Aux Césars, les mots de Judith Godrèche et le sacre de Justine Triet 

La comédienne devenue le symbole du #Metoo à la française a secoué une cérémonie émaillée par plusieurs prises de position politiques sur les violences faites aux femmes et sur Gaza. Palme d’or à Cannes, le film Anatomie d’une chute de Justine Triet est couronné par six Césars.

Vendredi soir, Judith Godrèche a regardé le cinéma français dans les yeux. Depuis quelques jours, la presse annonçait une prise de parole de l’actrice aux Césars pour témoigner, au nom de toutes les victimes, des violences sexistes et sexuelles dans le 7e art et dans l’ensemble de la société.

Quarante minutes après le début de la cérémonie, la comédienne a prononcé face à ses pairs un discours d’une puissance rare, dont il faudrait reproduire chaque mot, salué par une standing ovation : « Depuis quelque temps la parole se délie, l’image de nos pairs idéalisés s’écorche, le pouvoir semble presque tanguer. Serait-il possible que nous puissions regarder la vérité en face, prendre nos responsabilités ? (…) Depuis quelque temps je parle, je parle, mais je ne vous entends pas, ou à peine. Où êtes-vous, que dites-vous ? Un chuchotement, un demi-mot, ce serait déjà ça dit le petit chaperon rouge. Je sais que ça fait peur, perdre des subventions, perdre des rôles, son travail », a-t-elle martelé. Appelant le milieu du cinéma à prendre ses responsabilités et à donner l’exemple, car « le monde nous regarde », Judith Godrèche a parlé au nom des « 2 000 personnes qui (lui) ont envoyé leur témoignage en 4 jours ». Continuer la lecture de Aux Césars, les mots de Judith Godrèche et le sacre de Justine Triet 

Inflation, allégements de cotisations sociales, près de 20 % des salariés payés au salaire minimum… Smicardisation de la France, de quoi parle-t-on ?

Avec la montée de l’inflation et les allégements de cotisations sociales, le pourcentage de salariés payés au salaire minimum a atteint les 17,3 %. Du jamais-vu depuis plus de trente ans.

Depuis le 29 janvier, les salariés sont dans l’expectative. Dans son discours de politique générale, Gabriel Attal entend « désmicardiser la France » et annonce une réforme du salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic), et ce « dès le prochain projet de loi de finances ». Les détails restent encore inconnus mais les pistes avancées par la ministre du Travail et par le soi-disant groupe d’experts du Smic suscitent des appréhensions, au prétexte que l’indexation automatique du Smic se substituerait au rôle des organisations syndicales et patronales et affaiblirait la négociation collective. Continuer la lecture de Inflation, allégements de cotisations sociales, près de 20 % des salariés payés au salaire minimum… Smicardisation de la France, de quoi parle-t-on ?

1,6 milliard en moins pour l’éducation nationale et l’université : l’école envoyée au sacrifice

Bruno Le Maire l’avait juré, en annonçant que le ralentissement prévu de la croissance française allait entraîner 10 milliards d’euros d’économies dans le budget 2024 : « Tous les ministères seront mis à contribution, à hauteur de ce qu’ils représentent dans le budget national. » Oui, mais certains plus que d’autres… La publication du décret mettant en musique ces coupes claires, jeudi 22 février, le montre. Elle indique également les vraies priorités du gouvernement : l’éducation devra rendre 692 millions, l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) 904 millions, mais la défense… que 105 millions. Continuer la lecture de 1,6 milliard en moins pour l’éducation nationale et l’université : l’école envoyée au sacrifice

Près de 11 000 emplois supprimés à l’Education nationale

Mobilisation des agriculteurs, accords de libre-échange, travailleurs saisonniers agricoles… 4 questions à André Chassaigne

 

Après plusieurs semaines de mobilisation des agriculteurs, quel bilan tirer des annonces gouvernementales ?

Les mesures présentées par le Premier ministre s’inscrivent dans la continuité des choix libéraux : un énième plan d’urgence pour l’agriculture, qui ressemble à tous les plans précédents. Le disque est rayé. Pourquoi ? Parce que le pouvoir se refuse à prendre des mesures fortes sur les enjeux structurels. Les revendications des agriculteurs portaient d’abord sur la question des prix d’achat et sur celle des protections face aux productions importées. C’est justement là où le pouvoir reste l’arme au pied.

Quelles mesures vous paraissent prioritaires ? Continuer la lecture de Mobilisation des agriculteurs, accords de libre-échange, travailleurs saisonniers agricoles… 4 questions à André Chassaigne

L’austérité annoncée par Bercy va concerner les enseignants + interpellation des parlementaires

Fabien Roussel : « La panthéonisation de Manouchian est un honneur pour les communistes et la réparation d’une injustice » + video

Le secrétaire national du PCF salue l’entrée du résistant communiste au Panthéon, qui consacre la reconnaissance du rôle joué par les Francs-Tireurs et Partisans. Il fustige la présence de l’extrême droite à la cérémonie officielle.

Ce 21 février, Missak et Mélinée Manouchian, et avec eux les 23 de « l’Affiche rouge », entrent au Panthéon. Que signifie cet événement pour les communistes ?

