Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, dénonce la faiblesse des mesures annoncées par le premier ministre sur le pouvoir d’achat. Il invite à se mobiliser devant les préfectures et le siège de Total, dont il réclame la nationalisation. Il s’exprime également sur les enjeux du 40e congrès du Parti communiste.

Le PCF tiendra son congrès les 3, 4 et 5 juillet à Lille. Il sera précédé de débats dans les sections et départements. Fabien Roussel, son secrétaire national, invite à avoir un parti « uni et fort » et se dit prêt à consacrer toute son « énergie » à la bataille des élections présidentielles si les militants communistes le désignent candidat par un vote en septembre.
Comment jugez-vous les annonces du gouvernement, jeudi 21 mai, pour faire face à la crise du pouvoir d’achat ?
Les annonces du gouvernement appellent à une mobilisation de nos concitoyens pour obtenir des mesures fortes. La crise est profonde et va s’installer dans la durée. Les mesures prises par le gouvernement sont totalement déconnectées de la réalité vécue par nos concitoyens et de nos entreprises qui ont besoin d’être protégées. Sans mesures fortes pour le pouvoir d’achat, les salaires, les emplois et les entreprises, le risque est grand d’une récession d’ici la fin de l’année. La hausse des prix de l’essence, du gaz et des matières premières affecte toute notre économie. Malheureusement, le gouvernement ne souhaite pas changer de politique et reste très dogmatique.
Bloquer les prix de l’essence, pour les ramener à 1,50 euro, est possible immédiatement. De même, nous demandons au gouvernement de baisser tout de suite le prix de l’électricité de 30 %. C’est possible en sortant du marché spéculatif européen.
L’inflation a été de 20 % en cinq ans. Le Smic a augmenté, mais pas les salaires justes au-dessus. Cela pénalise l’économie et nous enfonce dans une crise majeure. Nous demandons que l’ensemble des salaires soient revalorisés, et qu’ils le soient immédiatement de 5 % pour les salaires et pensions inférieurs à 2 500 euros net. Nous exigeons l’indexation des salaires sur l’inflation.
Le PCF prendra-t-il des initiatives de mobilisation ?
Nous organisons un rassemblement devant le siège de Total à La Défense le 29 mai, jour où les actionnaires se rassembleront, pour appeler l’entreprise à baisser ses prix et inviter le gouvernement à nationaliser ce groupe, profiteur de crise et profiteur de guerre.
Entre le 28 mai et le 4 juin, nous appelons les Français à se rassembler devant les préfectures ou tout autre lieu qu’ils jugeraient utile, à l’initiative des communistes, pour interpeller l’État. Celui-ci doit intervenir dans chaque région, contre la vie chère, pour l’emploi.
Dans toutes les régions, doivent être convoquées une conférence économique et des cellules de crise dans les départements pour lister les menaces de licenciements et les entreprises en risque de faillite, mobiliser les services de l’État pour protéger l’industrie et les emplois. Notre mobilisations sert à dire que les annonces gouvernementales ne sont pas à la hauteur.
Pourquoi mettez-vous en avant la nationalisation de TotalEnergies ?
C’est une réponse à un groupe et un PDG tout-puissants et profiteurs de crise. Monsieur Patrick Pouyanné ose faire du chantage au gouvernement. Il menace de mettre fin au plafonnement des prix si ses profits sont taxés. Il gagne 10 millions d’euros par an.
Chaque fois que les Français vont à la pompe, ils paient et son salaire et les bénéfices : 6 milliards d’euros au premier trimestre. Beaucoup de pays ont fait le choix d’une entreprise d’État.
C’est une question de souveraineté pour leur économie. Une nationalisation doit mettre fin à des politiques d’exploitation de peuples et de salariés. Une entreprise publique nationale permet de nouer des coopérations avec les pays disposant de réserves pétrolières.
Quels sont les enjeux du congrès du PCF, qui se tiendra à Lille les 3, 4 et 5 juillet ?
