« Les immigrés et leurs descendants sont une composante centrale et durable de la population française » : portrait d’une société diverse et mélangée

La grande enquête « Trajectoires et origines » menée par l’Ined et l’Insee montre que les immigrés et leurs descendants représentent un tiers de la population qui se mêle au fil des générations à la population sans ascendance migratoire.

Au total, c’est 34 % de la population qui a un lien à l’immigration.
© Jean-Daniel SUDRES / Voyage Gourmand / saif images

Une société française diverse, qui se mélange mais où les inégalités selon les origines restent fortes. Tels sont les principaux enseignements de TeO2, la seconde édition de l’enquête « Trajectoire et origine » menée par l’Ined et l’Insee et publiée ce 21 mai1.

Dirigée par Mathieu Ichou, Cris Beauchemin et Patrick Simon, elle a été conduite entre 2019 à 2020 auprès de 27 181 personnes âgées de 18 à 59 ans vivant dans l’Hexagone. Trente-cinq chercheurs ont ensuite analysé les trajectoires des immigrés, de leurs enfants et petits-enfants. Leur travail renseigne les parcours scolaires et professionnels, les pratiques culturelles, les inégalités, les expériences de racisme ou encore les appartenances.

Premier enseignement de l’étude : « Les immigrés et leurs descendants sont une composante centrale et durable de la population française. » Celle-ci compte ainsi 13 % d’immigrés, c’est-à-dire d’individus nés étrangers à l’étranger, 11 % qui ont au moins un parent immigré et 10 % au moins un grand-parent immigré. Au total, c’est donc 34 % de la population qui a un lien à l’immigration. Cette part monte à 41 % si on prend en compte les individus en couple avec une personne qui en est issue. Les origines des immigrés sont diverses. 32 % viennent du Maghreb, 20 % d’Afrique subsaharienne, 16 % d’Asie et 28 % d’Europe.

Pas d’entre-soi

À rebours de l’idée d’une immigration en proie au communautarisme, TeO2 montre ensuite que les immigrés et leurs descendants se mélangent au reste de la population. Ainsi près d’un enfant d’immigré sur deux compte au moins un parent non immigré et 95 % des petits-enfants d’immigrés ont au moins deux grands-parents non immigrés. Autre indicateur de ce mélange, la pratique de l’entre-soi (avoir des amis uniquement de la même origine) est minoritaire. Seuls 21 % des immigrés et 11 % des descendants de deux immigrés déclarent être dans ce cas.

Si repli communautaire il y a, il est à rechercher du côté de la population majoritaire qui est concernée à 59 % par la pratique de l’entre-soi. Un pourcentage que la difficulté de rencontrer des étrangers en raison de la répartition inégale sur le territoire de la population immigrée (qui reste concentrée dans les métropoles) ne suffit pas à expliquer. L’usage du français, qui s’impose rapidement au sein des familles immigrées, témoigne aussi de la convergence entre les populations, tout comme l’identification croissante à la France (majoritaire dès la deuxième génération).

TeO2 montre que le niveau d’instruction des immigrés par rapport à la population de leur pays d’origine ne les met pas à l’abri d’une précarité initiale fréquente. Ainsi, si les personnes arrivées en France après 16 ans sont à 73 % issues des fractions les plus instruites de leur pays d’origine (85 % parmi les immigrés d’Afrique subsaharienne), un cinquième d’entre elles ont été sans papiers et un sixième ont occupé un logement précaire. Il est à noter néanmoins que la précarité ne réduit pas à néant toute chance de stabilisation. Un cinquième des naturalisés et un quart des résidents (qui détiennent une carte de séjour de dix ans) déclarent avoir été un jour en situation irrégulière.

Précarité, chômage et discriminations

À la précarité que connaissent les étrangers qui s’installent en France s’ajoutent les inégalités et les discriminations, qui continuent de frapper leurs descendants. Les inégalités sont d’abord scolaires. Si, à niveau social similaire, les niveaux de diplôme sont comparables entre la population immigrée et la population majoritaire, l’enquête montre que « les enfants d’immigrés sont davantage exposés à la ségrégation scolaire et à des filières et types de diplômes moins prestigieux ».

La vulnérabilité face au chômage est aussi plus élevée. Par exemple, les immigrés venus du Maghreb ont un surrisque de 6,2 points et leurs descendants de 6,3 points par rapport à la population majoritaire. « Le diplôme ne suffit pas à expliquer les inégalités d’emplois », insiste l’étude. Les inégalités sont aussi résidentielles. Ainsi la part des immigrés et de leurs descendants qui vivent dans un quartier à forte concentration d’immigrés non européens est de 51 % parmi ceux originaires d’Afrique subsaharienne et 36 % parmi ceux issus du Maghreb. La part de ceux qui vivent dans un quartier à fort taux de chômage est de 33 % pour les premiers et 31 % pour les seconds.

Enfin, les immigrés rapportent aussi plus souvent des expériences de discrimination. Il est à noter que cette proportion augmente parmi les descendants. Ainsi, si 35 % des immigrés d’Afrique subsaharienne sont dans ce cas, 41 % de ceux de la deuxième génération disent avoir subi la même expérience.

  1. « Trajectoires et origines 2, diversité des populations et inégalités sociales en France », Ined éditions, 29 euros. ↩︎

 


En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.