C’est d’abord un honneur d’avoir enfin un communiste qui entre au Panthéon aux côtés d’autres résistants. C’est une réparation vis-à-vis de notre histoire et de l’engagement prépondérant du PCF face à l’occupant nazi et pour la libération du pays. La Résistance a construit la nation française. Elle était constituée de courants de pensée différents qui ont su s’unir au service de la République. Beaucoup l’ont payé de leur vie.

Ces différents courants sont représentés par des personnages illustres comme Jean Moulin, qui a été le premier résistant à entrer au Panthéon. D’autres personnalités panthéonisées sont intimement liées à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Je pense à Simone Veil, à Jean Zay, à Joséphine Baker. Il manquait la Résistance communiste.

Qu’elle soit représentée au Panthéon par un ouvrier poète arménien, étranger, est un honneur pour le Parti communiste français. Le PCF avait construit une branche armée, les FTP-MOI, composée de militants étrangers immigrés. C’est un symbole extrêmement fort, représentatif de notre combat, de notre vision universaliste de la société française. Continuer la lecture de Fabien Roussel : « La panthéonisation de Manouchian est un honneur pour les communistes et la réparation d’une injustice » + video

« Sa présence serait insupportable » : les descendants des résistants de l’Affiche rouge vent debout contre la présence de Marine Le Pen au Panthéon

La représentante du Rassemblement national a annoncé qu’elle se rendrait à la cérémonie de panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, mercredi 21 février. Des descendants de résistants fusillés l’appellent à y renoncer.

Les descendants politiques de ceux qui ont fusillé Missak Manouchian veulent participer à son entrée au Panthéon. Un crachat à la mémoire du résistant communiste et internationaliste, confirmé ce lundi par le Rassemblement national : « Marine Le Pen se rendra à la cérémonie d’hommage solennel de la nation à Missak Manouchian et ses camarades de résistance. »

Georges Duffau-Epstein, fils de Joseph Epstein, chef des FTP de la région parisienne, fusillé au Mont-Valérien le 11 avril 1944, s’en émeut vivement : « Sa présence serait insupportable. » Le nom de Joseph Epstein sera gravé sur une plaque à l’entrée du caveau numéro 13 dans lequel reposeront Missak et Mélinée Manouchian, « ce qui vaut panthéonisation », selon l’Élysée. Continuer la lecture de « Sa présence serait insupportable » : les descendants des résistants de l’Affiche rouge vent debout contre la présence de Marine Le Pen au Panthéon

Le Rhaine et Reconquête ne sont pas les bienvenus…

Pierre Ouzoulias, sénateur CRCE-K

Le RN et Reconquête n’ont rien à faire à la cérémonie de panthéonisation de Missak Manouchian. Ils sont les héritiers de Vichy et d’une vision ethnique de la nation. Nous sommes les héritiers de Manouchian et d’une vision politique de la nation.
Cet antagonisme historique et politique était vrai hier et perdure encore aujourd’hui. Sinon, comment expliquer que depuis l’annonce officielle de la panthéonisation (18 juin), Marine Le Pen n’a pas prononcé un mot à ce sujet (y compris le jour même, comme en témoigne cette capture d’écran), que le RN a dénoncé l’électoralisme d’Emmanuel Macron, tandis que Zemmour lui a fustigé « une manipulation » qui laisse penser que « seuls les étrangers se sont battus pour la France, c’est faux ».
Chères et chers journalistes, plutôt que de nous demander pourquoi nous ne voulons pas d’eux mercredi prochain, demandez-leur pourquoi ils n’ont rien à dire ou pourquoi ils s’insurgent de la panthéonisation de Missak Manouchian.
Vous comprendrez alors ce qui sépare les républicains de ceux qui ne le sont pas.

Strophes pour se souvenir

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Louis Aragon, Le Roman Inachevé

Éducation : quand le gouvernement taille en cachette dans les effectifs de surveillants

La suppression de plus de 1 100 postes d’assistants d’éducation est prévue dans la loi de finances 2024. Une mesure délétère pour les élèves, que le gouvernement avait pris soin de dissimuler au moment de la discussion budgétaire.

C’est le président de la Commission des finances à l’Assemblée, le député LFI de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel, qui a révélé le pot aux roses dans un message sur X (Ex-Twitter). Dans le projet de loi de finances pour 2024, le gouvernement a – semble-t-il sciemment – dissimulé la suppression de plus de 1 100 postes d’AED (assistants d’éducation, auparavant appelés surveillants).

C’est, à l’époque, Gabriel Attal qui occupait la rue de Grenelle. Une « vérification ultérieure a révélé que le ministre excluait de sa présentation chiffrée une partie des AED, soit ceux bénéficiant du dispositif de préprofessionnalisation proposé aux futurs professeurs ». 1 112 postes passeraient ainsi à la trappe à la rentrée prochaine.

L’expert du site le Café pédagogique, François Jarraud, est allé vérifier. Et il confirme : « Cette baisse du nombre d’AED n’apparaît pas clairement dans les « bleus budgétaires », les documents remis aux parlementaires lors de la discussion de la loi de Finances ». Qui plus est, précise-t-il, « le « bleu » 2024 ne donne pas d’évolution comparée de 2023 à 2024 pour cette catégorie, alors que c’est la règle dans ce genre de document, à l’unité près ». Continuer la lecture de Éducation : quand le gouvernement taille en cachette dans les effectifs de surveillants