est pas une addiction.
Du riesling en Alsace au chardonnay dans la zone du chablis dans l’Yonne, comme en Côte d’Or, les vins blancs secs de garde sont nombreux et d’autres régions en possèdent encore davantage. C’est le cas avec le cépage savagnin dans le Jura ; le viognier, la roussanne et la marsanne dans la vallée du Rhône, le petit manseng au pied des Pyrénées pour produire du jurançon. Dans la zone des vins de Bordeaux, le sauternes issu des cépages sémillon, sauvignon et muscadelle peut se bonifier pendant des dizaines d’années en bouteille. Il en va de même pour plus d’une demie douzaine de vins de Loire secs ou moelleux, isus du cépage chenin blanc dont les savennières, coteaux du Layon, vouvray, sans oublier le petit jasnières au sud de la Sarthe .
En rouge les vins du bordelais et de Bourgogne ont un bon potentiel de garde tout comme ceux de la vallée du Rhône dans les appellations côte rôtie, Hermitage, cornas et Châteauneuf-du-Pape. Que l’on dispose d’un cave souterraine à bonne température ou d’une cave d’appartement réfrigérée, faire évoluer son vin durant quelques années en bouteille débouche généralement sur de dégustations savoureuses et de belles convergences entre les mets et les vins. Déboucher un flacon de l’année de naissance d’un de ses enfants ou petits enfants le jour de ses vingt ans est toujours un moment de plaisir qui reste inoubliable.
Stocker patiemment quelques dizaines ou quelques centaines de bouteilles de vins de garde dans sa cave dans les prochaines années sera aussi une manière d’aider les vignerons à vivre de leur métier.
Lira aussi:
- Pour sauver l’AOP, les Vignerons du Brulhois lancent une cuvée solidaire
- La cave des Vignerons du Brulhois en appelle à l’État pour tenter de s’en sortir
En savoir plus sur MAC
Subscribe to get the latest posts sent to your email.