Gauche : reconquérir les classes populaires

Dans les campagnes populaires, où elle fait face à l’extrême droite, mais aussi dans les banlieues, où l’abstention bat souvent des records, la Nupes est à la peine. Un sujet de débat en son sein, au moment où se tiennent les universités d’été des différentes formations de gauche.

Mathieu Dréan

Retour en juin 2022, deux jours après le second tour des élections législatives, les députés des différents partis de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) font leur entrée à l’Assemblée nationale. La plupart sont tout sourires. La gauche sort renforcée de la séquence des législatives. Pour les insoumis, c’est même une entrée en force. Ils se trouvent quatre fois plus nombreux que lors de la mandature précédente. L’un d’entre eux affiche toutefois une mine un peu plus grave. Il s’agit du député de la Somme, François Ruffin, qui l’a pourtant emporté haut la main. « Je suis élu dans une région qui a envoyé huit députés du RN siéger à l’Assemblée nationale, nous explique-t-il sans détour. Il va donc falloir reprendre la bagarre, et pas seulement dans l’hémicycle. Nous devons être la voix la plus forte sur les questions économiques et sociales auprès des classes populaires. » Sur les plateaux de télévision, le député insoumis enfonce le clou : « Ça fait quarante ans que ces France périphériques ont été mises à sac par la mondialisation. Ça a été un choc immense pour les classes populaires de mon coin. Si on ne comprend pas ce besoin de protection face à la mondialisation, on n’y arrivera pas. » Depuis, la question continue d’animer les formations de la Nupes, qui entament ces jours-ci leur rentrée avec la tenue de leurs universités d’été. Continuer la lecture de Gauche : reconquérir les classes populaires

Fabien Roussel : «L’insouciance à dénoncer, c’est celle des riches»

À l’occasion d’une journée à la mer organisée par les communistes du Nord, le secrétaire national de la formation, Fabien Roussel, a défendu « un fonds pour le climat et le pouvoir d’achat ».

Fabien Roussel a tenu, jeudi, son discours de rentrée à Malo-les-Bains dans un contexte de grande inquiétude sociale. Mathieu Dréan

Fabien Roussel a tenu, jeudi, son discours de rentrée à Malo-les-Bains dans un contexte de grande inquiétude sociale. Mathieu Dréan
Mathieu Dréan

 

L’« insouciance » est loin de refléter le quotidien des familles qui ont pu profiter jeudi, le temps d’une « journée à la mer solidaire », de la plage de Malo-les-Bains, à Dunkerque (Nord). Débarqués par milliers des cars affrétés dans tout le département du Nord par le PCF, ils sont nombreux à avoir dû se serrer la ceinture depuis des mois pour faire face à l’inflation. « C’est la deuxième année qu’on ne peut pas partir en vacances, c’est de plus en plus difficile, ne serait-ce que pour acheter à manger », raconte Amélie, qui a pris le bus tôt le matin depuis Saint-Amand-les-Eaux avec ses trois enfants. Pour la petite famille équipée d’un pique-nique, la journée est un bol d’air bien mérité. Continuer la lecture de Fabien Roussel : «L’insouciance à dénoncer, c’est celle des riches»

Montech: Honorer Jean Lacaze (PCF Montech)

Ce samedi 20 aout la section PCF de Montech a tenu à honorer la mémoire de Jean Lacaze, tombé lors des combats de la Vitarelle en 1944. Cependant pour la première fois nous n’avons pas participé à la commémoration officielle. Nous ne cautionnons pas l’invitation de la députée RN à cet hommage.

Intervention du camarade le 20 aout 2022 « Combats de la Vitarelle Montech »

 

Chers amis, chers camarades,

Merci d’être présents ce matin pour cette commémoration un peu particulière des combats du 20 aout 44 de la Vitarelle.

Tout le monde ici connaît cet événement, il a marqué nos mémoires. Dans ces combats qui ont opposé les forces d’occupation à de jeunes résistants, un maquisard Jean Lacaze a trouvé la mort. Mort à 18 ans, les armes à la main dans cette lutte pour la libération de la France, pour la liberté, pour la dignité.

N’oublions pas son sacrifice et celui de ses amis du maquis des Carottes.

Les commémorations, cette commémoration en particulier, sont importantes. Elles permettent le souvenir, l’information des plus jeunes comme une page d’histoire que nous lirions ensemble. Elles permettent de rappeler pourquoi ces jeunes en sont arrivés à défier l’occupant et la France de Vichy.

