Christophe Alévêque :  » Le vieux con d’aujourd’hui est un résistant « 

Christophe Alévêque.
Christophe Alévêque. SK – Stephane KERRAD / KB STUDIOS PARIS

Face à l’expansion du nouvel ordre moral, à la  « cancel culture », au « manichéisme ambiant » et à « la lente extinction du plaisir » auxquels nous conduit selon lui notre société contemporaine, l’humoriste a décidé d’assumer son statut de « vieux con moderne ». Entretien.

Comment êtes-vous devenu un vieux con ?
On le devient par la force des choses ! Ces dernières années, je me sentais de moins en moins en phase avec mon époque, voire totalement décalé. Je me suis demandé d’où ça pouvait bien venir, et puis, petit à petit, dans les discussions, en écoutant les médias, je me suis rendu compte que je n’étais plus dans le couloir de la pensée officielle, de cet empire du bien qu’on veut nous imposer. J’étais devenu un ringard ! Je me suis dit « suis-je vraiment le seul ? », et j’ai très rapidement réalisé que non, qu’au contraire nous étions nombreux à ressentir ce décalage. Raison pour laquelle je crée officiellement le Club des vieux cons modernes.

À quoi ressemble ce « vieux con moderne » ?
C’est un résistant. Un libre penseur. Quelqu’un qui veut disposer librement de sa vie et de sa mort, qui n’a pas envie qu’on encadre son bonheur en permanence et qui trouve insupportable la dictature du bien qu’on veut nous imposer. Ce bien au nom duquel on restreint nos libertés, sous la pression duquel notre cadre idéologique se réduit, et qui finit par produire l’effet inverse : plus on met avant la laïcité, plus l’obscurantisme se développe, plus on diabolise la violence, plus elle augmente, plus on prône la société multiraciale plus elle devient multiraciste, plus on fait la promotion du vivre ensemble et plus on voit le communautarisme et le repli sur soi avancer.

Comment en êtes-vous arrivé à revendiquer cet étrange statut ?
Parce que le vieux con de maintenant est un conservateur de la Révolution. Quelqu’un qui n’a pas envie de voir toutes les idées de liberté, de tolérance, de partage et de solidarité qu’il a défendues toute sa vie tomber dans les mains des nouveaux curés de la pensée. Or, aujourd’hui, la société étant devenue manichéenne, il est très difficile d’avoir une position qui va à contre-courant de la pensée dominante. Nous-mêmes, humoristes, on est de moins en moins invités dans les médias, on a même parfois tendance à brider notre expression face à une opinion qui a pris une place insensée et nous châtie au moindre écart.

Mais on entend pourtant des choses ahurissantes sur certains plateaux de télé…Oui, c’est encore un effet inverse : on assiste à une sorte de retour du puritanisme d’un côté et à un déferlement de violence verbale et idéologique de l’autre. Et entre les deux, il reste peu de place… À part pour des polémiques de supérette. J’ai quand même entendu l’autre jour sur une chaîne d’info qu’on débattait pour savoir si la crise sanitaire avait signé la fin du soutien-gorge… Le débat, c’est pas ça ! Le débat, c’est confronter des idées, des réflexions, des opinions et être capable de dire « je me suis trompé », « vous avez raison », « essayons » ou « pourquoi pas ? »
L’article 8 de votre Charte du vieux con moderne dispose que « l’être humain est pétri de faiblesses et d’erreurs et que vouloir le rendre parfait est une absurdité »…
Évidemment que c’est absurde ! On nous promet un monde magnifique, respectueux, mais on oublie que l’Homme ne peut pas devenir tolérant, ouvert et généreux si on lui en donne l’ordre ! Ça ne marche pas comme ça. Pour être tolérant, généreux et ouvert, il faut le devenir. Comprendre ce que cela veut dire, en accepter les implications. Les injonctions, au contraire, non seulement ne marchent pas mais ne font que créer de la frustration.

Vous regrettez que nous nous soyons donnés au « grand Gafam (*)» et dites votre détestation des réseaux sociaux. N’est-ce pas un combat perdu d’avance ?
Nous sommes coincés entre « Big Mother », cet Etat qui nous infantilise, nous culpabilise en permanence « pour notre bien », et « le grand Gafam ». Nous sommes pris en étau entre le premier, qui nous dit désormais ce qu’il faut penser, et le second, qui sait en permanence via nos téléphones ce que nous faisons, ce que nous disons, ce que nous mangeons, où nous allons… La réalité, c’est qu’on est épiés du matin au soir, désossés dans notre intimité, le tout avec notre permission. Mais si on le dénonce on est un réac’! Notre monde est devenu totalement manichéen, sans aucune place pour une pensée à contre-courant.

