En pleine Coupe du monde masculine 2026, l’Humanité prend à contre-pied les gardiens du temple patriarcal en diffusant en exclusivité le Match du XXIe siècle. À travers une rencontre inédite entre joueuses et joueurs professionnels, ce documentaire d’Isabelle Curet interroge la mixité et les inégalités dans le sport.
À l’heure où la Coupe du monde masculine de football occupe les écrans et verra sa finale se jouer au MetLife Stadium de New York le 19 juillet, une autre rencontre invite à regarder le sport autrement. Dans le Match du XXIe siècle, la réalisatrice Isabelle Curet part d’une scène familière : celle des cours de récréation, où les garçons s’installent au centre, ballon aux pieds, tandis que les filles sont reléguées sur les côtés. Continuer la lecture de Coupe du monde 2026 : le « Match du XXIe siècle » ne se déroulera pas au MetLife Stadium de New York
Aux portes de l’apocalypse : pourquoi l’un des plus grands penseurs du monde croit-il que nous approchons d’un cataclysme nucléaire ?Dans un ouvrage glaçant, le physicien théoricien Carlo Rovelli affirme que nous sommes de nouveau au bord du précipice – et que, cette fois, nos dirigeants sont cruellement dépourvus de la clairvoyance de Kennedy et Khrouchtchev. Alors, pourquoi s’oppose-t-il au réarmement ?
Dans un ouvrage glaçant, le physicien théoricien Carlo Rovelli affirme que nous sommes de nouveau au bord du précipice – et que, cette fois, nos dirigeants sont cruellement dépourvus de la clairvoyance de Kennedy et Khrouchtchev. Alors, pourquoi s’oppose-t-il au réarmement ?
Les membres européens de l’OTAN devraient-ils se réarmer face à la menace russe ? Et si non, je pose la question à Carlo Rovelli : pourquoi ?
Le physicien théoricien italien semble bien placé pour répondre à ces questions, d’autant plus que son récent ouvrage, « 85 secondes avant minuit », paraît à point nommé et porte le sous-titre « L’argument d’un physicien contre le réarmement ».
Rovelli, 70 ans, les yeux bruns, affable, avec une chevelure grise d’une abondance enviable, retire ses lunettes avant de répondre.
«L’idée que l’armée russe puisse constituer une menace pour l’Europe est ridicule. La Russie est même incapable d’atteindre Kiev! Il y a quelques années, la Russie représentait 4 % des dépenses militaires mondiales, contre 40 % pour l’OTAN. »
Hiroshima, c’était le gorille américain qui se frappe la poitrine, affirmant à la forêt qu’il est le plus fort.
Cependant, la Russie possède plus de 4 000 ogives nucléaires, ce qui en fait le plus grand arsenal nucléaire au monde. « Nous ne pouvons donc pas neutraliser la Russie », explique Rovelli, « car elle réagirait. » Parmi les trois superpuissances nucléaires – la Russie, les États-Unis et la Chine – seule la Chine s’est engagée à ne pas devenir une première puissance nucléaire. La Russie, comme les États-Unis, se réserve le droit de répondre à des attaques conventionnelles par des frappes nucléaires.
Le véritable problème, selon Rovelli, réside dans la peur mutuelle. « Nous sommes prisonniers d’un manque de confiance réciproque. Nous suivons passivement ce schéma où chacun s’arme et devient plus agressif. » Il cite l’exemple de ce qui s’est passé il y a quelques semaines à Saint-Pétersbourg. « Avec des armes de l’OTAN, les Ukrainiens ont bombardé Saint-Pétersbourg et ont tenté de bombarder Moscou. Ainsi, un pays doté de l’arme nucléaire est « bombardé » par les Britanniques. Ce ne sont pas eux qui appuient sur le bouton, mais les bombes proviennent de Grande-Bretagne, ainsi que d’Allemagne et de France, et dans une moindre mesure des États-Unis. »
« Je suis italien – nous nous souvenons que le fascisme s’est développé sur l’idée que la guerre est belle »… Rovelli. Photo : Graeme Robertson/The Guardian
Pourquoi cela effrayait-il autant Rovelli ? « C’est la première fois qu’une superpuissance dotée de l’arme nucléaire est réellement bombardée. Avant, si vous aviez l’arme nucléaire, vous n’étiez pas envahi. Vous n’étiez pas bombardé. C’est fini. »
Rovelli m’invite à réfléchir à la manière dont ce bombardement est perçu du point de vue du Kremlin. Moscou craint depuis longtemps une agression occidentale, affirme-t-il. Un moment décisif survint en 1962 lorsque les Américains déployèrent des missiles nucléaires en Turquie. Selon lui, cela incita le dirigeant soviétique de l’époque, Khrouchtchev, à installer des armes nucléaires à Cuba, alors proche des États-Unis.
