Le « choc des savoirs » et la mort du collège unique

François Dubet sociologue, professeur émérite à l’université de Bordeaux

Institué en 1975 par René Haby, le collège unique est né d’une contradiction dont il n’est jamais sorti. D’un côté, il est l’école de tous, celle qui prolonge jusqu’à l’âge de 16 ans les classes de fin d’études de l’école élémentaire.

De l’autre côté, le collège unique est défini comme le premier cycle du lycée « bourgeois », jusque-là réservé aux plus privilégiés et aux meilleurs des élèves. D’abord professeurs d’enseignement général de collège (des instituteurs spécialisés dans deux disciplines), ces enseignants laissent place aux professeurs du secondaire, capésiens et agrégés, spécialistes d’une discipline, travaillant indifféremment au collège et au lycée.

Dès lors, l’école commune à toute une classe d’âge est aussi la première étape d’un « tri » scolaire défini par la pédagogie lycéenne et l’excellence lycéenne. Près de cinquante ans après sa naissance, le collège unique n’est jamais sorti de cette contradiction. Continuer la lecture de Le « choc des savoirs » et la mort du collège unique

Financement de l’école privée : « C’est grave de distribuer de l’argent public sans contrôle »

Pour l’élu Paul Vannier, co-rapporteur de la mission d’information sur le financement public de l’école privée sous contrat, les trop nombreuses dérives – financières, pédagogiques, légales – pointées par le rapport montrent que de profonds changements sont devenus impératifs.

 

Cette mission d’information est-elle une « mission Stanislas », lancée après le scandale lié à cet établissement parisien huppé ?

Paul Vannier, Député du Val-d’Oise

Non. L’affaire Oudéa-Castéra a certes ouvert une fenêtre de débat, mais j’avais demandé cette mission dès juin 2023. Quarante ans après la mobilisation contre la loi Savary, j’avais le sentiment qu’on arrivait au bout d’un cycle, celui d’une omerta politique interdisant d’aborder la question de l’enseignement privé sans être accusé de vouloir raviver la « guerre scolaire ». Continuer la lecture de Financement de l’école privée : « C’est grave de distribuer de l’argent public sans contrôle »

F. Roussel: Le gouvernement mène une guerre sociale contre les plus pauvres (Vidéo)

Fabien Roussel invité des 4 vérités sur France2

 

Laïcité, sécurité, conditions de travail : Les chefs d’établissements en première ligne

Trois jours après l’annonce du départ du proviseur d’un lycée parisien menacé de mort après une altercation avec une élève pour qu’elle enlève son voile, le principal syndicat, le SNPDEN-Unsa a salué l’action de l’État estimant ne plus être « à l’époque du « pas de vague »». Le SNUPDEN-FSU pointe, pour sa part, le manque de moyens alloués aux collèges et lycées qui ne permet pas « de travailler en amont » correctement.

 

Trois jours après l’annonce de sa mise en retrait par le proviseur du Lycée Maurice Ravel, à Paris, menacé de mort après une altercation avec une lycéenne à qui il avait demandé d’enlever son voile, quelques dizaines de personnes se sont rassemblées, ce vendredi 29 mars au matin, dans le 20e arrondissement de Paris, peu avant une conférence de presse du SNPDEN-Unsa, syndicat majoritaire des chefs d’établissements. Une quinzaine d’élus socialistes et écologistes étaient présents pour réaffirmer leur « attachement à l’École et aux lois de la République », a fait savoir le PS sur les réseaux sociaux. Continuer la lecture de Laïcité, sécurité, conditions de travail : Les chefs d’établissements en première ligne

Élections européennes : extrême droite, droite, gauche… qui vote quoi au Parlement européen ?

Les eurodéputés français votent très différemment selon qu’ils sont de gauche ou de droite au Parlement européen. À quelques mois des prochaines élections, prévues le 9 juin, l’analyse des scrutins clés permet aussi de dévoiler un double discours, dont le RN est spécialiste.

Début mars, la cheffe de file des macronistes pour les élections européennes, Valérie Hayer, a lancé que son concurrent de la liste socialiste, Raphaël Glucksmann, votait « à 90 % » comme les eurodéputés Renaissance. « Le chiffre exact, c’est 80 %. Je vote aussi à 86 % avec Marie Toussaint et les Verts, et même à 76 % avec Manon Aubry et la France insoumise », lui a répondu le fondateur de Place publique. Mais alors, les députés européens voteraient-ils en grande partie de la même façon, quelle que soit leur appartenance politique ?

D’un point de vue statistique, on pourrait en avoir l’impression. La diversité et la masse des sujets abordés à Strasbourg expliquent cette large part de votes en commun. Mais la quantité ne fait pas la qualité. Et c’est en examinant les grands dossiers, forcément les plus clivants, que des différences très nettes apparaissent entre les différentes familles politiques. Continuer la lecture de Élections européennes : extrême droite, droite, gauche… qui vote quoi au Parlement européen ?