Certes les motivations des maquisards étaient multiples et diverses. De la volonté de chacun de chasser un occupant du sol national à la volonté de combattre une idéologie mortifère, on peut effectivement trouver des points de vue différents. Tous n’étaient pas communistes mais tous les mouvements importants de la résistance, des partis politiques, des syndicats se sont retrouvés dans un programme, celui du Conseil National de la Résistance. Le CNR a bâti un programme et des mesures à appliquer dès la libération du territoire.

Le combat de Jean Lacaze et de tous les maquisards a permis cela. La France devait repartir sur des bases nouvelles et les français devaient pouvoir bénéficier de plus de droits sur les plans social et économique.

On parlait de démocratie économique, d’intérêt général, de retour à la Nation des grands moyens de production fruit du travail commun, de droit du travail, de sécurité sociale, de sécurité de l’emploi, de droits politiques, de respect de la personne humaine, de liberté de la presse…

Aujourd’hui nous ne faisons que nous battre pour protéger ces acquis.

Aujourd’hui aussi certains essayent de réécrire l’histoire, essayent de réhabiliter Pétain. Le travail de sape idéologique de l’extrême droite est à l’œuvre. Leur objectif est de détruire tous les restes du programme du CNR.

Si cette commémoration n’est pas la commémoration officielle c’est parce que l’association organisatrice « l’association du Maquis des Carottes » dont je fais partie a invité la nouvelle députée de la circonscription, une députée RN.

Nous ici connaissons tous les valeurs portées par le RN et l’extrême droite. Être au coté de cette élue pour honorer la mémoire des maquisards n’étaient pas possible pour moi.

Mon histoire familiale, les combats politiques portés par ma mère qui a participé au maquis ne pouvaient s’accommoder de la présence du RN.

Ma réaction est très certainement discutable, d’autres auraient peut-être fait différemment certainement, nous aurons à en reparler.

Mais pour nous, pour rendre hommage aux résistants, on n’invite pas le chef de la Milice.

 

PCF Section de Montech – Tarn et Garonne

Abject: La droite extrême relance ses attaques contre le Planning familial

Droits humains. Une affiche présentant un homme enceint, dans le cadre d’une campagne visant à sensibiliser aux problématiques de la communauté LGBTQIA+, sert de prétexte à un assaut de violences et de menaces contre l’association féministe et d’éducation populaire.

 

Il est dans le collimateur des droites extrêmes depuis sa création, en 1956 : le Planning familial se voit confronté, depuis la semaine dernière, à de nouvelles attaques haineuses venues de l’hémisphère droit du monde politico-médiatique. La cause, ou plutôt le prétexte : un visuel publié le 17 août sur Twitter par son auteur, l’illustrateur Laurier The Fox. Cette affiche, ­réalisée dans le cadre d’une campagne nationale du Planning pour sensibiliser aux problématiques de la communauté LGBTQIA+, représente un couple composé d’une femme barbue et d’un homme qui attend manifestement un enfant. Le slogan : « Au Planning, on sait que des hommes aussi peuvent être enceints. »

Techniquement, rien n’est plus vrai : une personne transgenre, considérée comme femme à la naissance puis ­devenue homme, mais sans ­opération qui altère ses capacités reproductrices, peut tout à fait être enceinte. Mais ce simple rappel à la réalité a suffi à faire fondre les fusibles de la droite anti-choix, qui a multiplié les appels au désubventionnement, voire à la dissolution. Continuer la lecture de Abject: La droite extrême relance ses attaques contre le Planning familial

Fruits et légumes : à qui profite la hausse des prix ?

Des augmentations de 11 % en un an, des salaires qui stagnent, des épisodes climatiques extrêmes… Un cocktail explosif pour les consommateurs et les producteurs. Pourtant des solutions existent, assurent le PCF et le Modef.

Des tomates achetées aux producteurs entre 1,10 et 1,20 euro se retrouvent à 5 euros dans les supermarchés. Cherchez l’erreur !
Cet été, les prix ont pris le melon. La pastèque ? + 40 %. Le poivron ? + 37 %. La pêche ? + 25 %. Les fruits et légumes ont atteint « un niveau de prix record », ces dernières semaines, d’après l’observatoire de Familles rurales qui publiait, fin juillet, son baromètre. En un an, leurs prix ont bondi de 11 %. C’est près de deux fois plus que le niveau de l’inflation. Et ils sont nombreux, devant les étals, à avoir constaté un trou dans leur portefeuille. « Quand je vois des tomates à 5 euros le kilo, je ne peux pas les acheter, même si je voudrais manger plus sainement », regrette Laura, étudiante de 19 ans au budget mensuel de 150 euros, rencontrée sur le marché de Barbès (Paris).

