« Le patronat organise le grand déménagement de notre industrie » Aymeric Seassau

Face aux difficultés du tissu industriel français, symbolisées par la récente liquidation judiciaire de Brandt, le communiste Aymeric Seassau appelle l’État à agir et dénonce le rôle du capital.

Aymeric Seassau, Membre du CEN du PCF, responsable à la nouvelle industrialisation
« Cette situation crée, dans le pays, un sentiment d’injustice et de colère très fort. Il est urgent d’y apporter des réponses, d’autant que l’extrême droite rôde et surfe sur ce désespoir », analyse-t-il. 

Pourquoi appelez-vous à sonner « l’état d’urgence industriel » ?

 

Cet appel part d’un constat. La France et son appareil productif sont arrivés à un point de non-retour : nous sommes le tout dernier pays d’Europe en part de l’industrie dans le PIB. Peut-on vraiment vivre dans un pays dans lequel 78 % des médicaments, 87 % des vêtements et 92 % des équipements électroniques consommés sont produits à l’étranger ?

D’autant que c’est encore en train de reculer puisque avec la liquidation de Brandt, on perd le dernier producteur de cuisson en France. C’est grave pour la nation tout entière pour notre souveraineté de production, pour la transition écologique, puisqu’en perdant notre industrie, on en vient à importer de l’autre bout du monde ce que l’on pourrait fabriquer ici.

Et c’est grave pour la balance commerciale, l’emploi, et donc la protection de la protection sociale. C’est pour cela que nous lançons un cri d’alerte en appelant à l’état d’urgence industriel. Notre pays ne peut plus laisser cette casse se poursuivre. Il ne s’en remettrait pas.

Que symbolise, selon vous, la récente liquidation de Brandt ?

C’est un cas qui est extrêmement éloquent, mais il y en a d’autres : Mittal, Vencorex… Le premier responsable de cette situation, c’est le patronat, qui organise un grand déménagement industriel depuis plusieurs années. Et qui, comble de l’indécence, s’emploie dans le même temps à capter les politiques publiques en direction des entreprises pour alimenter le capital et reverser des dividendes record.

Disons les choses : en France, nous avons l’un des patronats les moins patriotes du monde puisque nos grands groupes ont 62 % de leurs emplois à l’étranger, contre 38 % en Allemagne et 28 % en Italie. Une situation amplifiée par l’abandon de l’État, symbolisé aujourd’hui par Emmanuel Macron, qui promeut la start-up nation au détriment de la France des usines.

Cette situation crée, dans le pays, un sentiment d’injustice et de colère très fort. Il est urgent d’y apporter des réponses, d’autant que l’extrême droite rôde et surfe sur ce désespoir.

Le PCF a mené une campagne sur le thème de l’industrie ces dernières semaines. Un tour de France a été réalisé pour recueillir doléances et propositions. Que retenez-vous de ce travail de terrain ?

Nous disons une chose : si l’État ne peut pas tout faire, l’État ne peut pas non plus ne rien faire. Il y a des mesures simples qui peuvent être prises dès maintenant. Comme déclarer un moratoire sur les licenciements pour ne plus perdre d’emplois industriels, réformer les tribunaux de commerce pour que les demandes des salariés soient entendues, notamment lorsqu’ils se prononcent en faveur d’une proposition de reprise favorable à l’emploi et à l’écologie.

Mais aussi se doter d’un pôle public bancaire, composé de la Caisse des dépôts, de la BPI (Banque publique d’investissement, NDLR) et de la Banque postale, pour en faire un levier économique nous permettant de nationaliser des groupes stratégiques. Mais aussi travailler sur la formation : il faut savoir qu’il existe beaucoup d’emplois industriels non pourvus en France par manque de compétences.

Cela suffira-t-il à faire vivre cette « nouvelle industrialisation » que vous appelez de vos vœux ?