Certes, la crise des missiles de Cuba a été désamorcée par Khrouchtchev et le président américain Kennedy, mais la crainte d’une invasion occidentale persiste en Russie. C’est pourquoi, selon Rovelli, Poutine redoute tant l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN : cela permettrait à l’Occident d’y déployer des armes nucléaires. D’où, toujours selon Rovelli, l’invasion à grande échelle lancée par Poutine il y a quatre ans.
Rovelli estime que cette agression russe a provoqué une vague de craintes et de demandes de réarmement en Europe occidentale.
«Le gouvernement français déclare que les Français doivent se préparer à nouveau à sacrifier leurs enfants ; le gouvernement britannique affirme que nous devons nous préparer à la guerre car elle pourrait éclater ; le gouvernement allemand prétend que ce sentiment pacifiste dans les écoles est néfaste et qu’il faut réformer l’éducation pour rendre la guerre plus acceptable. Tout cela est motivé par l’idée que la Russie envahit l’Europe. C’est absurde. »
Mais n’est-il pas parfois justifié d’avoir peur ? La Seconde Guerre mondiale ne nous enseigne-t-elle pas que les pays d’Europe occidentale auraient dû se réarmer plus tôt pour contrer un démagogue expansionniste ?
« Je pense que tout le monde devrait lire Mein Kampf », répond-il, en référence à l’autobiographie et au manifeste d’Adolf Hitler, publiés en 1925. « Mein Kampf ne dit pas : “Nous sommes allemands, nous sommes les plus forts, nous allons dominer le monde, nous sommes grands, nous sommes blancs, nous sommes aryens, etc.” Il dit : “Nous sommes faibles. Et notre seule chance de survie est de devenir plus forts et de vaincre les autres.” C’est donc la peur qui a alimenté la violence du nazisme. »
Le conflit actuel au Moyen-Orient repose sur des fondements similaires, affirme Rovelli. « La peur alimente l’agressivité d’Israël. La peur alimente l’agressivité du Hamas. Ils vont nous anéantir à Gaza si nous ne réagissons pas de manière agressive. Répondre à la peur par la peur, envenimer la situation, me paraît répugnant. »
Mais n’est-ce pas naïf ?
Poutine n’agit certainement pas seulement par peur, mais est poussé par une conception déformée du destin historique à revendiquer l’Ukraine. « C’est absurde. Vous créez des récits qui alimentent une idéologie tribale. Et c’est précisément ce que nous voulons éviter. Je ne crois pas que quiconque ait un droit historique naturel sur quoi que ce soit. »
Pourquoi devrions-nous écouter ce que les physiciens théoriciens ont à dire sur le réarmement ?
Certes, Rovelli est la référence en matière de gravité à boucles, ce cadre théorique qui fusionne la mécanique quantique et la théorie de la relativité générale d’Einstein. Il excelle également dans la vulgarisation d’idées complexes, notamment grâce à des ouvrages comme *Sept brèves leçons de physique* et *L’Ordre du temps*. Mais lorsqu’il s’agit de guerre et de realpolitik, les physiciens théoriciens se sont souvent révélés d’une ineptie flagrante.
« Nous, les physiciens », concède Rovelli, « avons bel et bien créé cette chose [les armes nucléaires]. C’est notre cadeau empoisonné à l’humanité.
Mais historiquement, la voix des scientifiques – qui a sensibilisé le public au risque nucléaire – a porté ses fruits. » C’est grâce à la sagesse des scientifiques et autres intellectuels, affirme-t-il, que Gorbatchev et Reagan ont été convaincus de signer le Traité de réduction des armements stratégiques (TAR) de 1991, aujourd’hui caduc.