 

Entre l’explosion du prix des intrants agricoles, la sécheresse et la canicule, les agriculteurs voient leurs coûts de production flamber. Suffisant pour expliquer l’inflation galopante de ces denrées de première nécessité ? Pas selon le Modef, qui pointe plutôt la responsabilité de la grande distribution et des centrales d’achats. En réponse à ce modèle qui détruit à la fois la planète, le pouvoir d’achat des consommateurs et les exploitations agricoles, le syndicat et le PCF s’associent, comme chaque année, pour une vente solidaire de fruits et légumes, à partir du 18 août. « Cette initiative prend une dimension toute particulière dans une période où le pouvoir d’achat des Français est exsangue », justifie Ian Brossat, porte-parole communiste. Continuer la lecture de Fruits et légumes : à qui profite la hausse des prix ?

Sacré Coco: méditation sur la relation entre artistes, intellectuels et classe ouvrière… et leur parti “gentrifié”

Le 15 aout 2011, un grand chanteur Leprest, se suicidait à Antraigue dans le village de son ami Ferrat, il était communiste et je vous conseille d’aller sur la page Wikipedia qui lui est consacré et vous retrouverez l’esprit d’un temps où le parti communiste représentait cette “alliance” entre intellectuels et créateurs. En entendant écoutez-le et lisez cette manière dont notre pays, la France dans toutes ses composantes a été privé à la fois de son potentiel révolutionnaire et d’unité, le laissant la proie de violences, de divisions et de mépris.

illustration de Françoise la Rouge qui nous interroge: sommes-nous simplement devenus une sorte de brocante qui recueille les vestiges du passé ou comme elle ne cesse d’un regard acéré de le révéler, y a-t-il dans ces restes un monde enchanté qui invente le passé pour mieux rendre l’avenir plein de vie et de joie…

Le parti communiste que nous avons connu c’est celui qui foisonnait d’artistes et d’intellectuels qui trouvaient dans la sève ouvrière de quoi nourrir leur talent et même parfois leur génie. Ils arrivaient à ce qui parait impossible aujourd’hui former des groupes unis et assurant la promotion de jeunes talents. Tout ce monde se retrouvait à la fête de l’Humanité et plongeait ses racines dans l’inventivité truculente populaire que décrit Alain Girard en nous parlant de femmes communistes, de recettes de haricots (il faudra que je vous décrive mon plat de haricots frais avec “l’araignée” de porc (un morceau exquis). Continuer la lecture de Sacré Coco: méditation sur la relation entre artistes, intellectuels et classe ouvrière… et leur parti “gentrifié”

Le RN s’installe dans les rouages de l’Assemblée

Extrême droite Marine Le Pen a tiré mardi le bilan des premières semaines de son groupe dans l’Hémicycle. Un début de législature marqué par ses votes libéraux et l’obtention de postes importants au sein des institutions du Palais-Bourbon.

La cheffe de file du Rassemblement national lors de sa conférence de presse, le 2 août. Alain jocard/afp

La cheffe de file du Rassemblement national lors de sa conférence de presse, le 2 août. Alain jocard/afp AFP

Marine Le Pen peut sourire.

Alors que la première session parlementaire de cette législature doit se clore ce week-end, la cheffe de file du Rassemblement national (RN) a tiré mardi, en conférence de presse, un bilan inespéré de ces sept dernières semaines. La normalisation de son extrême droite s’est en effet accélérée comme jamais dans la Ve République, et voici le RN et ses 89 députés installés, avec l’appui de la majorité, tel un parti comme les autres, susceptible de gouverner prochainement. « Notre famille politique commence à être représentée à sa juste place. Nous avons pu placer nos députés à quasiment toutes les fonctions que nos institutions réservent aux oppositions », s’est félicitée Marine Le Pen. Grâce aux petits arrangements avec Renaissance (ex-LaREM) et « Les Républicains » (LR), le RN a obtenu deux postes de vice-présidents (Sébastien Chenu et Hélène Laporte). Avec la légitimité ainsi que les moyens financiers et humains qui vont avec. Continuer la lecture de Le RN s’installe dans les rouages de l’Assemblée

Superprofits : mot canon ? par P. Le Hyaric

Dans le ciel de l’été vient de retentir dans tout l’espace public un mot jusqu’ici tabou devenu un mot « canon » : superprofit.

Il est sorti des murs des sections du parti communiste, des cercles de ATTAC, de la confédération CGT, pour se répandre, de journaux télévisés en discussions devant un petit noir de bon matin au bistro, jusqu’au parlement à la tribune duquel les députés de la coalition Nupes l’ont fait siffler aux oreilles des ministres et des profiteurs de guerre qui émargent dans les conseils d’administration des grands groupes cotés en bourse.

