AUX COMMUNISTES LA PATRIE PEU RECONNAISSANTE par D. Bleitracht

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Malgré la canicule et le souffle brulant dont elle nous enveloppe, alors que se multiplient les images d’apocalypse d’une France en proie aux flammes, je m’obstine à aller au cinéma. la Bataille de Gaulle, comme la guerre, le deuxième épisode « j’écris ton nom ». j’avais lu des compte rendus enthousiastes même dithyrambiques proclamant qu’il y avait là une ouverture grandiose sur l’Histoire des deux épisodes de Baudry . Dans ces temps de défaite et de trahison, on pouvait se réjouir de voir célébrée la France qui n’aurait jamais arrêté de se battre et la permanence de l’Etat républicain, de ce point de vue le parti pris était intéressant. Oui l’action de De gaulle, relayée par celle de deux hommes Leclerc et Jean Moulin, aujourd’hui bradée, nous a assuré un siège aux Nations Unies une place parmi les vainqueurs et plus tard l’application du programme du CNR. La France jusqu’à Macron n’a pas eu de bases de l’Otan, ne les a pas partagées du côté d’Ormuz, et a eu sa propre dissuasion, elle a même un temps, rompu par Sarkozy, déserté le commandement de l’OTAN, refusé de participer à des aventures en Irak… Prononcé le discours de Phnom Penh . Mais s’il est juste de le célébrer, il est intolérable que l’air du temps s’impose, celui d’un négationnisme du rôle des peuples et de la lutte des classes dans les guerres. Ainsi est-ce que sans les communistes, sans ce qui les a précédés, et ce depuis Valmy, la résistance patriotique de la Commune, peut-on concevoir un modèles républicain universaliste dans l’émancipation et vraiment souverain. Comment peut-on l’oublier et au nom de quoi ce film prétend le gommer ? ce ne sont pas seulement les communistes, l’Union soviétique est également niée, Stalingrad, l’avancée de l’armée rouge et même la manière dont Staline a soutenu la France, est gommé dans ce huis clos de ce qui devient un théâtre de boulevard où l’on retrouve l’histoire de la III e République, celle de Lavisse débouchant sur le pire et le meilleur de l’endoctrinement républicain.

Publié par Danielle Bleitrach

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Article original pour le blog in Histoire et société 

Pourtant le parti pris adopté par Baudry aurait dû faire la part belle aux communistes, comme à l’URSS. puisqu’il s’agit de la manière dont grâce à l’action déterminée de quelques individus la France a échappé au partage et à la mise en tutelle atlantiste qui va désormais gérer le monde en s’accommodant des fascistes. Dans cet épisode, Le principal adversaire du général De gaulle n’est pas l’Allemagne nazie mais les Etats-Unis et Roosevelt flanqué d’un Churchill francophile mais ,comme il le dit lui-même, dans un conflit entre la France et les Etats-Unis choisira toujours le dernier. Or Roosevelt veut traiter la France comme les 150 nations qu’il va désormais mettre en tutelle, il prévoit de diviser la France comme cela sera fait pour l’Allemagne en régions, dirigées par des préfets américains avec des troupes d’occupation, des bases américaines ce qui deviendra l’OTAN . Il fera avec Pétain ou Giraud, comme pour Salazar et Franco, et surtout l’Allemagne, laisser en place les collabos un peu moins marqués que les autres et en faire les protectorats des USA mobilisés ultérieurement contre l’URSS.

Les seuls qui dans le film affrontent l’Allemagne nazie, sont le général Leclerc et Montgomery, que ce soit dans le désert d’Afrique du nord ou dans la libération de Paris. D’ailleurs Leclerc est le seul véritable héros du film. Ce qui d’ailleurs, avec le parti choisi , permet également de gommer le rôle de l’URSS, Stalingrad, et y compris le point d’appui que l’URSS, Staline ont constitué, l’avancée sur Berlin tout cela est évacué du champ. Au de la de cette négation, ce récit correspond à une certaine conception de l’histoire proche des chroniques des hommes illustres. Toutes les scènes d’action sont assorties d’une théâtralité dans laquelle le grand homme joue sur un coup de dé souvent médiatique le sort de l’Histoire.

Même Jean Moulin qui aurait dû être l’alter ego de Leclerc, est pris dans le petit jeu de la chronique avec une fondation du CNR dans lequel les communistes sont de vagues silhouette de politiciens se disputant comme aujourd’hui le bout de gras. Jean Moulin qui pourtant a du vaincre les préventions du général et des gaullistes pour s’associer à la seule force véritablement organisée celle des FTP et du parti lui-même n’arrive à surmonter le foutoir des partis et obtenir la fondation du CNR, que par le stratagème d’un faux coup de téléphone qui force la décision de cette bande sans conscience et sans troupes, c’est par une photo dans les médias que De gaulle prend l’avantage sur Roosevelt, nous ne sommes pas encore dans l’univers de Trump et de la guerre aujourd’hui mais nous n’en sommes pas loin. En fait c’est le ballet des figures illustres à la Plutarque dont les « coups » médiatiques permettent de prendre l’avantage et tout est ainsi réduit à un jeu de bonneteau dans lequel les grands hommes glissent leur bons mots sans que jamais sauf dans les batailles de Leclerc et les rues de Paris qui se libèrent comme dans d’autres grandes villes paraissent de l’ordre du spontanée et le poème d’Eluard le communiste sert comme une enluminure la figure du connétable ou de Jeanne d’Arc. Résultat ce moment dans lequel surgit ou devrait surgir le peuple est aussi plaqué et déclamatoire que possible.