Comment observez-vous la mécanique qui se met en place à l’approche de l’élection présidentielle ?
Avec Zemmour, que je considère comme un épiphénomène, on est en train de créer un monstre, ce que j’appelle un épouvantail à cons. Zemmour est en train de remplacer la famille Le Pen dans le rôle de celui qu’il faut détester. On le fabrique, collectivement, et on dit « Regardez comme c’est pas bien ce que dit ce type ! ». En lui-même, il n’est pourtant pas très intéressant. En revanche, il nous dit quelque chose de notre société. Parce que quand on entend que « le fait qu’il puisse s’exprimer prouve qu’on est en démocratie », moi je pense plutôt que l’expression d’un type comme ça montre que notre démocratie ne va pas bien du tout.

Expositions, livres, films, œuvres censurées ou précédées d’un avertissement, « l’épuration culturelle avance irrésistiblement », regrettez-vous. De quelle manière ?
On veut noircir le passé, le charger d’un maximum de culpabilité pour que le présent apparaisse comme un cadeau. On déboulonne les statues, on assainit les œuvres, on boycotte des artistes au nom du bien. Et comme le terme de révisionnisme était déjà pris, on a appelé ça la « cancel culture »… Or, de mon point de vue, ce n’est pas parce qu’on enlève la photo de l’Uncle Ben’s des paquets de riz que le racisme va disparaître. Mais là encore, comment s’élever contre une telle mesure, aussi inutile soit-elle, dans le contexte actuel ? Puisque tout ça, c’est pour notre bien !
« Nous vivons dans une fausse démocratie. Nous sommes des Chinois à l’usine qui nous prenons pour les héritiers des Lumières », écrivez-vous. C’est un réel cauchemar que vous décrivez là…
Je pense qu’il y a très longtemps que la démocratie n’a pas été aussi malade. Nous tombons dans le despotisme démocratique que décrivait Tocqueville, en abandonnant nos libertés doucement mais sûrement. Résultat : les complotistes et conspirationnistes de tout poil, ragaillardis, se portent à merveille. Et ce sont désormais les extrêmes qui s’emparent de la défense des libertés. Vous vous rendez compte ? Mais alors, il nous reste quoi, à nous ? Franchement, je crois qu’aujourd’hui, dans notre situation, on a plus besoin de psychiatres et de philosophes que d’économistes et de politiques. Nous devons ralentir, nous poser et penser à nouveau.

Propos recueillis par Samuel Ribot / ALP
(*) Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft
À lire : « Eloge du vieux con moderne », Éditions du Cerf, 186 pages, 18 €.

 

Moissac. « Sodexo la gloutonne » : Jean Songe met les pieds dans le plat in DDM

Jean Songe et son nouvel ouvrage Sodexo la gloutonne, paru aux éditions du Seuil. Photo DDM C.L.
Jean Songe et son nouvel ouvrage Sodexo la gloutonne, paru aux éditions du Seuil. Photo DDM C.L.

Une multinationale française que l’auteur moissagais n’hésite pas à passer au scalpel pour en dévoiler les ficelles.

Il y a bien des années qu’il a déposé ses valises avec sa famille au cœur de la cité uvale, et aujourd’hui, à l’âge de la (relative) sagesse, il l’observe du haut des coteaux. L’écrivain Jean Songe (à la ville Yannick Bourg), d’un abord affable et discret, manie pourtant une plume à la précision diabolique qui sied si bien au roman noir. Fin lettré, connaisseur hors pair de la musique anglo-américaine, l’homme fut également un agitateur culturel au sein de la Zone d’Activités Poétiques (ZAP) qu’il avait initiée il y a quelques années avec quelques amis artistes du cru, et un redoutable bluesman frapadingue avec son groupe Le Vieux Flingue. Continuer la lecture de Moissac. « Sodexo la gloutonne » : Jean Songe met les pieds dans le plat in DDM

Présidentielle. En Auvergne, Fabien Roussel défend une ruralité heureuse

Le candidat communiste à la présidentielle a choisi la petite ville de Billom, dans le Puy-de-Dôme, et les thèmes de l’agriculture, de l’alimentation et des ruralités pour lancer une campagne de six rencontres-débats avec les électeurs.

