L’appel de la CGT et de la CFDT à ne pas laisser « la première porte de la République » à l’extrême droite

À deux semaines des municipales, des responsables associatifs et syndicaux signent une tribune invitant à refuser « toute complaisance » avec l’extrême droite

Par Le HuffPost avec AFP
L’appel de Sophie Binet (CGT, à droite) et de Marylise Léon (CFDT, à gauche) à ne pas laisser « la première porte de la République » à l’extrême droite (photo d’archive pris en août 2025).

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
L’appel de Sophie Binet (CGT, à droite) et de Marylise Léon (CFDT, à gauche) à ne pas laisser « la première porte de la République » à l’extrême droite (photo d’archive pris en août 2025).

Des responsables syndicaux et associatifs, en tête desquels les cheffes de la CGT Sophie Binet et de la CFDT Marylise Léon, ont appelé samedi 28 février dans l’hebdomadaire La Tribune Dimanche à refuser « toute complaisance » avec l’extrême droite lors des élections municipales des 15 et 22 mars. Et pour cause : « La mairie, c’est la première porte de la République », expliquent les signataires du texte. Continuer la lecture de L’appel de la CGT et de la CFDT à ne pas laisser « la première porte de la République » à l’extrême droite

Némésis: Le vrai visage, à la croisée de toutes les extrêmes droites

Après nos révélations des échanges confidentiels d’une de ses cadres locales avec des néofascistes lyonnais, le collectif est dans la tourmente. En dépit de ses dénégations, le mouvement cultive bien des liens tous azimuts avec les groupuscules les plus radicaux comme avec le RN ou Reconquête. En arrière-plan, Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin veillent à populariser et financer ses actions.

Alice Cordier du collectif Némésis dans la manifestation parisienne du 8 mars 2025 à Paris.  © Lionel Préau

Pendant plusieurs jours, profitant de la sidération, c’est une vraie fable qu’elles ont dictée. Après la mort tragique, le 14 février, de Quentin Deranque, le jeune identitaire frappé au sol à coups de pied dans la tête par des militants antifascistes à Lyon, les dirigeantes de Némésis ont pu dérouler leur récit des événements, tissé de rumeurs, d’omissions, voire de mensonges.

Voyez ces gentils garçons qui, venus défendre une action pacifique contre la tenue d’une conférence, subissent une attaque au couteau d’antifas menée notamment par une étudiante « identifiée », dont Alice Cordier, cheffe du groupe fémonationaliste, livrera le nom à deux reprises chez Pascal Praud à l’antenne d’Europe 1… Mais rien n’était vrai ! Continuer la lecture de Némésis: Le vrai visage, à la croisée de toutes les extrêmes droites

Municipales 2026 : le Rassemblement national au révélateur local

Après des scores record aux dernières européennes et législatives, le RN aborde les municipales avec plus d’ambition que jamais. Son objectif : gagner des villes pour nourrir son récit de conquête pour la présidentielle 2027, et pousser toujours plus l’union des droites. Le parti d’extrême droite souffre cependant d’un manque d’ancrage local, qui crée de l’incertitude sur le nombre de communes qu’il pourrait conquérir les 15 et 22 mars.

Même des lieutenants du parti, comme sa porte-parole Laure Lavalette, candidate à Toulon, mettent le logo de la flamme en sourdine. © Alain ROBERT/SIPA

Cette fois, le Rassemblement national ne se risque pas à donner des objectifs chiffrés. À une époque où les narratifs politiques comptent plus que les faits, et à un an de la présidentielle, le parti d’extrême droite veut avant tout éviter que ces municipales 2026 soient perçues comme un échec. Comme en 2020, lorsque les ambitions brunes ne se sont pas concrétisées dans les urnes. Quelques mois après des élections européennes qui l’avaient déjà placé en tête, le parti à la flamme espérait alors « une percée » avec 50 communes visées, il n’en a gagné que 13 (deux de plus qu’en 2014). Continuer la lecture de Municipales 2026 : le Rassemblement national au révélateur local

Un 24 février par Jakline Boyer

De la propagande ordinaire en France, une propagande qui sans doute pour la première fois depuis l’union sacrée et à la mort de Jaurès assassiné (dont l’assassin fut gracié comme un patriote) tant le consensus en faveur de la boucherie était total, il n’y a aucun parti, aucune presse pour s’y opposer. Voici une illustration de ce que je décris dans le Zugzwang(1) comme une « censure militaire » décrite par Jakline Boyer dans la manière dont l’UE et son système de propagande a célébré le 24 février 2022. (note de danielle Bleitrach pour histoire et societe)


Publié le 24 février 2026 par Boyer Jakline

Battez, tambours, sonnez, trompettes : 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine. 