Ce 40e congrès doit être celui d’une grande ambition pour notre parti, marquant le temps long des quinze-vingt prochaines années tout en répondant aux enjeux plus immédiats des différentes crises auxquelles l’humanité est confrontée.
Nous ferons bien sûr un bilan de l’activité sur les trois dernières années et définirons les orientations pour les trois années à venir.
Nous remettrons au cœur de notre projet pour la France la paix comme condition de l’émancipation des peuples, le travail libéré de la domination du capital, et la République pour l’égalité réelle. Ce sera également le moment d’aborder les échéances électorales, à huit mois de l’élection présidentielle et des législatives.
Quatre textes seront départagés par les militants lors d’un vote les 6 et 7 juin, contre deux lors du dernier congrès. Quel est votre regard sur ces textes ?
Nous sommes un parti démocratique, avec un appétit et une culture du débat. Il y a des critiques. Et c’est tant mieux. Tout cela n’existe pas dans d’autres forces politiques qui aiment nous critiquer. Dans les différents textes, on trouve des propositions, des remarques et des reproches. J’entends tout cela. Il est sain de pouvoir l’écrire, en débattre et corriger ce qui doit l’être.
J’alerte les communistes : il y a, par ailleurs, une offensive forte de la France insoumise, de ses dirigeants, qui appelle à voter contre la base commune du conseil national, contre la direction du PCF, pour faire éclater notre parti et obtenir un soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Ne cédons pas aux tentatives de division. Nous avons besoin d’un parti uni et fort.
Le projet de base commune du conseil national (CN), « Un communisme de conquêtes », a vocation à rassembler les communistes. Il ouvre le débat, propose de discuter d’un programme le plus ambitieux possible avec les autres forces politiques de gauche, afin de créer les conditions d’une victoire de la gauche tout en affirmant que nous sommes prêts et tout à fait légitimes à présenter une candidature à l’élection présidentielle. Et nous proposons aussi une méthode avec un calendrier pour ne pas nous trouver dans une impasse : les communistes feront un choix souverain, par un vote début septembre.
Car une campagne présidentielle, c’est sérieux. En retardant nos choix à l’automne ou en fin d’année comme le proposent certains textes alternatifs, nous finirions par ne pas présenter de candidature, comme en 2017. Enfin, la base commune garantit un dialogue nécessaire avec les autres forces de gauche, notamment pour travailler à un accord aux élections législatives respectueux de chacun et construit en tenant compte des réalités du terrain, département par département.
J’appelle les communistes à se saisir du projet de base commune du CN, à l’enrichir, à l’améliorer, à le corriger et à débattre ensemble, sereinement, de tous les sujets au-delà des échéances de 2027 : l’analyse de la crise, le projet et les grands combats politiques à mener, les moyens de renforcer notre organisation.
Vous souhaitez que les communistes présentent une candidature en 2027. Quelle serait sa singularité ?
Les textes alternatifs font des propositions diverses qui mèneraient ou au soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon ou à une autre impasse quand il s’agit de désigner un candidat tardivement tout en disant qu’il peut se retirer à tout moment.
Je souhaite que nous portions une candidature de combat, pour mener la bataille idéologique et faire reculer l’extrême droite, défendre la paix, le travail, l’égalité, la réappropriation de notre outil industriel pour relever les défis du siècle tel que le climat.
J’ai indiqué être prêt à y consacrer toute mon énergie, fort de notre expérience dans ce domaine.
La France est le pays de la passion de l’égalité. Celle que j’entends porter. Cela signifie révolutionner la production avec de nouveaux pouvoirs d’intervention des salariés et répartir les richesses. Mais c’est aussi l’égalité pour tous, quel que soit notre sexe, notre genre, notre couleur, notre origine, notre religion. Ce sera un sujet important : l’antisémitisme, le racisme, le racisme antimusulman se développent. Ils sont portés par des médias, des journalistes, des responsables politiques. Nous ferons des propositions fortes pour faire respecter l’égalité des droits.
La question d’une France libre de ses choix est aussi incontournable. L’impérialisme décomplexé de Donald Trump qui mène la guerre de l’énergie pour s’approprier des richesses, nous place dans une situation de dépendance.