Il est tout aussi vrai que les physiciens théoriciens ont eu des conséquences désastreuses pour l’humanité. Rovelli cite son compatriote Enrico Fermi qui, en 1934, a trouvé le moyen de briser les noyaux atomiques, offrant ainsi à l’humanité une nouvelle source d’énergie. « Mais ce don est trop grand », écrit Rovelli. « Une infime quantité d’uranium peut libérer une énergie suffisante pour raser des villes, brûler vifs des millions d’êtres humains et anéantir la civilisation elle-même. »
Il convient également de considérer ce qui s’est passé à Copenhague en 1941, lors de la rencontre de deux grands physiciens théoriciens : le Danois Niels Bohr et l’Allemand Werner Heisenberg. Bohr, qui fut rapidement exfiltré aux États-Unis après cette rencontre, repartit convaincu que l’Allemagne nazie fabriquait une bombe nucléaire pour gagner la guerre.
Rovelli poursuit le récit : « Une fois aux États-Unis, Bohr a dit : “Regardez, voici un croquis d’une bombe atomique que m’a donné Heisenberg. » Or, il n’en était rien. C’était le croquis d’un réacteur nucléaire pacifique. L’une des conséquences de cette erreur fut que le projet Manhattan fut motivé par la croyance, totalement infondée, que l’Allemagne nazie était sur le point de se doter de l’arme nucléaire. »
La conséquence imprévue, comme l’écrit Rovelli dans son livre, fut « la mort par le feu de 200 000 hommes, femmes et enfants à Hiroshima et Nagasaki ». Non pas, comme certains l’ont prétendu, pour accélérer la fin de la guerre, mais comme une immense démonstration de la puissance américaine – ou, comme il le dit : « Le cri du gorille qui se frappe la poitrine et clame à la forêt qu’il est le plus fort. »
Il y avait certainement d’autres justifications, peut-être même meilleures, pour le largage d’armes nucléaires sur le Japon. Je rappelle à Rovelli une conversation qu’il avait eue à Princeton avec son ami et mentor, le regretté théoricien de la relativité John Wheeler, qui avait travaillé sur le projet Manhattan. Wheeler estimait que le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki était justifié pour épargner le nombre considérable de vies américaines qui seraient perdues lors d’un débarquement sur le continent.
« John était l’une des personnes que j’admire le plus, et la moitié de ma réflexion s’inspire de son travail », se souvient Rovelli avec un rire triste.
« C’est lui qui a reconnu mon travail le premier. » Mais lorsque Wheeler invita le jeune Rovelli à Princeton, leur conversation se porta sur Hiroshima et Nagasaki. « J’ai trouvé son argument – qu’il est acceptable de tuer des centaines de milliers de civils japonais pour sauver la vie de quelques jeunes Américains – absolument répugnant. Il ne s’agissait pas de quelques jeunes Américains vivant leur vie en Amérique, mais de ceux envoyés conquérir une île qui n’est pas américaine. Le Japon avait déjà perdu la guerre. »
Les premières années de Rovelli permettent de comprendre son aversion pour le réarmement. Étudiant, il fut emprisonné en Italie pour avoir refusé d’être enrôlé. « Je suis Italien et nous nous souvenons que le fascisme s’est nourri de l’idée que la guerre est belle. La guerre est ce qui nous rend grands. La guerre est fantastique. »
Parlons de l’Iran, suggérai-je. N’a-t-il pas le droit de posséder l’arme nucléaire si Israël et les États-Unis en possèdent une ?
« Je ne pense pas qu’il faille raisonner en termes de droit absolu », déclare Rovelli. « Nous devons vivre ensemble, et donc trouver des compromis. Si l’Iran ne se sentait pas menacé, il n’éprouverait probablement pas le besoin de se doter de l’arme nucléaire. »
Le titre du livre de Rovelli est tiré de l’édition 2026 du Bulletin des scientifiques atomistes, qui fixait l’horloge de l’apocalypse à 85 secondes avant minuit, soit le moment le plus proche jamais atteint d’une catastrophe nucléaire. Pour Rovelli, la stupidité de nos dirigeants a accru ce risque. Il estime que tous – de Trump, Poutine et Netanyahou aux dirigeants de l’OTAN et de l’Iran – sont dépourvus du bon sens dont ont fait preuve Khrouchtchev, Kennedy, Gorbatchev et Reagan, qui, selon lui, ont tous contribué à éviter l’apocalypse.