Lorsque nous disons « nouvelle industrialisation », ça ne veut pas dire revenir à l’état antérieur. Mais en créer une qui répond aux enjeux de notre temps, en particulier la transition écologique. Il faut planifier une nouvelle stratégie industrielle nationale où l’État comme les travailleurs jouent pleinement leur rôle, notamment en sécurisant l’emploi et la formation, en reconstruisant et en défendant des filières industrielles stratégiques, en mobilisant les marchés publics pour favoriser le « produire en France »…

Et cela veut aussi dire relocaliser, conditionner les aides publiques à des objectifs décarbonés, peser sur la concurrence déloyale lorsque des produits interdits de production sur le territoire européen sont importés et mettre en place des barrières pour empêcher les produits nocifs et nuisibles pour le climat sur le continent.

Que répondre à ceux qui vous diront que nationaliser coûte cher ?

Nous proposons un plan de 100 milliards pour nationaliser lorsque c’est nécessaire et ainsi empêcher la casse de notre appareil productif dans nos territoires. On peut penser que c’est une grande somme, mais, en comparaison, nous déboursons aujourd’hui 211 milliards par an en aides aux entreprises, que ce soit des aides directes ou indirectes. Soit le double de ce qui est alloué aux collectivités territoriales. Quel est ce pays qui investit davantage dans le capital que dans la sauvegarde de ses emplois et ses services publics ?

211 milliards d’aides aux entreprises : Michelin restitue 4,3 millions d’euros à l’État

Le géant industriel français Michelin a reversé 4,3 millions d’euros à l’État, confirme un arrêté paru vendredi 26 décembre au Journal officiel. Interpellée fin septembre par le sénateur communiste et directeur de « l’Humanité » Fabien Gay, l’entreprise rembourse finalement « le gain correspondant à ces crédits d’impôt » débloqués à la suite de l’acquisition de huit machines-outils, au départ destinées à son site de La Roche-sur-Yon, depuis fermé.

Par ce remboursement, Michelin prouve, contrairement aux affirmations du gouvernement, que le conditionnement des aides publiques versées aux entreprises peut être une réalité. ©  Flemal JL/Belpress/ANDBZ/ABACA

 

Comme annoncé début octobre, le géant français de la fabrication de pneus Michelin a reversé 4,3 millions d’euros sous forme de « don » à l’État français. La décision été entérinée vendredi 26 décembre, par un arrêté paru au Journal officiel.

Cette somme « correspond à des crédits d’impôt perçus par Michelin au titre du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), un dispositif en vigueur en France de 2013 à 2021 », a rappelé le fabricant auprès de l’Agence France-Presse (AFP).

Lire aussi: Michelin rembourse 4,3 millions d’euros : une victoire communiste pour la justice et la responsabilité

 

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« Tant que l’abattage total ne sera pas abandonné, on restera ! » : à Tarascon-sur-Ariège, une mobilisation au-delà des clivages contre la DNC

À Tarascon-sur-Ariège, la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale dépassent leurs différences pour s’opposer au protocole d’abattage systématique lié à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Déçus par les rencontres syndicales avec le premier ministre « sans avancées significatives », les paysans ariégeois ont décidé de maintenir le blocage de cet axe stratégique de la RN20.

À Tarascon-sur-Ariège, le 18 décembre 2025, les éleveurs et agriculteurs bloquent un rond-point sur la N20. © Vincent NGUYEN / Riva Press

 

À Tarascon-sur-Ariège, les paysans ne lèveront pas le camp d’aussi tôt. Reçus ce vendredi à Matignon par le premier ministre Sébastien Lecornu, les syndicats agricoles espéraient une inflexion du protocole sanitaire lié à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Ils en sont ressortis amers. Si le gouvernement ne renonce en aucun cas au protocole actuel qui prévoit le « dépeuplement » (abattage) des troupeaux dès qu’une bête est atteinte, il souhaite accélérer la vaccination. « Près de 50 % du cheptel ariégeois est vacciné contre la DNC. Dans l’Aude, nous dépassons les 70 %, tandis que 100 % du cheptel est protégé dans les Pyrénées-Orientales. Au total, près d’un bovin sur cinq est vacciné dans les dix départements » du Sud-Ouest concernés par les mesures contre la DNC, se félicitait samedi Sébastien Lecornu.