Enfin, ce qui est essentiel, c’est le scrutin législatif. C’est au Parlement que doit se décider la politique de la France. Cette candidature à l’élection présidentielle devra permettre de mener la plus belle des batailles, avec les autres forces, dans chaque département, pour faire élire plus de députés communistes ou issus de la gauche.
Selon vous, l’appropriation des outils de production devrait-elle être présente dans la campagne ?
Notre patronat et notre gouvernement refusent de parler de partage des richesses et ont contribué à désindustrialiser la France. Nous devons reconquérir des filières abandonnées, comme l’acier ou l’automobile. Nous devons le faire pour atteindre nos objectifs climatiques.
Le plan « Climat-Empreinte 2050 » du PCF montre bien que cela passe par une limitation de nos importations. Une reconquête industrielle passe par des nationalisations avec des nouveaux pouvoirs et la réorientation des aides publiques vers la relocalisation de l’industrie.
Nous mènerons aussi la bataille en Europe contre les traités européens, pour de nouveaux traités de coopération à l’opposé d’un libre-échange mortifère.
Certains communistes pensent l’union essentielle dès le premier tour pour battre l’extrême droite. D’autres pensent qu’une candidature communiste pourrait la faire reculer. Comment ?
Si l’effacement du PCF à la présidentielle pouvait garantir une défaite de l’extrême droite, je n’hésiterais pas une seconde. Mais ce n’est pas le cas : notre électorat se répartirait entre différentes candidatures. Et cela ne changerait rien à la montée en puissance de l’extrême droite.
Il faut oser mener une campagne en nous adressant largement aux électrices et électeurs tentés par l’abstention ou des votes qui seront des impasses, et en ouvrant un chemin de rupture avec le capitalisme, un chemin d’avenir pour la France qui réponde à leurs doutes, leur colère, leur attente de solutions.
Notre campagne se doit d’être disruptive, faire la démonstration que l’extrême droite n’apporte pas de réponses aux problèmes des Français, et construire avec eux l’alternative de paix et de progrès dont le pays a besoin. C’est en menant la bataille idéologique que nous ferons reculer l’extrême droite et non avec des accords qui sèment le trouble.
Quelle atmosphère devra régner entre candidats de gauche ?
La gauche doit savoir accepter ses différences, dialoguer et débattre devant les Français, sans s’invectiver ni s’insulter, sans jeter d’anathème. Je ne crois pas aux gauches irréconciliables.
L’élection présidentielle doit permettre aux Français d’exprimer de quel programme ils se sentent le plus proches. Si nous avions un candidat, j’aimerais qu’il se fixe l’objectif de ne parler que de son programme, sans jamais insulter ses concurrents.
Le PCF a adopté le 10 mai un livret thématique sur la paix. Quelle politique étrangère souhaitez-vous ?
Une rupture de politique étrangère est nécessaire, notamment au vu de celle menée par Donald Trump. L’élection de 2027 doit être l’occasion d’élire un chef d’État qui fera le choix d’une politique de la France indépendante de la politique américaine et de ne pas entrer dans une politique guerrière.
Nous contestons les choix faits dans la loi de programmation militaire d’augmenter le budget des armées et de construire un nouveau porte-avions nucléaire. Augmenter le budget militaire de près de 40 milliards d’euros est une faute. Nous avons besoin de cet argent pour des avancées sociales et écologiques, pour lutter contre les narcotrafics, pour nos écoles, notre système de santé, notre recherche.
La France doit aussi nouer des coopérations. Un dialogue doit être poussé avec le Sud global pour construire un monde qui respecte le droit international, pour créer une monnaie commune qui conteste le dollar.
Nous devons être solidaires. Je pense à Cuba, ciblé par Donald Trump. Il y a besoin de braver le blocus. La France devrait aller plus loin que la reconnaissance de l’État de Palestine et mener le combat pour mettre fin à l’accord entre l’UE et Israël pour isoler ce gouvernement d’extrême droite.
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