«  La lutte des classes n’est plus seulement pour la répartition des fruits du travail, mais aussi pour l’habitabilité du monde » : entretien avec Jacques Baudrier

Adjoint PCF à la mairie de Paris, Jacques Baudrier appelle à se saisir du concept de lutte des classes pour mener la bataille écologique. Avec des propositions pour rendre accessibles les véhicules électriques et la rénovation thermique des logements, comme exemples de mesures répondant à la fois aux exigences sociales et environnementales.

« Les plus riches pourront toujours se construire des bulles climatisées pour se garantir une qualité de vie quand certaines zones du monde vont devenir inhabitables. C’est une question de santé humaine.», explique Jacques Baudrier, adjoint PCF au maire de Paris. © Istock

Les vagues caniculaires des dernières semaines l’ont démontré : les plus précaires sont les premières victimes du réchauffement climatique. Un constat qui rappelle l’exigence, de concilier politique sociale et politique écologique, ce que prône Jacques Baudrier, auteur du livre La bataille pour le climat est une lutte des classes (Arcane 17, 2026).

L’adjoint communiste à la mairie de Paris, en charge du logement et de la transition écologique du bâti, y explique en quoi la lutte écologique réside aussi dans l’opposition entre travailleurs et capitaliste. Et enjoint la gauche à concilier les aspirations sociales avec l’exigence d’une sortie des énergies fossiles. Entretien.

Le titre de votre livre appelle à faire de la « bataille pour le climat » une « lutte des classes ». Celle-ci doit-elle revêtir une nouvelle forme que dans la doctrine marxiste ?

Jacques Baudrier, Adjoint PCF à la mairie de Paris

L’écologie politique est née dans les années 1970-1980, en rupture avec l’aspect conflictuel de la lutte des classes, avec le rêve que le combat pour le climat soit consensuel. Ce qui s’est révélé faux. C’est une analyse tirée du livre Mémo sur la nouvelle classe écologique (La Découverte, 2026), de Bruno Latour et Nikolaj Schultz et à laquelle je souscris.

Ce n’est pas le cas en revanche pour la deuxième partie de leur ouvrage. Les sociologues y évoquent la création d’une « classe écologique » pour mener cette lutte des classes. Or celle-ci n’est ni définie ni réellement existante, contrairement à la classe ouvrière chez Karl Marx. Selon moi, c’est la même lutte, entre les travailleurs et les capitalistes. L’objet est simplement plus large, non plus seulement la répartition des fruits du travail, mais aussi une lutte pour l’habitabilité du monde.

En quoi la question environnementale est pour vous, avant tout, celle d’un conflit entre capitalistes et travailleurs ?

Par nature, les capitalistes veulent réaliser un maximum de profits, or dans une activité économique se fondant sur une base énergétique, le plus rentable reste les énergies fossiles. Le pétrole est le meilleur support possible pour le développement du capitalisme. C’est évidemment antagoniste avec la nécessaire sortie des énergies fossiles.

Les plus riches pourront toujours se construire des bulles climatisées pour se garantir une qualité de vie quand certaines zones du monde vont devenir inhabitables. C’est une question de santé humaine.

Vous écrivez qu’il est « forcément plus compliqué », aujourd’hui, de mener cette lutte à la fois sociale et écologique, pour quelles raisons ?

Auparavant, le combat du mouvement ouvrier pour la répartition des richesses s’inscrivait dans une logique d’augmentation continue de la production. Mais puisqu’il nous faut sortir des énergies fossiles, nous ne sommes plus dans ce cadre d’expansion garanti.

C’est une contrainte plus importante puisqu’il faut à la fois réduire cette production tout en luttant pour la répartition de ses fruits. C’est une rupture par rapport à 150 ans d’histoire socialiste et communiste depuis Karl Marx.

Les partis de gauche tardent-ils à prendre ce virage ?

Aujourd’hui, l’écologie politique est encore perçue comme des leçons données par une classe sociale favorisée. Il manque une stratégie politique pour partager ce concept de lutte des classes. C’est ce que je propose dans ce livre en me concentrant sur deux sujets : le véhicule électrique accessible financièrement et la rénovation des logements, sans stigmatiser l’usage de la voiture et la maison individuelle, comme le font certains.

Nous n’avons pas pris la mesure, collectivement, de ces sujets. On a laissé au RN la défense du mode de vie d’une majorité de gens, alors que celui-ci, notamment dans sa défense des énergies fossiles, se place du côté des capitalistes.

Quelles sont concrètement vos propositions en la matière ?

Hormis à Paris, le nombre de voitures en France ne cesse d’augmenter mais l’électrique, qui est la solution pour en finir progressivement avec le thermique, reste onéreux. Cela rejoint le sujet industriel, nous avons besoin d’une industrie automobile qui se relocalise en l’axant sur des petits modèles, électriques et accessibles, qui soient, avec des aides, à moins de 10 000 euros neuves. Ce qui permettra à moyen terme d’avoir des occasions bien moins chères qu’aujourd’hui. Le leasing social, relancé ces derniers jours, doit par ailleurs concerner un million de voitures, pas 50 000 comme aujourd’hui.

En outre, 80 % des gens veulent vivre en maison individuelle. 3 millions de maisons chauffées au fioul. Et le plus souvent occupés par les classes populaires. Isoler les logements, installer des pompes à chaleur réversibles, cela répond à des besoins humains immédiats comme environnementaux.

Mais cela a un coût et ne pourra se faire sans investissement public ambitieux. Pour cela, il faudrait que l’Agence nationale de l’Habitat (ANAH) ait un budget de 20 milliards d’euros et non de 4 milliards. Ce sont des choix politiques.

 


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