Dans un courrier adressé aux syndicats agricoles, le premier ministre a indiqué avoir « demandé aux préfets d’interrompre tout contrôle d’agents de l’État dans les exploitations » en attendant de rencontrer de nouveau les représentants des agriculteurs « dans les premiers jours du mois de janvier ». Continuer la lecture de « Tant que l’abattage total ne sera pas abandonné, on restera ! » : à Tarascon-sur-Ariège, une mobilisation au-delà des clivages contre la DNC

Ce que disent les syndicats sur la complémentaire santé obligatoire de la MGEN

Le 1er mai 2026, tous les agent.es du ministère seront affilié.es à la complémentaire santé obligatoire de la MGEN. Si l’accord interministériel a été signé par la majorité des organisations syndicales, des points de vigilance et des critiques de cette réforme imposée par l’employeur se font entendre par les syndicats en première ligne pour accompagner et former les personnels. La prise en charge de l’optique et des frais dentaires sont notamment dans le viseur.

L’accord signé par la majorité des syndicats : insuffisances, progrès

« Cette réforme confirme que les gouvernements successifs s’appuient sur le renforcement du rôle des assurances complémentaires pour faire reculer la place, le rôle et les principes de la Sécurité sociale » dénonce la secrétaire générale du Snes-FSU Sophie Vénititiay. Continuer la lecture de Ce que disent les syndicats sur la complémentaire santé obligatoire de la MGEN

Dermatose, Mercosur… On achève bien les vaches Par Patrick Le Hyaric

 

Voir les vaches et les veaux euthanasiés, chargés comme de vulgaires déchets par des camions-grues, installés au coin de l’étable, est une indescriptible tragédie pour les familles paysannes et leur entourage.

Entendre, à l’aube, des animaux souffrant, appelant au secours, est un déchirement.

L’émotion, le respect dû aux êtres doués de sensibilité, n’auraient jamais dû quitter l’action publique. Cela permettrait de mieux mesurer à quel point ce qui se passe dans les campagnes, avec la propagation de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, est un terrible drame. Cette maladie extrêmement dangereuse et contagieuse pour les animaux*, transmise par les piqûres de mouches appelées stomoxes, ne se soigne pas. Déjouant les frontières, elle est passée par le continent africain, où elle a décimé une grande partie du cheptel, puis remontée vers les Balkans, avant de toucher l’Asie puis d’apparaître en Sardaigne et en Lombardie au printemps 2025 avant de pénétrer en France par la Savoie. Continuer la lecture de Dermatose, Mercosur… On achève bien les vaches Par Patrick Le Hyaric

Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC): les communistes refusent l’abattage total et promeuvent un grand service public vétérinaire (Communiqué)

 

Publié le 15 décembre 2025

Cinq mois après l’apparition du premier cas de DNC en Savoie, 110 foyers détectés dans 10 départements et plus de 3 000 bovins abattus, l’Etat ne peut rester sourd aux revendications des éleveurs. Si les mesures d’abattage total auraient pu se justifier au début de l’épidémie, elles s’avèrent aujourd’hui non seulement inefficaces mais aussi dangereuses socialement et économiquement pour de nombreuses exploitations familiales et pour les territoires dans lesquels elles s’inscrivent.

Cette politique sanitaire ne tient pas compte du travail de sélection génétique effectué depuis des décennies – voire des générations – par les éleveurs. Un troupeau n’est pas un moyen de production comme un autre. Difficilement substituable car non standardisé, il est issu de longues années de relations de travail entre éleveurs et animaux, d’où une forte attache émotionnelle. Continuer la lecture de Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC): les communistes refusent l’abattage total et promeuvent un grand service public vétérinaire (Communiqué)

La Cour des comptes alerte sur la santé des professeurs : + 43 % d’arrêts de travail en 5 ans

Les absences pour raison de santé représentent désormais la principale cause d’absence des enseignants. Selon les derniers chiffres, entre 2018-2019 et 2023-2024, les congés de maladie ordinaires ont augmenté de 41,3 % tandis que les temps partiels thérapeutiques ont bondi de 250 %. Ces absences posent un – vrai – problème de remplacement, car elles concernent souvent des périodes de trois mois renouvelables. « Bien que les raisons de santé soient la première cause d’absence, le ministère de l’Education nationale ne conduit pas une politique de prévention structurée », constate la Cour des comptes dans son rapport publié vendredi 12 décembre qui pointe un manque de suivi des risques psychosociaux et l’absence de mesures adaptées pour les enseignants les plus âgés. Cette situation est particulièrement critique dans les établissements REP et REP+, où les élèves socialement fragiles subissent directement les conséquences de ces absences. Continuer la lecture de La Cour des comptes alerte sur la santé des professeurs : + 43 % d’arrêts de travail en 5 ans

Le 18 décembre, contre la xénophobie et l’exploitation, un même combat, celui des travailleurs !