Large sourire, Fabien Roussel est satisfait. Il ne s’en cache pas : « Je suis heureux d’être en Auvergne, et d’avoir choisi pour premiers thèmes l’agriculture, l’alimentation, les ruralités. » « Cela a surpris certains qui ne voient les communistes qu’à la sortie des usines », a-t-il ironisé ce mercredi. La première des « Rencontre des jours heureux » est indéniablement un succès. Une salle comble. Attentive. Soigneusement agencée pour accueillir les questions des participants, des internautes et des citoyens filmés le matin même dans les allées du Sommet de l’élevage. Et au final, des militants confiants dans leur candidat que beaucoup découvrent dans l’exercice. Continuer la lecture de Présidentielle. En Auvergne, Fabien Roussel défend une ruralité heureuse

Castelsarrasin. Secours populaire : une équipe de direction renouvelée in DDM

Une réunion présidée par la trésorière Ghislaine Roussy-Mayanobe./ Photo DDM Marc Zulian

Le Secours Populaire a tenu son assemblée générale au terme de deux années marquées par la crise sanitaire.

Le comité du Secours Populaire de Castelsarrasin a tenu son assemblée générale à la salle Marcelle-Duba. Une réunion organisée dans des circonstances exceptionnelles. Après les démissions successives de plusieurs membres du bureau, dont le secrétaire général Julien Sueres, c’est la trésorière du comité Ghislaine Roussy-Mayanobe qui a présidé l’assemblée générale, en présence de Nadia Betin, adjointe aux affaires sociales, Driss Khaïza, directeur du CCAS et Francette Noël Frauciel, responsable du Secours Populaire du Tarn-et-Garonne. Continuer la lecture de Castelsarrasin. Secours populaire : une équipe de direction renouvelée in DDM

Présidentielle 2022. Les communistes lancent les « Rencontres des jours heureux »

Santé, écologie, énergie, jeunesse, emplois… D’ici la fin de l’année, le candidat du PCF à la présidentielle multipliera les déplacements pour six « agora » thématiques. Premier rendez-vous dès mercredi en Auvergne sur l’agriculture et l’alimentation.

Le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, reprend la route. Après une caravane en une cinquantaine d’étapes le long des côtes cet été, le PCF lance à partir de mercredi les « Rencontres des jours heureux ». « On change de campagne : avant on faisait des meetings partout avec le même discours, là on fait le choix des thématiques et des territoires », explique le député du Nord. Le concept ? « Ce seront des Agora, des ateliers, des échanges à l’issue desquelles je présenterais nos propositions », poursuit-il. En la matière, pas « de demi-mesures », promet Fabien Roussel estimant que « toute la gauche paie encore les trahisons, les reniements » du quinquennat Hollande. Continuer la lecture de Présidentielle 2022. Les communistes lancent les « Rencontres des jours heureux »

Disparition. Bernard Tapie, itinéraire d’un «vrai capitaliste» (dossier complet)

Le 26 mars 1996, Bernard Tapie arrive sous escorte au palais de justice de Béthune (Pas-de-Calais) pour son procès pour abus de biens sociaux dans l'affaire Testut. © Gérard Cercle / AFP

De ses premières affaires dans les années 1970 au ministère de la Ville en passant par l’OM, le parcours de cet homme aux multiples casquettes accompagne l’avènement du « fric » comme valeur cardinale. Un chemin qui croisera souvent celui de la justice.

À la fois homme d’affaires, de politique, de sport et de média, devenu symbole des « années fric » et de toutes leurs dérives, Bernard Tapie est décédé ce dimanche 3 octobre des suites d’un cancer à l’âge de 78 ans.

Né en 1943 d’un père ouvrier et d’une mère aide-soignante, le futur ministre de la Ville de François Mitterrand commence à se faire connaître dès la fin des années 1970. Après s’être essayé à la chanson sous le nom de Tapy et avoir déjà eu maille à partir avec la justice pour sa première société, Cœur Assistance, un service d’aide aux cardiaques, ou encore l’achat des châteaux de Bokassa, il se lance dans la reprise d’entreprises au bord du gouffre à l’aube des années 1980. Manufrance, Terraillon, Testut, Wonder… Continuer la lecture de Disparition. Bernard Tapie, itinéraire d’un «vrai capitaliste» (dossier complet)

Guislaine David : Le travail collégial va être mis à mal par la loi Rilhac in Caf. Péda.

Si la question des directeurs d’école divise les syndicats enseignants, le premier syndicat des professeurs des écoles, le Snuipp Fsu, a bataillé contre la loi Rilhac. Après son adoption par l’Assemblée, quels consignes le syndicat va t-il donner ? Comment explique t-il la mobilisation insuffisante des enseignants qui avaient pourtant obtenu le retrait du projet Rilhac en 2019 et 2020 ? Guislaine David, co-secrétaire générale du Snuipp Fsu fait le point.

