Municipalités RN : coupes budgétaires, censures, chant pétainiste… Dossier

À peine plus de quatre mois après leur élection, les élus du Rassemblement national multiplient les attaques à la culture, aux associations et aux plus démunis, tout en cultivant leur idéologie traditionaliste et xénophobe. Premier bilan.

Une manifestation intersyndicale devant l’ancienne mairie de Carcassonne le 28 mai dernier pour protester contre la menace d’expulsion des syndiqués de leurs locaux. Le maire RN Christophe Barthès, venu à leur rencontre, leur a donné des cartons pour préparer le déménagement. © Claude Boyer /L’indépendant via Maxppp

Les anciens ont donné l’exemple en réduisant les subventions aux associations pour libérer du budget aux polices municipales, en s’attaquant à la culture et à tout ce qui touche de près ou de loin aux réfugiés, en sapant les services publics… Une méthode que la dizaine de maires du Rassemblement national (RN) en poste avant les dernières municipales ont éprouvée.

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Depuis les élections municipales d’avril 2026, ce sont désormais 57 communes de plus de 3 500 habitants qui pâtissent de ces choix. Plus nombreux, galvanisés, les édiles d’extrême droite vont même souvent plus loin que leurs prédécesseurs, à l’image du « Trump occitan », Christophe Barthès. À Carcassonne (Aude), le nouveau maire arrose des syndicalistes de la CGT depuis le balcon de sa mairie, s’infiltre sur un groupe privé Instagram de lycéens préparant un potentiel blocage pour les intimider, menace quiconque s’opposerait à lui de représailles…

Un climat de terreur que l’Humanité documentait à Perpignan, Moissac, Fréjus ou encore Beaucaire en janvier dernier, et qui semble désormais se propager et s’intensifier.

Les services publics, victimes collatérales

Une question de priorités budgétaires. Le RN, au niveau national, cache les conséquences de son projet de baisse massive de la fiscalité des entreprises. Elles sont visibles au niveau local, à travers la casse des services publics. Dans les mairies, la priorité n’est pas fiscale mais sécuritaire.

Comme à Montargis (Loiret), où le recrutement express de cinq policiers municipaux et l’augmentation de 78 000 euros de leurs moyens ont obligé le maire, Côme Dunis, à faire des économies ailleurs.

Conséquence : les constructions d’une école, d’une crèche et d’un centre pour le traitement du cancer ont été stoppées net, tandis que sept postes d’enseignants sont supprimés au conservatoire de musique.

À Carpentras (Vaucluse), c’est la ferme municipale, alimentant les cantines scolaires en légumes bio, qui a été fermée par la mairie RN tandis que celle de La Valette-du-Var (Var) fait augmenter les tarifs du périscolaire et de la cantine, y compris pour les familles les plus modestes.

La culture dans le viseur

Les restrictions budgétaires sont aussi un excellent prétexte pour mettre à sac la culture. Pour justifier l’annulation de la pièce Passeport d’Alexis Michalik, traitant le destin d’un réfugié dans la jungle de Calais, le maire de Castres (Tarn), Florian Azema, déclare vouloir « que l’argent public, l’argent des Castrais, soit dépensé correctement ». À la place, une enveloppe a été débloquée pour organiser, le 10 mai, une « Fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme ».

La « cancel culture » du RN a aussi eu la peau de nombreux événements. Le festival de courts-métrages de Carpentras et celui de musique jazz de Vauvert (Gard) ont été sacrifiés par la suppression des subventions. Les concerts gratuits de l’été ainsi qu’un festival d’arts de la rue ont été annulés à La Flèche (Sarthe) du fait de la coupe de 63 000 euros de subventions à l’association Le Carroi. À Bagnols-sur-Cèze (Gard), on relève l’annulation arbitraire de neuf spectacles, dont ceux de Muriel Robin et du chorégraphe Mourad Merzouki ; ou encore celle d’une soirée ciné-débat LGBT + à Harnes (Pas-de-Calais)…

La vision du parti lepéniste de la culture est parfaitement décrite par le maire de Moissac (Tarn-et-Garonne), Romain Lopez. Tancé par son opposition après avoir débloqué 35 000 euros pour bâtir un « village médiéval » inspiré du Puy du Fou, il répond : « La culture est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français ! On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous ! »

Le devoir de mémoire au placard

Du budget pour Jeanne d’arc et le Puy du Fou, du mépris pour les mineurs et les esclaves. En moins de trois mois, les édiles du RN ont supprimé plusieurs commémorations, comme celles du 1er-Mai. Dans le Pas-de-Calais, inspirée par Steeve Brivois à Hénin-Beaumont, Daisy Duveau a mis fin au défilé qui se tenait depuis les années 1950 à Grenay, tandis qu’à Liévin, Dany Paiva a réduit au strict minimum la cérémonie d’hommage aux 42 mineurs morts d’un coup de grisou, en 1974. À Vierzon (Cher), « c’est surtout parce que cet événement attirait très peu de gens » que la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage a été supprimée le 10 mai, selon l’adjoint Yves Husté.

« On ne mord pas la main qui vous nourrit. » Coupable d’avoir saisi le tribunal administratif contre un arrêté antimendicité, la Ligue des droits de l’homme de Carcassonne s’est vue sucrer la petite subvention (300 euros) que la mairie lui accordait.

Le Planning familial fait les frais de ces représailles budgétaires, comme à Carpentras où l’association est décrite comme « un organe politisé et partisan, mais aussi un avant-poste d’une idéologie controversée qu’est le wokisme ». Elle fait ainsi partie des victimes de la baisse de 300 000 euros de subventions à une vingtaine de structures locales.

À Bagnols-sur-Cèze, le budget des associations est passé de 953 000 à 496 000 euros, selon La Marseillaise, avec notamment la coupe des 190 000 euros alloués à l’association Mosaïque en Cèze, qui gère deux centres sociaux, désormais condamnés à fermer leurs portes. Des coupes ciblées, donc, comme à La Flèche, où Romain Lemoigne a retiré les aides attribuées à Solidarité accueil exilés, ATD Quart-Monde. « On ne subventionne pas les associations qui aident les migrants », a-t-il justifié.

Aux racines de l’extrême droite

Si à Carpentras et Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales), les équipes municipales d’extrême droite ne seraient pas directement responsables de la diffusion scandaleuse de « Maréchal, nous voilà ! » dans les enceintes de leur ville le 8 mai, Ethan Wagner, lui, n’a pas d’excuse. Le conseiller municipal RN de Saint-Avold (Moselle) a été filmé en chantant à pleine gorge l’hymne pétainiste.

À Castres, Florian Azema a pioché dans l’intégrisme catholique pour constituer son équipe. Son directeur de cabinet, Xavier Fruleux, militant identitaire dont plusieurs projets sont financés par Pierre-Édouard Stérin, est aussi lié à la Fraternité Saint‐Pie X. Une organisation catholique ultraconservatrice que fréquente aussi Foulques de Lattaignant de Ledinghen, directeur général adjoint des services. Dans le sillage du RN, toutes les extrêmes droites accèdent au pouvoir.


Je m’engage pour combattre les idées du RN et leurs applications,

je rejoins le PCF

 

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