Une centaine de militants communistes s’est réunie devant le siège de Total à La Défense (Hauts-de-Seine), pour demander la nationalisation du groupe « profiteur de guerre » et exiger un blocage du prix à la pompe.

Il est des assemblées générales qui font vivre la démocratie. D’autres rendent la vie plus chère, comme celle des actionnaires de TotalEnergies, ce vendredi à La Défense, près de Paris. À proximité du lieu de réunion sous bonne garde policière, une centaine de militants communistes a déployé des banderoles : « Nationalisation de Total », « 6 milliards de profits en six mois », « 1,50 euros max – blocage des prix des carburants ».
« Les actionnaires se réunissent pour faire le bilan des premiers mois de 2026. Quels sont-ils ? Alors que les Français sont confrontés à la hausse du coût de la vie, du prix du litre d’essence à la pompe, les actionnaires de Total, eux, se desserrent la ceinture. Ils sont de véritables profiteurs de crise », a exposé au micro le porte-parole du PCF, Léon Deffontaines.
Car les profits du major des hydrocarbures ont explosé depuis l’attaque des États-Unis de Donald Trump contre l’Iran et la paralysie du détroit d’Ormuz, où transite plus de 20 % du trafic maritime mondial de pétrole. Au premier trimestre 2026, TotalEnergies a engrangé 5,8 milliards de dollars de profits (soit 4,96 milliards d’euros) ; un chiffre qui approche les 6 milliards de gels de dépenses décrétés en avril dernier par le gouvernement en vue de faire face à la crise.
« Que les superprofits soient réorientés vers les biens communs »
« Les Français n’ont pas le luxe d’avoir le plus grand groupe de pétrole privatisé, ni le luxe d’entretenir des actionnaires qui s’enrichissent sur notre dos », assène Léon Deffontaines, demandant la « nationalisation de TotalEnergies ». Cela doit permettre de réduire les tarifs. « Nous demandons que les superprofits soient réorientés vers le développement des biens communs et des services publics », déclare-t-il.
Député PCF du Puy-de-Dôme, Julien Brugerolles observe combien, chez lui, « les pratiques spéculatives pèsent sur la vie des habitants des territoires ruraux et urbains pour qui la voiture est indispensable au trajet domicile-travail ». Il accuse le gouvernement de refuser « d’agir » en « encadrant les prix de vente du carburant », malgré les initiatives législatives – communistes et insoumises – demandant un contrôle des prix, un encadrement des marges ou un allègement des taxes.
Pour le gouvernement, il ne faut pas « tomber dans le Total bashing »
Il y a quelques semaines, la porte-parole de l’exécutif, Maud Bregeon, avait en effet appelé à ne pas « tomber dans le Total bashing ». En avril, le premier ministre Sébastien Lecornu avait lâché : « Vous ne pouvez pas inventer un impôt (sur les superprofits, ndlr.) comme ça d’un claquement de doigts en milieu d’année ».
Aux militants présents, Julien Brugerolles a raconté avoir demandé au gouvernement de revaloriser les indemnités kilométriques (qui conduiraient à un meilleur remboursement des frais de transport par les employeurs, et à une baisse d’impôt sur le revenu des salariés). « Le choix politique, c’est l’inaction, parce que la politique énergétique est dictée en partie par un grand groupe comme Total. C’est inacceptable. Il faut reprendre la main, y compris par la nationalisation », conclut-il.
Total paie « zéro euro » d’impôts en France
Fabien Gay, sénateur communiste et directeur de l’Humanité, a fait part des difficultés des « travailleurs de Blanc-Mesnil qui se lèvent à deux heures du matin pour se rendre à l’aéroport Charles-de-Gaulle ». Ceux-ci sont contraints d’utiliser leur véhicule, le RER B étant indisponible pendant la nuit.
« Le Code du commerce permet de bloquer les prix. Il y a urgence », s’exclame-t-il, rappelant qu’un plein par semaine à 100 euros représente à la fin du mois un quart du revenu de certains salariés. Il demande que les taxes sur l’énergie soient abaissées à 5,5 % pour les consommateurs.
À cet égard, il souligne que Total paie, lui, « zéro euro » d’impôts en France malgré la présence de raffineries et de 3 100 pompes à essence, les bénéfices étant, par le truchement des « prix de transfert » déplacés en Suisse, en Irlande ou aux Pays-Bas. Afin de travailler à la décarbonation de l’économie française, il plaide pour la nationalisation de nationaliser et TotalEnergies et Engie, afin, qu’avec EDF, de les « fusionner dans un grand groupe, GEDF », pour un coût de 200 milliards, ce qui correspond à sept années de profits.
« Des profits sur le dos des travailleurs »
Les militants présents témoignent des effets de la vie chère. « Nous sommes venus parce que TotalEnergies fait des profits mirobolants sur le dos des travailleurs et des peuples victimes de guerre », accuse Corentin, la vingtaine. Lui, a la chance d’avoir un véhicule électrique, mais il voit « combien c’est compliqué pour (ses) collègues. Ils se demandent ce qu’ils vont devoir sacrifier ». Selon lui, le plafonnement volontaire des prix, décrété en mars par le groupe pétrolier n’est qu’un « geste commercial ». C’est aussi un levier politique : Patrick Pouyanné, patron du groupe, a menacé de mettre fin au plafonnement volontaire des prix, si les superprofits du groupe étaient taxés.
Secrétaire départemental du PCF, Vincent Benoist témoigne des difficultés sur son territoire, « aux trois quarts rural », précise-t-il. Située au nord de l’Île-de-France, la Seine-et-Marne a accueilli de nombreux habitants qui quittaient la petite couronne. Dans leur pavillon, « ils découvrent le coût du chauffage, souvent au gaz, plus important qu’en immeuble », relate-t-il.
Et « ils font face aux déserts médicaux, aux déserts de services publics, au désert de transports publics, qui ne s’est pas amélioré avec la privatisation du réseau de bus par la présidente de Région Valérie Pécresse », explique le dirigeant communiste. Leur mode de déplacement « est la voiture, rappelle-t-il. Et c’est de Seine-et-Marne qu’est parti le mouvement des Gilets jaunes » de 2018, déjà contre la hausse des tarifs du carburant. Tout le tissu économique est touché : « les ambulanciers, les petits entrepreneurs et artisans, les couvreurs râlent. Tous ceux qui ont une flotte de véhicules sont en difficulté ».
En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"
Subscribe to get the latest posts sent to your email.