Canicule : les discours dans le vent du gouvernement ne suffiront pas à rafraîchir les Français

Alors que la France est exposée à des températures affolantes, l’exécutif surjoue la mobilisation mais, dans les faits, n’agit pas – voire recule sur les mesures de rénovation thermique.

À l’Éducation nationale, on brasse beaucoup d’air, sans parvenir pour autant à refroidir la colère qui bout dans les écoles.
© Simon WOHLFAHRT / AFP

Les prévisions alarmantes se précisaient tout au long de la semaine dernière : dimanche 21 juin, 25 départements ont été placés en vigilance rouge par Météo France en raison de la fournaise qui allait y régner, puis 49 le lendemain, lundi. Un record (20 départements avaient connu le même sort en juillet 2019) pour une grande moitié ouest du pays, de l’Île-de-France aux Pyrénées et de la Bretagne à la Champagne.

Selon les calculs de l’AFP, dès dimanche, quelque 26 millions de personnes (dont 2,8 millions de plus de 75 ans) étaient soumises à des températures pouvant atteindre 40 °C en journée et ne retombant guère sous les 30 °C la nuit. Et cela pourrait durer une bonne partie de la semaine, une légère inflexion étant espérée à partir de jeudi – mais sans vraie baisse avant le week-end prochain.

Des conseils individuels en guise de politique de santé

Heureusement, face à cette situation sans précédent, le gouvernement se mobilise. Samedi 20 juin, le premier ministre Sébastien Lecornu faisait savoir qu’il allait activer le Centre interministériel de crise (CIC). La preuve, pas moins de treize ministres étaient ainsi convoqués Place Beauvau, où est installé le CIC : Agriculture, Aménagement du territoire, Armées, Culture, Éducation nationale, Enseignement supérieur, Justice, Logement, Santé, Sports, Transition écologique, Transports et Travail.

On pouvait donc en attendre des mesures à la hauteur de la situation. Perdu ! La consommation d’alcool sur la voie publique a été interdite dimanche soir dans plusieurs départements (dont Paris), qui était aussi le soir de la Fête de la musique. « L’alcool bloque une hormone qui retient l’eau dans le corps, donc vous vous déshydratez davantage », expliquait doctement Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, dimanche matin dans le Parisien.

La crainte était, en l’occurrence, de voir le système de santé embolisé par des fêtards au détriment des personnes les plus fragiles face à la chaleur : personnes âgées, enfants, malades chroniques, etc. « La Fête de la musique est toujours un moment de tension pour le système de santé », ajoutait la ministre. Puis, quelques lignes plus bas : « La Fête de la musique n’entraîne pas habituellement de pic d’activité dans les urgences. »

On était à deux doigts de s’inquiéter pour elle, un discours incohérent étant un des symptômes connus du coup de chaleur – bien que les locaux des ministères soient en général climatisés. Mais l’important, pour la ministre, était sans doute de ne pas pointer sa propre inaction et celle des ministres qui l’ont précédée en menant une politique austéritaire qui, loin d’investir pour permettre au système de soins de tenir le choc lors des crises, quelles que soient leurs causes, n’a fait que l’affaiblir. Ne restent que les conseils individuels, les mêmes depuis les 15 000 morts de 2003 : restez chez vous, fermez volets et fenêtres, buvez de l’eau, etc.

47 °C dans une salle de classe de Champigny-sur-Marne

À la décharge de Stéphanie Rist, son cas n’est, hélas, pas isolé. Ainsi à l’Éducation nationale, on brasse également beaucoup d’air, sans parvenir pour autant à refroidir la colère qui bout dans les écoles. Dès vendredi, un professeur des écoles de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) témoignait auprès de l’Humanité, photo de son thermomètre à l’appui, des 47 °C atteints dans sa salle de classe, sans que la mairie de la ville ne prenne la moindre mesure.

Le ministre, Édouard Geffray, multiplie pourtant les déclarations et compte sur ses doigts : 784 écoles et collèges fermés vendredi, 845 lundi. Soit une proportion infinitésimale (1,4 %) des quelque 60 000 établissements scolaires français, quand plus d’un quart des départements métropolitains sont en vigilance rouge.

Et pour le bac ? Ce lundi commencent les oraux (grand oral, français) du bac général. Et… rien, hormis la possibilité de décaler de « quelques jours, une semaine au plus » les épreuves « d’un petit peu plus de 5 000 élèves ». Sur le fond, l’inadaptation, selon un rapport parlementaire de 2023, de 80 % du bâti scolaire aux températures extrêmes est flagrante : salles vitrées exposées plein sud, fenêtres qui ne s’ouvrent pas la journée ou qu’il est interdit de laisser ouvertes la nuit, volets inexistants, absence de pièces climatisées pour permettre aux enfants et aux personnels de se rafraîchir (ne serait-ce que quelques-unes) et, enfin, insuffisance des crédits que l’État et les collectivités locales consacrent à la rénovation thermique, qui n’avance pas… Tout cela ne semble pas exister dans le monde du ministre.

La Rue de Grenelle sort le paratonnerre, ironise le FSU-PerDir (syndicat des personnels de direction) : « Renvoi de la responsabilité aux acteurs de terrain, dont en premier lieu les chefs d’établissement, consignes de dernière minute » se conjuguent « au lieu d’envisager un plan État/collectivités ambitieux, pluriannuel, sur le bâti scolaire ». Principale fédération de parents d’élèves, la FCPE réclame de son côté « un véritable plan canicule pour les élèves », articulant mesures d’urgence, politique de prévention et, là aussi, « un plan d’investissement à moyen terme » ambitieux.

462 millions d’euros en moins pour la rénovation thermique

Il serait malgré tout injuste de prétendre que le gouvernement ne fait absolument rien. Le 17 juin, quelques jours avant le nouvel épisode caniculaire, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a présenté un plan « endurance » pour l’adaptation à la hausse des températures, alors qu’un tiers des logements est constitué de bouilloires thermiques. « La canicule n’est pas une question météorologique ou climatique, c’est désormais une question de justice sociale », avait-il alors déclaré à juste titre.

Le menu reste maigre : baisse de la TVA sur les pompes à chaleur, facilitation des travaux de rénovation thermique dans les copropriétés, développement de climatisations « sobres », etc. « Aucune annonce réelle », a cinglé la Fondation pour le logement des défavorisés.

Histoire de refroidir l’ambiance, l’adjoint au maire de Paris chargé du logement, le communiste Jacques Baudrier, mettait en parallèle la faiblesse de ces annonces avec une autre, faite quinze jours plus tôt : « 162 millions d’euros en moins pour le Fonds vert, qui finance les rénovations de bâtiments publics » et « 300 millions en moins pour le budget de MaPrimeRénov’ ». Des actes qui balaient d’un coup les discours lénifiants.

 


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