Décidément, on ne peut plus cacher que pendant que les augmentations de prix vident les frigos des familles populaires, dès le 15 de chaque mois, ces profits extrêmes contribuent à remplir les comptes en banques des milliardaires et des fonds financiers. Les travailleurs ne voient rien venir sur leur feuille de paie mais les groupes financiers, énergétiques, de transports, des autoroutes, de l’automobile, du luxe ou de la grande distribution sont aux anges. Continuer la lecture de Superprofits : mot canon ? par P. Le Hyaric

31 juillet 1914, cet ultime appel à la paix que Jaurès voulait écrire dans « l’Humanité »

Dans un Paris déjà électrisé par le péril et l’angoisse de la guerre imminente, ce coup de feu fait l’effet d’un coup de tonnerre : « Ils ont tué Jaurès, ils ont tué Jaurès ! » Celui que beaucoup voyait comme le dernier rempart contre la guerre est assassiné au Café du Croissant devant ses amis et ses collègues de l’Humanité. Récit d’une journée où s’est noué le destin.

Portrait, vers 1910, de Jean Jaurès. Photo l’HumanitéPortrait, vers 1910, de Jean Jaurès. Photo l’Humanité

Par Michel Vovelle, historien.
Extrait de l’article publié le 24 avril 2004 dans l’Humanité hebdo.

31 juillet, fin d’une harassante journée. Jaurès a appris à la Chambre la mobilisation autrichienne, l’annonce de l’état d’urgence par l’Allemagne et tenté une ultime démarche auprès du sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Abel Ferry, pour inciter à de derniers efforts pacifiques. Il se rend alors à l’Humanité, dans l’intention d’y dicter un article qu’il veut « décisif » pour prendre position et appeler à l’action.

Auparavant, il va dîner au Café du Croissant avec ses amis et ses collaborateurs. Bref moment de détente. Puis c’est le drame que l’un de ceux-ci, Émile Poisson, nous relate : « Horreur ! le rideau, mon rideau derrière sa tête vient de se plier, de se soulever légèrement ; un revolver s’est glissé, tenu par une main ; et cette main, seule, apparaît à 20 centimètres derrière le cerveau. Pan ! pas d’éclair, pour ainsi dire, une étincelle rougeâtre. La fumée d’un cigare : je regarde, figé, abruti, un quart de seconde ; puis un deuxième coup, mais Jaurès déjà est tombé sur Renaudel. […] Je regarde la fenêtre, Landrieu vient de tirer, d’arracher le rideau ; j’aperçois une ombre, un chapeau, un verre de bière qui tombe sur une figure, je me dresse comme une bête en fureur. Dans le silence qui n’a pas encore été troublé, j’entends un déchirement, un cri indéfinissable, qui devait être perçu à plusieurs centaines de mètres, puis quatre mots hurlés, glapis, puissamment, férocement répétés deux fois : « Ils ont tué Jaurès, ils ont tué Jaurès ! » C’est ma femme qui, la première, a recouvré la parole. » Continuer la lecture de 31 juillet 1914, cet ultime appel à la paix que Jaurès voulait écrire dans « l’Humanité »

Total, Engie, Stellantis, LVMH… Le filon inexploité des superprofits des crises

Alors que Total et Stellantis viennent d’annoncer des résultats record, responsables politiques et ONG appellent à ponctionner les profits indus des multinationales.

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CREDIT PHOTO/AGENCE Julia ZIMMERMANN/LAIF-REA

 

Il parait que les arbres ne grimpent pas jusqu’au ciel. Mais on se demande si, à ce rythme, les grands groupes ne finiront pas par faire mentir le proverbe. Total vient d’annoncer 18,5 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre, en hausse de 200 % par rapport au premier semestre 2021. Cette envolée doit tout à la flambée délirante des cours du pétrole et à celle des marges de raffinage, multipliées par 13,3 en un an, conflit ukrainien oblige.

Cette semaine, d’autres groupes ont publié des résultats semestriels canon, parmi lesquels le géant du luxe LVMH (6,5 milliards d’euros de bénéfices, + 23 %). Voilà qui relance le débat sur la taxation des « profiteurs de crise », ces entreprises réalisant des résultats faramineux en pleine tempête géopolitique.

La proposition d’une taxe exceptionnelle de 25 % Continuer la lecture de Total, Engie, Stellantis, LVMH… Le filon inexploité des superprofits des crises