IL y a pire certes vous me direz et je suis bien d’accord, ce film au moins dans les temps que nous vivons a le mérite d’en appeler à un sursaut de la France.

Mais il s’est avéré que j’ai vu ce film dans un des derniers cinémas de quartier de Marseille, le Pathé Madeleine. Il a été créé en décembre 1938, j’avais 6 mois et une affiche à l’intérieur annonce que le premier film qui a été donné a été monsieur Victor de Jean Grémillon (le communiste qui mériterait lui aussi que l’on parle de lui ). Et j’ai raconté à une des jeunes qui tenait la caisse l’histoire de ce Cinéma. Les cinémas étaient nombreux , 3 ou 4 dans le seul quartier des chartreux. Un de mes premiers souvenirs à été la Libération dont parle le film, l’immense joie des foules assemblées. Mon père faisait partie des FFI qui ont libéré la ville et ont accueilli le général Monsabert dans ce qui était alors le boulevard de la Madeleine et qui est devenu le boulevard de la Libération.

Marseille s’était libérée elle-même les FTP mais surtout le PCF et les ouvriers communistes du atelier du sud quii dévient un grand lieu autogestionnaire administré par les ouvriers et les ingénieurs résistants (1) ILs ont organisé dans ce cinéma qui n’avait qu’une seule salle immense qui servait de théâtre une représentation d’artistes, gratuite pour les habitants du quartier alors ouvrier, . Ils riaient beaucoup parce qu’ils avaient traîné un chanteur qui s’appelait Reda Caire et qui sans avoir collaboré tout à fait n’était pas très clair comme en témoigne la video ci-dessous qui en 1942 mêlait fraternisation avec l’armée allemande et déjà avec l’armée américaine. Reda Caire était prêt à se racheter à bon compte en distrayant les familles populaires plus ou moins proches du PCF qui structurait tout ça. Ce peuple là, celui à qui je n’avais cessé de vouer une reconnaissance infinie, et mes autres héros de l’armée rouge ceux dont mes proches avaient imprimé dans mon souvenir enfantin le souvenir de la victoire avaient totalement disparu du film qui passait dans ce même cinéma. Le programme du CNR dans le film était celui des ‘gaullistes » imposé à des faiseurs d’histoire incapables de s’entendre comme aujourd’hui et qui méritaient un homme à poigne. Georges Bidault succédait à Jean Moulin et l’insurrection parisienne comme le poème était de l’emphase. Georges Bidault le seul parrain du CNR il fallait le faire.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Comment peut-on nier ce que leur doit le programme de la résistance, le rôle de Rol Tanguy dans la libération de Paris? Et comment des communistes ou qui l’ont été peuvent-ils se satisfaire de cette Histoire là?

Quand on en est là au point où quand notre génération aura disparu on pourra en toute impunité surtout avec la numérisation et les dispositions européennes gommer toute la présence des communistes de l’histoire de France, en sachant que cela est déjà en train de se réaliser. On ne peut pas considérer comme étant de l’ordre du hasard ce qui a été la destruction systématique de la mémoire ouvrière, le troncage de biographie comme je l’ai constaté pour mon compagnon dans le Maitron. Est-ce vraiment un hasard si jusqu’à Fabien Roussel tous les secrétaires nationaux ont demande la fin du titre de communiste et l’ont obtenu pour la presse, si le dernier acte de Pierre laurent a été de changer à grand frais le logo?

Les Communistes ont été trahis, désavoués y compris par ceux qui aujourd’hui se parent de leur nom pour mieux tenter de poursuivre sur la lancée liquidatrice, pour leurs petites luttes des places.

Il reste encore dans la tentative légitime amorcée au 38 eme Congrès, de reconquête de la classe ouvrière, des couches populaires et de tous ceux qui payent la note d’une caste qui a choisi de trahir la France, la honte de voir se poursuivre les minables querelles, ces propos stupides répercutés dans les réseaux sociaux dont on a honte de les lire.

Entre ceux qui trahissent pour rallier le fan club du vieux social démocrate lambertiste mitterrandien déplumé, ceux là qui ne craignent pas de contribuer aux mensonges sur leur secrétaire Fabien Roussel comme seul argument, c’est à frémir…

De voir aussi ceux qui ne cessent de trahir l’internationale, s’accrocher à leurs « positions », y compris en interdisant les communistes russes, en faisant porter tous leurs coups sur les peuples assiégés, menacés, qui prétendent par censure protéger les communistes de la « tentation stalinienne », tous ceux qui aujourd’hui au nom d’un secteur international, dirigé par un trotskiste chafouin- qui s’est créé une faction -. Ce « parti dans le parti » interdit que l’on ouvre le débat sur l’histoire internationale, sur un monde multipolaire, en se battant pied à pied à reculons et s’accrochant comme une arapède à son poste en épousant les avancées pour mieux les étouffer… Interdisant aux responsabilités ceux qui n’ont pas démérité mais que leur secte combat dans les fédération sur leur ordre.