La loi Rilhac est passée. Que va t-elle changer pour les directeurs d’école ?

Ce qui est certain c’est qu’elle ne va pas améliorer leurs conditions de travail. Elle va plutôt alourdir leur charge de travail. Avec l’autorité fonctionnelle de nouvelles compétences vont leur être attribuées. Or ils n’ont aucune assurance d’avoir une aide administrative car la loi n’oblige ni l’Etat ni les communes à en fournir. Certaines communes le feront et on aura encore plus d’inégalité entre les écoles. La loi ne dit pas non plus qu’il y aura moins d’enquêtes et de taches administratives. Il n’y a plus d’assurance d’avoir des décharges en fonction du nombre de classes. La loi prévoit de les attribuer en fonction des « spécificités » des écoles. Elles pourront donc varier selon les écoles même dans une même commune sans critère objectif. C’est inquiétant. Et cela ne répond pas aux besoins du terrain. Continuer la lecture de Guislaine David : Le travail collégial va être mis à mal par la loi Rilhac in Caf. Péda.

60ème Congrès National des Centres de Santé: « Reconstruire le système de santé » 

Le 60ème Congrès National des Centres de Santé se tiendra à l’A.S.I.E.M, 6 Rue Albert de Lapparent à PARIS (75007)

jeudi 7 et vendredi 8 octobre 2021,

Madame, Monsieur, chère consœur, cher confrère, 

L’année 2020 et ces six premiers mois de cette année 2021 ont été marqués par une crise sanitaire inédite qui a révélé les failles d’un système de santé au bord de la rupture, inadapté et impuissant à répondre aux enjeux.

Si la crise n’est pas encore terminée, le bilan est déjà terrible, sans appel. Il impose à tous les acteurs, gouvernement, élus, professionnels de la santé, citoyens, usagers, de se pencher en urgence au chevet de ce système de santé dont les multiples difficultés, signalées depuis des années, sont apparues en plein jour à l’occasion de l’épidémie. Continuer la lecture de 60ème Congrès National des Centres de Santé: « Reconstruire le système de santé » 

Pas de hiérarchie dans l’école ! J’écris à mes député·es (pétition)

SNUipp-FSU

Les député·es de la commission des affaires culturelles et de l’éducation viennent d’examiner la proposition de loi Rilhac et ouvrent la possibilité de placer le·la directeur·trice en position de supérieur·e hiérarchique dans les écoles. Il lui serait ainsi confiée une autorité fonctionnelle définie par le·la DASEN.

Pour faire barrage à ce bouleversement anoncé du fonctionnement de l’école, le SNUipp-FSU appelle les enseignant·es,(NDLR de MAC mais aussi les citoyens-nes) à interpeller leur député·e avant le mercredi 29 septembre, date du vote de cette proposition de loi dans l’hémicycle. Ce bouleversement envisagé entre en résonance avec les annonces présidentielles sur les 50 écoles de Marseille et les conclusions du Grenelle faites par le ministre.

Solidarité. Les retraités reprennent la rue

Piqué au vif par les annonces en trompe-l’œil de Jean Castex sur l’autonomie et le grand âge, le groupe des neuf syndicats et associations de retraités appelle à une journée de mobilisation, vendredi 1er octobre.

Ingrats, les seniors ? Jean Castex aura sans doute un pincement au cœur, ce vendredi 1er octobre, au vu des mobilisations de retraités qui se dérouleront dans à peu près tous les départements, à l’appel du « groupe des neuf » organisations syndicales (CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires et Fonction publique retraités) et associatives (LSR et Ensemble & solidaires). Le premier ministre n’a pourtant pas ménagé ses annonces, ces derniers jours, pour faire oublier l’enterrement de la loi grand âge, promise depuis le début du quinquennat et censée donner corps au « cinquième pilier de la Sécurité sociale » consacré aux enjeux de la dépendance. Quatre cents millions d’euros prévus dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale 2022 en faveur de l’aide aux personnes âgées ? Des financements « sanctuarisés » pour la création de 10 000 postes de soignants dans les Ehpad d’ici cinq ans ? Marylène Cahouet renvoie le gouvernement dans son camp : « Les personnes âgées ont payé un lourd tribut à la crise sanitaire. L’abandon de cette loi constitue un reniement budgétaire scandaleux. »

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