Lyhanna : pendant que le gouvernement et le RN instrumentalisent l’affaire, les défenseurs des droits des enfants ne cessent d’exiger de véritables moyens + communiqué

Le corps d’une enfant qui portait les mêmes vêtements que la fillette de 11 ans recherchée depuis une semaine dans le Gers a été retrouvé. Le gouvernement évoque un dysfonctionnement, les droites instrumentalisent l’affaire pour alimenter leur projet sécuritaire, tandis que les défenseurs des droits des enfants, eux, ne cessent d’exiger de véritables moyens pour éviter ce type de drame.

Sébastien Lecornu, le ministre de la Justice Gérald Darmanin et son collègue de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ont dû s’expliquer sur le traitement des plaintes antérieures visant le suspect. © Stéphane lemouton/pool-REA

La découverte d’un corps d’enfant laissant peu de doute sur l’issue tragique des recherches diligentées après la disparition de Lyhanna, 11 ans, aperçue en compagnie juste avant sa disparition a imposé une réunion d’urgence à la tête de l’État. Convoqués à 10 h 30, ce vendredi 5 juin, à Matignon par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, le ministre de la Justice Gérald Darmanin et son collègue de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ont dû s’expliquer sur le traitement des plaintes antérieures visant le suspect.

À la sortie de la réunion, Sébastien Lecornu s’est dit « choqué » par le dossier, tandis que Gérald Darmanin a dénoncé « les dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l’État », pointant du doigt le fait que la circulaire pénale exigeant un traitement prioritaire des violences faites aux enfants n’ait pas été appliquée. « Notre devoir est de protéger les enfants en priorité absolue comme je l’ai déjà demandé dès mon arrivée au ministère de la Justice », a-t-il insisté sur les réseaux sociaux. Une ligne de communication validée par l’Élysée, Emmanuel Macron, déclarant publiquement : « Il est clair qu’il y a eu un dysfonctionnement ».

Une « défaillance systémique des institutions »

Du côté du milieu associatif, on refuse catégoriquement la thèse de l’erreur humaine isolée dans le bureau d’une procureure. Les associations féministes et de protection de l’enfance, à l’image de la Fondation des Femmes ou du collectif Face à l’inceste, posent la vraie question : ne s’agit-il pas plutôt d’une « défaillance systémique des institutions » ? Pour Mathias Darmon, avocat de l’association Innocence en danger, les révélations sur les plaintes classées sans suite ne l’ont « malheureusement pas surpris ». En clair, l’affaire Lyhanna est le révélateur tragique d’un système à bout de souffle qui protège mal les enfants.

Les collectifs et syndicats dénoncent le manque flagrant de formation des policiers et gendarmes pour recevoir les plaintes liées aux violences sexuelles : « Nous demandons à être entendues lorsque nous portons plainte. Nous demandons à être protégées », clament les collectifs féministes. La fédération France Victimes exige également un « Grenelle national sur les crimes commis contre les mineurs ».

Le RN accuse l’État d’avoir « lourdement failli »

Mais l’émotion n’a pas tardé à être récupérée par les charognards politiques du fait divers. À un an de l’élection présidentielle de 2027, l’extrême droite et la droite conservatrice se sont emparées de ce drame pour alimenter leur procès en inefficacité de l’État. Jordan Bardella s’est immédiatement engouffré dans la brèche, accusant l’État d’avoir « lourdement failli ». Jouant la carte de l’opposition frontale entre le pouvoir et les citoyens, le président du Rassemblement National a affirmé que « le peuple français exige des comptes », ajoutant que « ce drame terrible aurait pu, aurait dû, être évité, si l’institution judiciaire n’avait pas connu de tels dysfonctionnements ».

À droite, Les Républicains lui ont emboîté le pas. Bruno Retailleau ne s’est pas contenté de réclamer une inspection administrative, mais a dressé un constat d’effondrement généralisé : « Notre système judiciaire est une faillite, il faut le réformer en profondeur ». Même au sein du camp présidentiel élargi, Édouard Philippe a réclamé l’instauration d’un « véritable principe de précaution face aux violences faites aux enfants », exigeant que des « responsabilités [soient] clairement établies en cas de défaillance ».