Anniversaire : Von der Leyen débarque à Kiev, bouquet de fleurs à la main. Anne Ponsinet, pour France 2, est en direct de Moscou, où  » l’économie commence à donner des signes d’essoufflement ». Bref, les petits plats dans les grands pour conforter le « narratif »  menteur et criminel. Car à quelques centaines de kilomètres de là, les services ukrainiens kidnappent les hommes dans la rue pour les envoyer au front, et à Donetsk, Lougansk on est dans la douzième année de guerre : écoles, hôpitaux bombardés, vie dans les caves, comme l’avait promis le président d’alors Porochenko, des milliers de morts, civils de préférence, femmes et enfants… Tiens, tiens,  cela ne rappellerait pas quelque chose ? Continuer la lecture de Un 24 février par Jakline Boyer

Mort de Susan George, figure altermondialiste et écologiste visionnaire

Susan George s’est éteinte le 14 février. En lutte contre « la classe de Davos », elle avait dénoncé les effets de la révolution verte dans les pays du Sud et mis au jour la fusion entre néolibéraux et néoconservateurs.

Geneviève Azam est économiste, essayiste et membre d’Attac.

Susan George (1934-2026), une voix majeure et une âme inspirante de l’altermondialisme, s’est éteinte le 14 février. Elle était présidente d’honneur de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac) qui lui a rendu hommage dans un communiqué, retraçant les étapes essentielles de son engagement contre ce qu’elle nommera plus tard, « la classe de Davos ». Continuer la lecture de Mort de Susan George, figure altermondialiste et écologiste visionnaire

Dans les conversations secrètes entre Némésis et des néonazis pour agresser des militants de gauche à Lyon

À Lyon, dans des échanges internes datant de l’automne dernier, que l’Humanité dévoile aujourd’hui, les fémonationalistes et d’autres groupuscules d’extrême droite planifiaient, en toute décontraction, de véritables traquenards visant à attirer les militants antifascistes dans des guet-apens.

Ces conversations consultées par l’Humanité éclairent les buts cachés derrière les actions mises en scène régulièrement par les membres du collectif fémonationaliste Némésis. 

Ce mardi-là, vers midi, Némésis planifie sa séquence hebdomadaire d’agit-prop à Lyon, qui pourra, comme de coutume, alimenter les réseaux sociaux. Nous sommes le 14 octobre 2025. La semaine précédente, quelques-unes de ses militantes ont fait un tractage sur le campus Carnot de l’université catholique de Lyon (Ucly) et, satisfaites, elles envisagent d’y retourner le soir même. Sur un canal sécurisé, une cadre du mouvement fémonationaliste local, désignée sous le nom d’Ornella, fait le point avec ses complices. Continuer la lecture de Dans les conversations secrètes entre Némésis et des néonazis pour agresser des militants de gauche à Lyon

Pourquoi les Français ne se révoltent pas (encore)

 

C’est plus simple qu’il n’y paraît de répondre à cette question, il y a en effet deux réponses : la première est que, comme les USA, avec la destruction du PCF, celle du potentiel industriel, il y a eu la fin d’une contreculture, celle des « producteurs », est alors montée comme une illusion, une culture de la consommation et du gadget avec ses bobos à qui on a laissé le « jouet » d’être les maitres du libéralisme libertaire qui permettait un néocolonialisme de fait et l’anticommunisme, la xénophobie baptisée haine des dictatures et avec une répression toujours plus forte des droits du travail et la destruction du service public. Nous sommes donc devant un monde mediatico-politique de danseurs de corde qui cache mal la violence de ses bailleurs de fond. Le cas Macron est exemplaire, bien fol est celui qui sait où il va retomber dans la minute suivante mais que l’on ne se fasse pas d’illusion ce n’est jamais très loin de la caresse espérée du maître US. La seconde raison va dans le même sens, la situation est révolutionnaire mais pour faire la révolution il faut avoir un minimum de confiance en des chefs, des organisations et il est évident qu’il n’y a plus en occident la moindre confiance en quiconque et on les comprend. Il n’est même plus besoin d’aller chercher ses exemples dans la géopolitique, il suffit de voir la manière dont dans ce qui est devenu à Lyon, laboratoire de l’exaspération de toutes les forces politiques à commencer par l’extrême-droite dans ses aspects les plus nazis et royalistes unifiés, mais également les outrances de la droite, celles d’une gauche qui a perdu la boussole, la situation se traduit par une aide manifeste à la montée de l’escroquerie qu’est Bardella. Je ne parlerai pas de Marseille mais ce n’est pas triste (1) (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete).