Alors que nous terminons, Rovelli me demande : « Quel homme politique a le courage de dire : “Plutôt que de rendre mon propre pays plus fort, je veux rendre l’humanité meilleure” ? »
Peut-être n’est-ce pas seulement mes lacunes, mais la nature même du sort de l’humanité en 2026 qui fait que personne ne me vient à l’esprit.
Le roman « 85 Seconds to Midnight » de Carlo Rovelli est publié par Penguin (9,99 £). Pour commander votre exemplaire, rendez-vous sur guardianbookshop.com . Des frais de livraison peuvent s’appliquer.
Il y a une manière de s’emparer de tout ce qui est secondaire pour paraître être à la pointe du combat alors que par ailleurs on est rien moins qu’un social démocrate électoraliste qui entretient un clientélisme et favorise l’inertie, la division de son camp, tout à fait caractéristique de la dite social démocratie quand elle est la proie d’un prurit gauchiste.
Du côté des communistes il commence à y avoir une prise de conscience de ce phénomène en particulier en ce qui concerne le cas Mélenchon qui a fini par provoquer un hérissement spontané, instinctif mais qui témoigne aussi de l’erreur tactique de ce dernier dans la seule chose dans lequel il est maître: l’électoralisme.
Il faut dire qu’il a fait une erreur tactique en se déclarant trop tôt et il a été pris dans un mouvement des quarante candidatures. Certaines de ces candidatures, – vu le désaveu de la gauche tel que la liquidation depuis les années quatre-vingt l’a détruite dans sa base de classe et de masse- à droite ont plus de chance que la sienne. Sa tactique de destruction de la dite gauche pour rester le seul candidat et forcer tous les fragments à se rassembler autour de lui avait déjà témoigné de l’échec de la LFI aux municipales. Il a buté surtout sur ce qui est en train de se réveiller sous l’influence des FAITS, en particulier la manière dont Macron et les siens conduisent au surarmement et à la destruction du quotidien des Français. Continuer la lecture de L’HISTOIRE NE SE RÉPÈTE PAS MAIS ELLE DEVRAIT PERMETTRE D’EMPÊCHER CERTAINES DÉRIVES D’AUJOURD’HUI
Avant toutes choses deux annonces sur lesquelles nous reviendrons Le 26 juin à 11 H à Aix en Provence il y aura une cérémonie autour du renouvellement de la plaque de la rue Pascal Fieschi, mon compagnon, l’organisateur de la résistance dans le bassin minier et à Aix, torturé par la gestapo, à la tête de la révolte de la centrale d’Eysses et à Dachau. La mairie, Toni Genarro au nom des communistes aixois et moi nous prendrons la parole. Tous ceux qui ont connu Pascal sont invités à cette célébration qui rend hommage au rôle des communistes dans la lutte contre le fascisme et leur rôle de rassembleur. Il aurait voulu une invitation sans exclusive à la hauteur des exigences d’aujourd’hui.
Ma deuxième annonce est la fermeture proche cette semaine sans doute d’Histoireetsociete. Le site a atteint une fréquentation qu’il a rarement connu, une audience nationale et internationale la plus haute et c’est dû à ceux qui ont relayé ses articles malgré la censure qui frappait nos livres et nos articles, Merci à vous tous et j’espère que vous continuerez pour la nouvelle formule mieux sécurisé qui s’ouvrira aux alentours du premier juillet. Là aussi cette audience prouve ce que je vais esquisser dans cet éditorial.
Si les prévisions alarmistes sur la Chine et la Russie sont sans cesse déjouées en revanche en ce qui concerne la stratégie des USA et surtout celle de ses vassaux c’est le zugzwang, chaque coup met dans une situation pire sans que pour autant nous en soyons encore à chasser les monstres et le cauchemar qui en résulte. Là aussi faire prendre conscience du caractère non fatal de cette situation est une des vocations d’histoire et societe. Cela ne peut pas encore se faire au nom d’une force politique mais il y a une évolution. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Une figure très influente du XXe siècle a déclaré : « Les États-Unis d’Europe seront réactionnaires, ou ils ne le seront pas . » Autrement dit : si les bourgeoisies européennes unissent leurs États, elles ne pourront le faire que dans le cadre d’un projet réactionnaire. Continuer la lecture de L’Union européenne a engendré des monstres.
