Le groupe lepéniste, qui refuse toute augmentation d’impôts, a permis aux macronistes de maintenir plusieurs cadeaux fiscaux aux entreprises et de repousser la taxe Zucman. Tout en prétendant défendre les « intérêts du peuple ».

© Patricia Huchot-Boissier/ABACAPRESS.COM
Le 13 mai 2026, en entrant dans l’Hémicycle, les députés s’attendent à un après-midi plutôt tranquille. La proposition de loi à l’ordre du jour, visant à « soutenir l’innovation thérapeutique contre les cancers, les maladies rares et les maladies orphelines de l’enfant », est censée faire consensus.
C’est compter sans le Rassemblement national. Les lepénistes votent contre. Car pour faire avancer la recherche sur les cancers infantiles, considérée comme peu rentable par les professionnels du médicament, une taxe de 0,1 % sur le chiffre d’affaires des laboratoires pharmaceutiques en France est proposée.
Le RN et les macronistes refusent de taxer les plus riches
Or le RN est radicalement antifiscalité. Même quand il s’agit, comme ici, d’une faible contribution pour un secteur qui « bénéficie d’un système solidaire financé par la Sécurité sociale », comme le rappelle la députée du groupe GDR Karine Lebon. Mais c’est encore trop pour le RN, qui dénonce une « logique qui consiste, une fois encore, à répondre à une difficulté par une taxe supplémentaire ». À la place, une exonération supplémentaire donc.
Cette séance dit beaucoup de ce qu’est devenu le RN en matière d’impôts. Son président, Jordan Bardella, n’en finit plus de dépeindre la France comme « l’enfer fiscal le plus important d’Europe ». La priorité économique est de « baisser la pression fiscale qui pèse sur les Français », prônait-il en mai sur BFMTV. Déjà, fin 2024, le parti d’extrême droite avait publié une pétition intitulée « La hausse des impôts, c’est non ! » et affirmé que, « dans l’absolu, toute hausse d’impôts serait une trahison des intérêts du peuple ».
Poujadiste, le RN manie un discours censé s’adresser aux classes populaires et moyennes, « matraquées » par l’impôt, pour justifier des votes qui, en réalité, concernent d’abord les grandes entreprises et les plus riches.
Une aubaine pour la Macronie, qui peut s’appuyer sur cette béquille malgré son absence de majorité à l’Assemblée. Grâce à l’extrême droite, le camp présidentiel a pu sauver son architecture fiscale néolibérale. En 2025, à trois reprises, les députés du parti à la flamme ont notamment évité la suppression de la « flat tax » de Macron, un plafonnement de 30 % sur l’imposition des revenus du capital et de l’épargne.
La taxe Zucman, « stupide et nocive » selon Marine Le Pen
Main dans la main, macronistes et lepénistes ont également écarté le plafonnement des rémunérations en entreprise ; une taxe sur les holdings patrimoniales ; la remise en question du pacte Dutreil, permettant un abattement de 75 % sur les droits de succession liés aux entreprises familiales. Ou encore la suppression progressive de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), que Jordan Bardella qualifie d’« impôt de production parmi les plus toxiques pour l’industrie ». Elle vise pourtant les sociétés qui réalisent plus de 500 000 euros de chiffre d’affaires et permet de financer les collectivités locales.
Surtout, le RN s’est opposé à toute mesure de justice fiscale, qui passe par un retour de l’impôt sur la fortune (ISF) ou par la taxe Zucman, qualifiée de « stupide et nocive » par Marine Le Pen. Cette dernière a en revanche vanté la création d’un impôt sur la fortune financière pour remplacer l’impôt sur la fortune immobilière. Une sorte d’ISF à l’assiette quasi nulle puisqu’elle exclurait les biens professionnels, les parts détenues dans les PME et les biens immobiliers. En clair, donner l’apparence d’œuvrer pour la justice fiscale en effleurant à peine le portefeuille des ultra-riches.
Le RN va même parfois plus loin dans le néolibéralisme, comme lorsque, le 6 novembre dernier, ses députés ont voté pour la suppression de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), impôt de 0,16 % prélevé sur le chiffre d’affaires des entreprises dépassant 19 millions d’euros. Soit 5,4 milliards d’euros en moins dans les caisses de la Sécurité sociale, au nom de la « compétitivité des entreprises ».
Le RN préfère renoncer à aider les ménages
« Une telle mesure obligerait le gouvernement à compenser, sauf à creuser davantage le déficit de la Sécurité sociale, en particulier celui des retraites à laquelle est affectée de manière exclusive cette recette », détaille, dans une note, Simon-Pierre Sengayrac, codirecteur de l’observatoire de l’économie de la Fondation Jean-Jaurès.
En 2024, le programme économique du RN pour les législatives prévoyait un coût budgétaire de 100 milliards d’euros, en partie dû aux exonérations et suppressions d’impôts. Face aux critiques, Jordan Bardella a souhaité alléger la note.
Non pas en y ajoutant l’ISF, ou en renonçant à certains cadeaux fiscaux, mais en repoussant une éventuelle abrogation de la réforme des retraites et en rayant de sa liste sa seule mesure fiscale à portée sociale : la baisse de 20 % à 5 % de la TVA sur l’énergie et les produits de première nécessité.
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Florent Le Du