Carole Augé

La France est en colère. Les sondages le montrent, les conversations privées le confirment, les urnes le murmurent à chaque élection. Colère contre la pression fiscale, contre le déclassement social, contre la perte de souveraineté, contre un pouvoir jugé arrogant et sourd. Et pourtant, rien. Pas de révolution. Pas de soulèvement massif. Pas même une contestation durable capable de faire plier l’exécutif. Comment expliquer ce paradoxe français : un peuple politiquement conscient, historiquement rebelle, mais aujourd’hui immobile ? Continuer la lecture de Pourquoi les Français ne se révoltent pas (encore)

« Une seule peur, que la porte ne cède » : à Lyon, la stratégie de terreur des identitaires contre la gauche

L’affrontement ayant conduit à la mort de Quentin Deranque ne doit pas occulter l’implantation des groupuscules d’extrême droite à Lyon. Laboratoire des idées xénophobes, la capitale des Gaules est régulièrement le théâtre d’attaques à l’encontre des militants de gauche et progressistes.

Le contrôle de la rue fait partie de la stratégie de terreur des groupuscules lyonnais. ©PHOTOPQR/LE PROGRES/Maxime JEGAT

Lyon, envoyé spécial.

« Excusez-moi d’être méfiant, mais avez-vous une preuve d’appartenir à l’Humanité ? » Depuis le jeudi 12 février et la mort du militant nationaliste Quentin Deranque, en marge d’une action des fémonationalistes de Némésis contre la venue de l’eurodéputée Rima Hassan, les étudiants de l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon redoublent de vigilance. « Un groupe Signal (une messagerie cryptée, NDLR) s’est fait pirater et des personnes ont tendu des guets-apens », confie l’un d’entre eux.

Continuer la lecture de « Une seule peur, que la porte ne cède » : à Lyon, la stratégie de terreur des identitaires contre la gauche

Video: 211 MILLIARDS €, la dépense cachée n°1 de l’État (devant l’école et l’hôpital)

💥 211 milliards d’euros donnés chaque année aux grandes entreprises… sans conditions sociales ni écologiques ! C’est la bombe qu’a révélée une commission d’enquête parlementaire menée par les communistes, avec comme rapporteur le sénateur Fabien Gay.

👉 Dans cette vidéo, Fabien Roussel décortique :

✔ combien chaque foyer paie réellement

✔ où va vraiment l’argent public

✔ pourquoi cela creuse les inégalités et fragilise nos services publics

🛑 Il est temps d’exiger que l’argent public serve l’intérêt général : écoles, hôpitaux, salaires, transition écologique et emploi – pas les profits des multinationales.

✍️ Signez la pétition ici : ➡️ https://www.pcf.fr/petition_condition…

👉 Elle demande notamment :

✔ des critères sociaux & écologiques pour chaque aide

✔ le remboursement des aides si une entreprise délocalise

✔ une réduction drastique des subventions non conditionnées

📢 PARTAGEZ cette vidéo partout si vous pensez que l’argent public doit profiter à la population, pas aux actionnaires !

Droit aux vacances, à la santé, au logement… le communisme municipal, pourquoi ça marche ?

Depuis un siècle le communisme municipal œuvre, au niveau local, à l’émancipation des travailleurs et des citoyens. Et s’empare des grands combats à mener, notamment sur le besoin de renouveler la démocratie et d’affronter la question climatique. Deux millions de Français ont aujourd’hui un maire communiste.