Le « plan américain » celui qui au plan international comme national affirme la survie du capitalisme fut-ce aux dépens du genre humain est ici décrit comme « la privatisation sans fin » l’enrichissement d’une poignée se nourrissant des ressources, de la vie de tous ». La bête sauvage pour reprendre la définition de Hegel n’a plus aucune régulation et le système politique repose sur des sommes de plus en plus colossales avec le spectacle permanent et l’art de noyer les foules sous une accumulation de détails, des cris de haine. Par parenthèse ce qui se passe sur les réseaux sociaux avec les campagnes de haine en particulier contre Fabien Roussel de la part d’une secte chauffée à blanc derrière Mélenchon est insupportable et nous conduit vers ce monde là. C’est pour cela que j’ai été conduite à publier hier la note suivante sur le dévoiement des campagnes électorales en France (1) (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Woody Guthrie chantait fièrement « Cette terre est ta terre, cette terre est ma terre / De la Californie à l’île de New York », mais, en réalité, la privatisation de vastes ressources et richesses publiques est l’une des dynamiques marquantes de l’histoire américaine. L’économiste politique Thorstein Veblen a qualifié ce processus de « Plan américain » : la conversion des ressources publiques en propriétés privées le plus rapidement possible. Continuer la lecture de Le plan américain (de privatisation sans fin) et les élections de 2026, un « modèle » y compris pour la France…
Le secrétaire national du Parti communiste à Pechbonnieu (31)
Le sommet « IA avec nous » s’ouvre à Lille sous l’égide du président de la République. Les enjeux sont immenses. Je partage l’alerte de nombreux scientifiques, intellectuels, citoyennes et citoyens sur les défis de l’intelligence artificielle et fais miens les mots du pape Léon XIV soulignant que nous ne pouvons pas laisser l’IA nuire à ce que notre « magnifique Humanité » a en commun : la vérité, la dignité du travail et la liberté. Ni laisser s’épanouir ses usages guerriers. J’y ajoute la nécessité de maîtriser l’impact écologique de cette technologie. Alors que l’ONU estime que l’IA devrait faire doubler la consommation d’énergie et d’eau des centres de données d’ici 2030, le défi à relever est immense.
Ma conviction est que l’IA sera « avec nous » si et seulement si elle est « à nous ». L’IA pose en grand les questions de la planification de la révolution numérique et de l’appropriation publique et sociale des moyens de production. C’est en répondant à ces enjeux que la France pourra être indépendante, que nous pourrons limiter l’impact écologique, et que l’IA pourra libérer les travailleurs et travailleuses des tâches aliénantes et dégager du temps pour la vie, la création, la délibération collective.
Dans les mains du capital privé, l’IA est une menace. Dans les mains du peuple, elle est un outil au service du progrès social.
Contrairement au récit dominant, l’IA telle qu’elle se déploie aujourd’hui détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée, vampirise et uniformise la création et concentre les gains sur une infime minorité de détenteurs de capital. C’est pourquoi je soutiens la proposition portée par le sénateur communiste Pierre Ouzoulias visant l’instauration d’une présomption d’exploitation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle. C’est un premier pas essentiel.
Laissée aux mains du privé, l’IA ne libérera pas l’être humain : elle le surveillera, le remplacera sans partage des gains, l’appauvrira. La menace n’est pas dans la technologie. Elle est dans son usage et son rapport de propriété. C’est cela qu’il faut penser, changer.
L’heure est à planifier et démocratiser l’IA. C’est parce que nous avons su planifier dans les domaines de l’énergie et de la défense que nous conservons aujourd’hui une relative autonomie.
C’est nécessaire aujourd’hui pour l’IA. La France doit construire un pôle public du numérique doté de véritables moyens ; une recherche correctement financée ; une industrie solide pour disposer des matériels et infrastructures ; une maîtrise souveraine de l’intégralité de la chaîne de valeur – de la fonderie des semi-conducteurs jusqu’aux modèles socles ; un droit de regard des salariés sur les usages de l’IA dans chaque entreprise ; et une formation massive de nos enseignants.