Sur les réseaux sociaux, une haine viscérale contre le corps judiciaire

L’instrumentalisation a pris une tournure encore plus choquante et violente sur les réseaux sociaux et dans les canaux de la fachosphère. L’extrême droite radicale s’en donne à cœur joie, en transformant la critique des failles de l’institution en une vaste chasse aux sorcières. Des sites identitaires très marqués ciblent ouvertement les magistrats, essentialisés et jetés en pâture comme une « caste qui ne rend jamais de comptes ». Dans des éditoriaux au vitriol, on s’indigne de voir qu’un procureur qui classe une plainte « ne répond de rien », attisant sciemment une haine viscérale et dangereuse contre le corps judiciaire dans son ensemble.

Pourtant, face au deuil et à la colère, l’urgence est ailleurs. L’affaire Lyhanna ne doit en aucun cas se résumer à la distribution de quelques sanctions disciplinaires destinées à calmer l’opinion publique, ni servir de carburant à de sordides joutes politiciennes. La mort de cette enfant devrait surtout servir d’électrochoc à toute la société pour déclencher, enfin, une véritable réforme structurelle des moyens humains et financiers alloués à la justice des mineurs.


Communiqué PCF

Affaire Lyhanna : la faillite d’un système

Le Parti communiste français exprime sa profonde émotion après la découverte d’un corps qui devrait, selon toute vraisemblance, être celui de Lyhanna, 11 ans, disparue depuis plusieurs jours. Nous adressons nos pensées à sa famille, à ses proches.

Mais aujourd’hui, l’émotion ne suffit plus.

Car ce que révèle l’affaire Lyhanna dépasse le cadre d’un fait divers tragique.
Elle met en lumière une contradiction devenue insupportable: jamais la protection de l’enfance n’a autant été proclamée priorité nationale ; jamais les professionnels, les magistrats,les associations et les familles n’ont autant alerté sur l’incapacité croissante des institutions à protéger effectivement les enfants.
Les éléments aujourd’hui connus sont accablants .

Depuis plusieurs années,des alertes, signalements,et procédures auraient concerné le principal suspect.
Plusieurs institutions ont été amenées à intervenir.
Pourtant, aucun dispositif n’a permis d’empêcher qu’une enfant de 11 ans perde la vie.

Il ne s’agit pas ici de désigner à l’avance des responsabilités individuelles.
Néanmoins, il est déjà possible d’identifier une responsabilité politique.

Lorsque les services de justice manquent de magistrats, lorsque les enquêtes s’accumulent faute d’effectifs suffisants, lorsque les délais deviennent incompatibles avec la protection immédiate des enfants, lorsque les dispositifs spécialisés sont insuffisants, lorsque les professionnels de la protection de l’enfance travaillent dans des conditions toujours plus dégradées, nous ne sommes plus face à des dysfonctionnements isolés.
Nous sommes face à une faillite structurelle.

Chaque année, des milliers de mineurs victimes de violences sexuelles voient leur parole se heurter à des procédures interminables.

  • Des plaintes sont classées sans suite.
  • Des enquêtes demeurent en attente.
  • Des familles restent sans réponse pendant des mois, parfois des années.

Dans le même temps, les gouvernements successifs continuent d’affirmer que la protection de l’enfance demeure une priorité absolue.

Une priorité se mesure aux moyens qu’on lui consacre.

Or, les choix politiques et budgétaires racontent une autre histoire.
L’affaire Lyhanna doit marquer un tournant.

Le Parti communiste français appelle à un plan d’urgence national pour la protection de l’enfance comprenant notamment :

  • le renforcement massif des moyens de la justice des mineurs et des services d’enquête spécialisés
  • ⁠le développement de structures spécialisées pour l’accueil et l’accompagnement des enfants victimes
  • ⁠une véritable coordination entre les institutions concourant à la protection de l’enfance
  • ⁠la mise en œuvre des préconisations formulées par la Ciivise
  • ⁠l’inscription de la protection de l’enfance au rang des priorités nationales avec les moyens humains et financiers correspondants.
  • Promulguer la loi-cadre intégrale proposée par la coalition féministe, contre les violences;
  • Mettre fin à l’impunité : établir une liste d’actes d’enquête minimaux sans lesquels le procureur ne pourrait pas classer sans suite une affaire ;

La mort de Lyhanna est le résultat d’un système qui proclame protéger les enfants mais qui ne donne aucun moyen pour le faire.
Une société se juge à la manière dont elle protège ses enfants.

Paris, le 5 juin 2026,
Parti Communiste Français


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