En 2026, les communes communistes insistent plus que jamais pour conserver une part importante de logement social, pour ne pas reléguer les classes populaires aux marges des métropoles.

Changer la vie ne dépend pas que de l’élection présidentielle. Les communistes le démontrent chaque jour depuis un siècle. Ils administrent encore aujourd’hui 630 communes. Plus de 2 millions de personnes ont la chance d’avoir un maire communiste ; 20 millions de Français vivent dans une ville comptant au moins un adjoint PCF. Entre les années 1920 et aujourd’hui, les équipes municipales communistes ont répondu aux manques de l’État en menant des politiques innovantes et faisant du commun : incarner la solidarité, développer les services publics, émanciper le temps hors travail.

« Le grand marqueur du communisme municipal, ce sont les politiques sociales, résume Emmanuel Bellanger, directeur du Centre d’histoire sociale du CNRS. Il existe deux grandes matrices. Ces municipalités ont développé le logement social municipal avec les HBM, en s’appuyant sur des offices municipaux. La deuxième est la politique de santé à destination des travailleurs et enfants. On pense immédiatement aux colonies de vacances et centres de santé ».

L’une des premières actions, dans l’entre-deux-guerres, fut de faire reculer l’habitat insalubre qui régnait en lisière des métropoles. Cette politique est née dès les années 1920. Elle s’est poursuivie à la Libération. Et aussi dans les années 1960 et 1970, période durant laquelle la municipalité de Champigny-sur-Marne, avec à sa tête Louis Talamoni, sort des milliers de Portugais d’un bidonville pour les reloger dans des HLM. Et cette politique existe encore aujourd’hui. Maire de Saint-Denis avant 2016, Didier Paillard a fait face à l’installation de camps de Roms sur des friches industrielles. « Au départ, nous avons mis en dignité les habitants, fournissant un accès à l’eau, puis nous avons amélioré l’habitat avec des préfabriqués. En lien avec l’État, nous avons inscrit les habitants dans une démarche d’insertion par le travail pour les adultes, d’inscription à l’école pour les enfants », témoigne-t-il. Petit à petit, les campements ont été résorbés, y compris en accueillant une partie des familles dans le parc de logement public.

Contre les déserts médicaux et pour les logements sociaux

En 2026, les communes communistes insistent plus que jamais pour conserver une part importante de logement social, pour ne pas reléguer les classes populaires aux marges des métropoles.

Dans nombre de villes PCF, on compte plus de 40 % de logement public. C’est cette pratique qui a inspiré la loi solidarité renouvellement urbain (SRU) promue par le ministre communiste Jean-Claude Gayssot, qui exige 20 % de logement social dans les communes en tension. Car la ville est pour toutes et tous.

S’appuyant sur la fiscalité locale dans des territoires abritant de l’industrie, nombre de ces communes ont mis en place des politiques de redistribution, par l’intermédiaire de dépenses sociales élevées. Bien que n’étant pas une compétence communale, la santé s’est imposée comme l’une des politiques publiques les plus importantes dans les villes communistes. « Les dispensaires sont nés dans l’entre-deux-guerres, notamment dans la banlieue populaire. La situation sanitaire y était déplorable », relate Benoît Carini-Belloni, maître de conférences en sociologie de la santé. Dans les années 1930, la tuberculose fait rage. « C’était l’époque où s’organisait la médecine libérale, avec ses principes structurants : la relation directe entre médecin et patient, la fixation libre des honoraires et la libre installation », poursuit-il. L’expression « déserts médicaux » n’existait pas encore, mais c’était déjà un défi.

Dès l’origine, les dispensaires prodiguent une médecine à destination des classes les plus populaires, mais très vite l’objectif devient de permettre un « accès aux soins à toute la population », relate le chercheur. Après la guerre, appuyés par la Sécurité sociale, les centres municipaux de santé (CMS) se multiplient, essentiellement dans les villes rouges, permettant l’accès à la médecine spécialisée (dentistes…) à toutes les populations. C’est un effort important. « Dans les années 1970 à Bagnolet, la santé représentait 17 % du budget municipal », souligne Benoît Carini-Belloni.