Aucune de ces conditions n’est remplie par l’empilement de milliards du CIR avec ceux des cérémonies Choose France ! Pire, nos jeunes mathématiciens, data scientists, chercheurs en IA sont encore obligés de partir à l’étranger pour travailler. Il y a pourtant un gisement d’emplois immense pour nos jeunes dans les métiers du numérique.
En outre, parce que l’IA ne connaît pas les frontières, développer la coopération est essentiel.
Si nous ne pouvons pas accepter d’être dominés, ne cherchons pas non plus à être les dominants. Privilégions la coopération : les effets d’échelle sont si importants que nous devons construire notre souveraineté en coopération avec d’autres peuples, et d’abord avec nos voisins européens, grâce à une gestion respectueuse et intelligente de nos interdépendances.
La France devrait appeler à construire une coopération internationale publique sur la recherche en IA, avec un partage des infrastructures entre pays du Sud et du Nord, et une gouvernance démocratique mondiale de ces technologies, à rebours de la guerre impérialiste actuelle.
Pour conclure, mesurons que si le capitalisme de plateforme peut générer des profits sans précédent dans l’histoire, sa domination tient sur des bases fragiles. De nombreux chercheurs et experts, des patrons mêmes, nous disent que le dépassement de la propriété privée par la mise en commun qu’incarne le logiciel libre est un moyen efficace pour tenir en respect les géants. Et la logique contamine peu à peu le matériel avec les logiques d’architectures ouvertes.
Concernant les infrastructures, nous rappelons que notre Constitution républicaine dit bien que les monopoles doivent être publics. Alors respectons-la !
Faisons de l’IA un outil de notre émancipation et non une nouvelle arme à la main des puissants !
Samedi dernier, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Toulouse. DDM – LAURENT DARD
Ce samedi 13 juin 2026, Montauban écrit une nouvelle page de son histoire avec la toute première Marche des fiertés de Tarn-et-Garonne. Porté par les associations Pride 82 et Fierté 82, l’événement ambitionne plus que de célébrer la diversité : briser l’isolement, combattre les discriminations et rappeler qu’en milieu rural aussi, les voix LGBTQIA+ ont toute leur place.
Les grands textes du philosophe allemand, ami et complice de Marx, publiés à la fin de sa vie, entre 1883 et 1895, paraissent aux Éditions sociales. La démonstration d’un marxisme vivant, qui prend en compte les évolutions du monde.
L’ouvrage Friedrich Engels, textes politiques 1883-1895 vient d’être publié les Éditions sociales. Une rencontre intitulée « Les leçons du vieil Engels » a permis de mes
Une séance de présentation de l’ouvrage Friedrich Engels, textes politiques 1883-1895 intitulée « Les leçons du vieil Engels » était organisée par la Grande Édition Marx et Engels (Geme) et la Fondation Gabriel-Péri, en collaboration avec les Éditions sociales. Elle a réuni l’historienne Alexia Blin et le philosophe Jean Quétier. La rencontre était animée par Guillaume Roubaud-Quashie, président de la Fondation Gabriel-Péri.
Edgar Morin no Fronteiras do Pensamento São Paulo 2011
La disparition d’Edgar Morin à 104 ans prive le monde éducatif d’une référence majeure. Défenseur de la « pensée complexe », il n’a cessé d’interroger la capacité de l’école à préparer les élèves à un monde marqué par l’incertitude, les interdépendances et les « polycrises ». Son œuvre demeure une source d’inspiration pour repenser les finalités de l’enseignement.
« Notre enseignement nous apprend à séparer, compartimenter, isoler et non à relier les connaissances », écrivait-il, appelant l’école à dépasser le cloisonnement disciplinaire pour mieux comprendre la complexité du réel.
Un hommage à Edgar Morin signé Frédéric Grimaud, professeur, auteur et rédacteur du Café pédagogique.
Un siècle entier à interroger le monde
La disparition d’Edgar Morin, à l’âge de 104 ans, marque sans doute la fin d’une certaine génération intellectuelle française, engagée et lucide. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, sociologue, philosophe, penseur inclassable, Morin aura traversé un siècle entier sans jamais cesser d’interroger le monde. Continuer la lecture de Penser la complexité de l’école avec Edgar Morin (1921-2026)