Écoles normales du XXIe siècle : Un projet dont ne veulent ni les universités ni les syndicats

Notre campagne européenne! Par Hélène Bidard + vidéo

 

Extraits de son intervention où il est question de la nouvelle étape de la campagne. Dans le prochain numéro nous reviendrons sur le rapport de Christian Picquet et la question du programme.

Nous sommes désormais à environ dix semaines du scrutin. Le pouvoir voudrait bien éloigner une partie de nos concitoyens des urnes et certaines forces entretiennent des fausses informations sur la nature de l’élection.

À l’heure d’engager une nouvelle étape de notre campagne, il faut avant tout faire la clarté sur les enjeux du scrutin.

Premièrement, réaffirmons-le, il n’y a pas de prétendu « vote utile » aux élections européennes. Le seul vote utile, c’est le vote pour ses idées. Il faut le dire et redire : c’est une élection à un tour et à la proportionnelle, en ce sens d’ailleurs, et paradoxalement, c’est une élection plus démocratique que d’autres ! Le sujet démocratique de ces élections, c’est ce seuil de 5 % qui n’existe pas dans d’autres pays. Mais pour le reste, c’est un scrutin proportionnel, de liste paritaire à un tour, c’est-à-dire le type de scrutin en réalité parmi les plus démocratiques. Continuer la lecture de Notre campagne européenne! Par Hélène Bidard + vidéo

Montauban. Un collectif uni pour mourir dans la dignité

Le collectif a décidé de porter un éclairage avisé auprès des promeneurs du marché.DDM, Sébastien Aubert.
Le collectif a décidé de porter un éclairage avisé auprès des promeneurs du marché.DDM, Sébastien Aubert.

 

L’odeur d’un bon café laissait place à des réflexions aussi profondes que complexes samedi 23 mars au Garden Ice Café à Montauban, à l’heure où le marché bat son plein. Autour de la table, la question liée à la fin de vie était au centre des débats, sujet dans l’actualité depuis plusieurs années mais avec une plus grande acuité depuis l’annonce des orientations d’une future loi par le président de la République il y a quelques jours. Le pacte progressiste sur la fin de vie regroupe à ce jour vingt-six organisations de la société civile pour porter cette volonté d’une approche centrée sur les choix de la personne : « Nous partageons la vision d’une société qui donne toute sa place à la liberté de conscience, à la solidarité, la citoyenneté et l’émancipation » explique Béatrice Ouin, déléguée de l’association pour le droit de mourir dans la dignité. Dans le collectif fédéré récemment, certains militent depuis de nombreuses années pour une fin de vie qui respecte l’intégrité et les volontés de chacun, d’autres se sont forgés plus récemment une conviction. Continuer la lecture de Montauban. Un collectif uni pour mourir dans la dignité

Chômage : les sept mensonges du gouvernement pour s’attaquer encore et toujours aux droits des chômeurs

Au nom du plein-emploi, l’exécutif prépare les esprits à une cinquième réforme de l’assurance-chômage depuis 2017, sans lésiner sur les contre-vérités. Décryptage des grosses ficelles du gouvernement pour mieux stigmatiser les chômeurs.

Des allées du Forum de Davos aux plateaux de BFMTV, des travées de l’Assemblée nationale aux sorties sur le terrain, le pouvoir macroniste poursuit son offensive tous azimuts contre les demandeurs d’emploi. Pour préparer les esprits à une nouvelle réforme de l’assurance-chômage (la cinquième depuis 2017), les ministres et le chef de l’État déversent leurs éléments de langage, quitte à se voir accusés par les cinq principaux responsables syndicaux du pays de mener une « stigmatisation populiste des chômeurs », dans une tribune commune.

1. « On est à plus de 7 % de chômage, mais vous ne pouvez pas vous déplacer quelque part sans rencontrer un patron qui dit chercher à recruter. » Gabriel Attal, 27 février 2024

Cet argument ne repose sur aucune donnée chiffrée (en dehors du taux de chômage), mais induit l’idée selon laquelle les chômeurs, s’ils le voulaient vraiment, pourraient décrocher un emploi. Il s’agit d’un lointain écho à la fameuse sortie macronienne de 2018 (« Je traverse la rue et je vous trouve un travail »). Regardons les chiffres. Au 4e trimestre de 2023, la France comptait 331 700 emplois vacants, en baisse de 6 % (dernière estimation connue). Rapporté à l’ensemble des emplois en France, cela nous donne un taux de 2,07 %. Pas exactement un raz-de-marée. Continuer la lecture de Chômage : les sept mensonges du gouvernement pour s’attaquer encore et toujours aux droits des chômeurs

La FSU-SNUipp lance l’alerte : L’école va s’effondrer !