Édouard Geffray s’est à nouveau félicité, dimanche 14 juin, du fait que l’éducation nationale ait effectué 80 000 signalements auprès de la justice. Un satisfecit qui laisse les enseignants dubitatifs face au manque de formation et de moyens.

L’éducation nationale n’a rien à voir avec le drame de Lyhanna, et sa politique de signalement à la justice est à la hauteur des enjeux. C’est en substance l’exercice d’autosatisfaction auquel s’est livré Édouard Geffray sur France Inter, dimanche 14 juin, faisant tousser quelques personnels.
« À ce stade des premiers éléments qu’on a, effectivement, on n’a pas repéré de défaillances », a d’abord expliqué le ministre au sujet du drame dans le Gers, ajoutant rester « très prudent sur l’enchaînement des faits de l’époque », dans l’attente des résultats des enquêtes.
Vers un fichage des personnels de l’éducation
Pas de défaillance non plus de la part de l’institution lorsque Jérôme Barella avait été licencié en 2021 de son poste d’agent d’entretien d’un autre lycée du Gers, à cause d’une relation par messagerie avec une élève. Rappelant que la région était alors l’employeur du futur principal suspect de la mort de Lyhanna, le ministre a fait valoir que la proviseure de l’établissement avait effectué « immédiatement » un signalement à la justice, « précisément pour qu’il soit écarté ».
« Manifestement, à l’époque, compte tenu de l’objet même de ces discussions, ça n’a pas été considéré comme pénalement répréhensible », glisse Édouard Geffray. Une nouvelle pierre dans le jardin de la justice.
Le ministre de l’Éducation nationale a de nouveau plaidé pour la création d’un « fichier d’interdits d’école », répertoriant tous les intervenants ayant déjà été écartés pour un comportement inapproprié, afin que les établissements scolaires comme le périscolaire et les communes puissent mieux contrôler l’honorabilité des personnels.
Si les syndicats affirment la nécessité de renforcer la protection des enfants, ils s’inquiètent d’ores et déjà des modalités de tenue de cette « liste noire » et d’un possible « arbitraire ».
« On est très, très loin du compte sur sa mise en œuvre. »
« L’école est le premier signaleur de France », s’est de nouveau félicité Édouard Geffray, dimanche, soulignant les 80 000 signalements préoccupants émis auprès de la justice l’an dernier, soit 30 000 de plus que l’année précédente. « On demande à l’école d’être le premier signaleur. Mais, sans formation ni encadrement, nous sommes seuls », pondère Aurélie Gagnier.
La représentante du Snuipp-FSU, premier syndicat du premier degré, prend l’exemple du guide de signalement des faits à caractère sexuel, publié en mars dernier, dont le ministre a rappelé l’existence aux recteurs, lundi 8 juin. Censée homogénéiser les procédures pour conforter ce rôle de signalement, la diffusion de ce protocole est « une bonne chose, mais on est très, très loin du compte sur sa mise en œuvre », reprend Aurélie Gagnier.
Un besoin important de formation
Encore faut-il savoir l’actionner. Le malaise est notamment criant dans le premier degré, où la pénurie de personnels médico-sociaux laisse les équipes démunies face aux signaux faibles ; et où les directeurs d’école, majoritairement sans décharge de classe, doivent continuer de faire cours tout en traitant des cas très complexes.
« Ce qu’il faut, c’est de la formation massive, en présentiel, qui ne soit pas réduite à une heure ou deux, mais qui aborde concrètement le repérage, la collecte de parole et la protection de l’enseignant », revendique la représentante syndicale. Cette dernière plaide aussi pour en finir avec la culture interne du « pas de vague » : « La hiérarchie nous pousse souvent à la prudence, au risque de laisser passer des faits graves. Il faut changer de posture, mais pour cela, il faut que le discours institutionnel change aussi. »
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