Tout ce beau monde divise, censure et pourrit la jeunesse en lui faisant mener des combats internes pour être calife à la place du calife., acquérir des positions comme dans la social démocratie qui perd pied en France d’une manière, inexorable et ouvre la porte à l’abstention et à l’extrême droite.

Et le PCF n’a pas encore la force de faire face à tout ce banquet des prétendants et il doit les tolérer en son sein à l’image de ce qu’engendre depuis toujours l’adhésion aux guerres impérialistes. Cette Odyssée là, cette errance dans tous les lieux où l’on perd le souvenir de ce que l’on a été, à force d’avoir toléré pendant des décennies le compagnonnage atlantiste, a perdu des centaines de milliers d’adhérents et avec eux des familles entières, des échos dans les entreprises. De 700.000 à moins de 50.000 Ce reniement de soi-même qu’a été l’acceptation du discours du capital sur la chute de l’URSS, le refus de penser et d’agir par soi-même en communiste depuis l’eurocommunisme. Nous allons le payer encore pendant des années jusqu’à ce que chacun trouve le courage d’en finir avec le pillage de ce banquet où il y a de moins en moins à manger..

La France brule et sa beauté saccagée laisse le citoyen dans l’état désemparé d’un touriste esseulé qui voit sa carte postale partir en fumée. Dans ce temps, un peuple français pense surtout qu’il vaudrait mieux par esprit patriotique préserver notre pays plutôt que de pratiquer les expéditions guerrières, assez d’armes des canadairs, équipez nos communes et pour faire face à la crise climatique, il faut envisager un plan d’urgence, de ce point de vue les communistes sont toujours là, ils rassemblent leurs forces, s’interrogent comment être plus nombreux ça c’est pour le meilleur, le pire sont ces batailles de voyous.

J’ai honte mes camarades, héros de mon enfance pourchassée, de ce que l’on a fait de vous et je dis en murmurant cette prière du poète: Il faudra un jour que l’homme gagne ; hier s’achève par demain ! , vous êtes déjà là , dites le haut er fort, ne vous laissez pas distraire… .

Jusqu’à ce que de la France ressurgissent des hommes et des femmes qui refuseront la défaite et rassembleront au-delà des rangs de la gauche mais toujours à partir du ce peuple ouvrier dont Mauriac affirmait qu’il était le seul à ne pas trahir, celui qui pratiqua de bonnes et belles alliances avec les intellectuels, les artistes, les savants, de grands commis de l’Etat.

Ceux qui sont encore là pour freiner, profiter en notables, n’ont plus d’autres arguments que la stigmatisation et l’insulte ad nominen, la censure parce que la réalité de ce qu’est l’impérialisme révèle chaque jour à quel point leur pseudo démocratie foire d’empoigne entre les mêmes s’exerce aux dépens de l’immense majorité, prive le peuple d’intervention citoyenne. Ce serait la fin du modèle républicain, mais y a-t-il jamais eu un modèle républicain qui soit anticolonialiste et émancipateur sans les communistes?

Un jour tous ces gens là, ces marchands du temple, qui depuis des années vivent grassement de ce que les communistes, les vrais, ont conquis avec leur sang, leurs luttes obscures d’anonymes, seront chassés et cela a déjà débuté… L’histoire tous les jours révèle leur forfaiture et un jour leur nom sera l’équivalent de celui des Frossard, des Gitton (le secrétaire à l’organisation du PCF qui sous couvert de désaccord avec le pacte germano sovietique rallié à Doriot a livré à la milice le nom de tous les communistes et a favorisé leur arrestation par la police française qui les livrait pour la torture à la gestapo c’est ce qui est arrivé à mon compagnon Pascal Fieschi).

Les communistes, les vrais, ceux qui n’ont jamais trahi même aujourd’hui, n’ont jamais trouvé le moindre prétexte pour attaquer leur parti, appeler à voter contre lui et qui parfois sont tombés malade de chagrin devant tant d’injustice, encore aujourd’hui savent que l’histoire jugera et chassera ceux qui ne sont pas et n’ont jamais été des communistes. Peut-être que je ne verrai pas ce temps là mais il est déjà là… Alors sachez qu’à ce moment-là, l’ombre de dizaine de milliers d’autres fantômes reviendront comme dans le mythique Odyssée,

Il souffle un vent ici qui vient des temps d’antan

Danielle Bleitrach

(1) J’ai raconté tout cela dans deux livres de sociologie écrits avec Alain Chenu : L’Usine et la vie chez Maspero. et Social démocratie et classe ouvrière, Lille et Marseille. editions sociales. (la partie Lille était sous la direction de jean Lojkine).

Deux monde qui se sont côtoyées à la Libération et comment peut-on prétendre les sortir d’une mémoire qui a préféré peu à peu effacer et niveler ce qui bientôt risque de disparaître à jamais.


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