Les personnes migrantes subissent toujours davantage d’attaques contre leurs droits et conditions d’existence, de la part des gouvernements d’Emmanuel Macron comme de l’Union européenne. Les récentes décisions européennes, dont l’ouverture de centres de retour en dehors des frontières de l’UE, vont renforcer les violations des droits humains. La France est quant à elle régulièrement sanctionnée pour non-respect des conventions internationales et du droit d’asile. Ces attaques s’accompagnent, jour après jour, de surenchères xénophobes et racistes de l’extrême droite et de la droite. Continuer la lecture de Le 18 décembre, contre la xénophobie et l’exploitation, un même combat, celui des travailleurs !

Brandt: la justice liquide et supprime 700 emplois + video Roussel/Medef

Placé en redressement judiciaire depuis octobre, le groupe centenaire d’électroménager Brandt a vu la justice prononcer sa liquidation, jeudi 11 décembre. Près de 750 emplois sont concernés par la décision du tribunal des affaires économiques de Nanterre, alors qu’un projet de création de Scop était sur la table.

La justice supprime, avec sa décision, 700 emplois.
© Arnaud Herbert/REA

 

Le tribunal des affaires économiques de Nanterre a prononcé, jeudi 11 décembre, la liquidation du groupe centenaire d’électroménager Brandt. Le sort de l’entreprise en redressement judiciaire depuis deux mois a été annoncé le président de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau, à l’Agence France-Presse (AFP). Près de 750 emplois vont être supprimés. Leurs salaires ne seront plus versés après le 15 décembre.

Face-à-face sur BFM TV entre Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, et Patrick Martin, président du Medef. Au programme : ultrariches, inégalités, salaires, dividendes, désindustrialisation, budget de la Sécu, retraites, jeunesse, guerre commerciale avec la Chine, accords de libre-échange et place du RN dans l’arc républicain.

Devant le site de production situé à Vendôme (Loir-et-Cher) – un second se trouve à Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans (Loiret) -, une soixantaine de salariés – sur 93 – ont fait part de leur colère. « C’est une décision très choquante, a fustigé Célia Pinto, auprès de l’AFP. On a tout fait, mais ça n’a pas marché, on était bien ici, on est tous sous le choc. Les fêtes de Noël seront tristes. » Comme d’autres, elle a décidé de brûler des documents administratifs devant l’usine, façon de dire « au revoir à Brandt ».

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Vers une refonte du système des remplacements dans le Premier degré ? l’exemple d’Aix-Marseille

Refonte des remplacements : un tsunami en vue ! Augmenter le nombre de remplaçants pour pallier les difficultés de remplacement ? « Sauf que le ministère s’oriente à l’aide de ses deux boussoles : l’austérité et la prolétarisation lente mais certaine du métier enseignant » écrit Jadran Svrdlin dans ce texte, s’appuyant sur un exemple de terrain dans l’académie d’Aix-Marseille.

Le professeur des écoles déplore que « la normalisation d’un mode dégradé, déjà largement installé faute de personnels remplaçants, semble atteindre ici son ultime étape : entériner comme solution pérenne ce qui n’aurait dû rester qu’un dispositif exceptionnel au prix d’une charge de travail accrue pour les personnels », et appelle à la mobilisation.

Décidément, les absences des enseignants ne cessent d’être un motif de dégradation de leurs conditions de travail et de rémunération. Après qu’ils aient subi un jour de carence effectif, une amputation de 10% de leur salaire en cas d’arrêt maladie, voilà que les enseignants du premier degré s’apprêtent à subir une nouvelle attaque majeure contre leurs conditions de travail. Cette fois-ci, il s’agit d’une refonte du système de remplacements dont les modalités s’inscrivent dans la continuité des politiques de gestion des personnels de ces dernières années. Continuer la lecture de Vers une refonte du système des remplacements dans le Premier degré ? l’exemple d’Aix-Marseille