Jusqu’à 600 alertes en une journée dans l’académie de Normandie… Combien de fiches RSST (registre santé sécurité au travail)ont été remplies par les personnels les deux premiers jours de la canicule ? Près de 600 dans l’académie de Normandie, plus de 250 dans l’académie d’Orléans-Tours, 274 en deux jours à Bordeaux : la vague de chaleur provoque une hausse sans précédent des signalements liés aux conditions de travail dans les établissements scolaires. Face à des salles de classe dépassant régulièrement les 30 °C et à des malaises parmi les élèves comme les personnels, les syndicats dénoncent l’absence d’anticipation de l’État et réclament un cadre national de protection.

Une hausse spectaculaire des alertes dans plusieurs académies

« Nous avons depuis hier des remontées académiques qui nous indiquent des chiffres extrêmement élevés de collègues ayant rempli des fiches RSST (registre santé sécurité au travail). Ces fiches indiquent que les personnels sont encore sur leur lieu de travail avec des températures très élevées, souvent plus de 34 degrés » alerte Cyril Verlingue, en charge des questions d’écologie au SNES-FSU. Les registres santé et sécurité au travail (RSST) connaissent depuis le début de la vague de chaleur une explosion des signalements dans les établissements scolaires. Les chiffres, encore provisoires, témoignent d’une situation jugée inédite par plusieurs organisations syndicales.

En Normandie, près de 400 fiches avaient déjà été recensées mardi à la mi-journée, contre environ 350 la veille. Les remontées font état de températures comprises entre 30 et 35 °C dans les salles de classe, d’une absence de ventilation et de malaises touchant élèves et personnels.

Dans l’académie d’Orléans-Tours, le nombre de signalements a rapidement dépassé les 250 fiches, au point que le comptage a été interrompu. Selon les syndicats, une cinquantaine de collèges sur les 230 que compte l’académie n’aurait mis en place aucune mesure d’adaptation connue du rectorat.

À Bordeaux, 274 fiches RSST ont été enregistrées en seulement quarante-huit heures, soit près de 9 % du volume annuel total de signalements de l’académie. « Donc 274 en deux jours, c’est énorme », résument les représentants syndicaux.

« Alors que nous sommes au deuxième jour de la vigilance rouge sur temps scolaire, tout montre que la doctrine du « cas par cas » privilégiée par le ministre place les personnels dans des situations où leur santé est menacée » estime Cyril Verlingue.

Des conditions de travail et d’examen difficiles

Derrière ces chiffres, les témoignages font état de situations parfois préoccupantes. Dans l’Eure, une enseignante mobilisée pour les oraux du baccalauréat évoque « une fournaise » et raconte qu’une collègue a fait un malaise après sa journée de travail. Son binôme, lui aussi, se serait senti mal jusqu’à vomir. « Franchement, les conditions sont atroces », témoigne-t-elle. A Marseille, où la chaleur n’est pas inhabituelle, une professeure témoigne d’une chaleur écrasante dès 9 heures du matin.

Selon un rapport publié en janvier 2925 par l’Alliance Ecologique et Social, 95 % des répondants déclarent ne pas bénéficier d’un confort thermique satisfaisant et près d’un sur deux signale des problèmes de stores ou de volets.

« Le ministère nous doit une protection collective »

Pour les syndicats, l’afflux de signalements constitue la preuve que les réponses actuelles restent insuffisantes. Lors de la présentation du rapport consacré à l’adaptation de l’école au changement climatique, les organisations ont dénoncé « l’absence persistante d’anticipation » face aux épisodes de chaleur.

La CGT Éduc’action pointe notamment le manque de plan global de rénovation thermique du bâti scolaire et critique une gestion « au jour le jour ». Les organisations syndicales estiment que la protection des personnels et des élèves repose trop souvent sur les initiatives locales ou individuelles.

« La responsabilité individuelle, c’est l’individualisation des risques. Le ministère nous doit de la protection collective », plaide le Snes-FSU, en réclamant des protocoles nationaux de vigilance permettant aux établissements de s’appuyer sur des mesures clairement définies.

Faire du climat un enjeu de santé au travail

Au-delà de la canicule actuelle, les syndicats souhaitent faire reconnaître les conséquences du réchauffement climatique comme une question de santé au travail. Ils demandent la création d’un véritable plan canicule national intégrant explicitement les personnels et les élèves en situation de handicap, ainsi qu’un programme massif de rénovation thermique des établissements scolaires. L’explosion des fiches RSST montre que les épisodes de chaleur ne relèvent plus seulement de l’inconfort, mais constituent désormais un risque concret pour la santé dans les écoles. « Ils alertent leur employeur en masse. Ils doivent être entendus et protégés ».

Djéhanne Gani

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