Aujourd’hui, le modèle renaît. Les CMS permettent de faire face aux manques de personnel soignant, tant en banlieue qu’en dehors des métropoles. Cela s’accompagne d’une transformation des métiers. « Une nouvelle génération de soignants ne veut plus faire de la médecine comme avant », souligne le sociologue. La nouvelle génération veut travailler en équipe et n’est pas gênée par le salariat, qui permet de concilier vie professionnelle et familiale.

L’attention au temps hors travail marque d’ailleurs profondément le territoire urbain. « L’un des facteurs du communisme municipal est de réconcilier travail et vie sociale. On travaillait et habitait dans la ville rouge. Cela crée du lien social, de l’acculturation politique et de la conscience de classe. En sortant de l’usine, on retrouvera des formes de socialisation qui permettent de se reconnaître dans sa ville. Cela crée une fierté d’être ici quand on vient d’ailleurs », souligne Emmanuel Bellanger. Dans les villes gérées ou anciennement gérées par le PCF, les installations sportives ou culturelles sont ainsi très nombreuses, pour permettre une démocratisation des pratiques.

L’écologie pour se renouveler

Ainsi, on ne compte plus les stades du nom d’Auguste Delaune, dirigeant syndical et fondateur de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT). Ou les théâtres au nom de Jean Vilar ou Gérard Philipe. « Les politiques culturelles sont structurantes. Le théâtre vivant est un marqueur important du communisme municipal. Il participe de l’éducation populaire », expose Emmanuel Bellanger.

C’est dans ce cadre que Jack Ralite, maire d’Aubervilliers, a installé le célèbre Théâtre de la Commune dans sa ville. Cette pratique n’est pas qu’un souvenir historique : Fontenay-sous-Bois est l’une des seules villes à avoir inauguré un théâtre municipal lors du mandat sur le point de s’achever.

Pour beaucoup, l’imaginaire du communisme municipal convoque bien sûr le droit aux vacances. Un droit immortalisé dans la chanson entonnée par les enfants de Bagnolet envoyés en colonie sur l’île d’Oléron dans les années 1930 : « C’est nous, les gosses de la Vignerie/qui bien loin du mauvais air/ont un séjour à la mer. /Les gosses de riches en meurent d’envie. /Le séjour est tellement bon à Oléron. /Et c’est bien grâce aux communistes si les enfants sont si joyeux. » De nombreuses villes disposent donc de colonies de vacances, de résidences ou de campings dans des zones de villégiature, à destination de leurs habitants.

À la ville comme à la campagne (la plupart des 630 maires PCF sont élus dans des territoires ruraux), le communisme local est donc marqué par une façon différente de faire de la politique.

Le personnel politique y est « à l’image du corps social de la ville. Dans une commune ouvrière, le maire était ouvrier. Dans une commune rurale, il était paysan », souligne Emmanuel Bellanger. Si ce n’est plus vrai systématiquement, l’origine sociale des élus est encore plus modeste que pour d’autres familles politiques. « Nos élus sont souvent issus de quartiers populaires, de professions intermédiaires, sont des ouvriers ou employés », relève Pierre Lacaze, responsable aux élections du PCF.

La participation populaire et l’extension de la citoyenneté à ceux qui en sont privés sont ainsi une constante du communisme municipal. Dans plusieurs villes, les consultations référendaires sont nombreuses, notamment sur des projets municipaux concernant les personnes de nationalité étrangère. À Ivry-sur-Seine, il est envisagé pour le prochain mandat de faire participer certains étrangers aux décisions de la municipalité. Il y a deux décennies, à Bobigny, ont été inaugurés les premiers budgets participatifs. Une initiative qui a ensuite essaimé partout en France.

C’est que le communisme municipal cherche à se renouveler. Et la question écologique y contribue. Ces dernières années, avec d’autres, les communistes ont poussé pour un retour en régie municipale de l’eau. Même s’il n’est pas maire, Christophe Lime est président de France eau publique (FEP), qui fédère 160 collectivités qui ont fait le choix de la gestion de l’eau en régie.

« C’est un marqueur communiste, l’eau est un bien commun », relève-t-il, soulevant le « besoin de réinventer un communisme moderne, en lien avec les attentes d’aujourd’hui, avec le développement durable ». Car l’eau publique est un combat en France, où la gestion de l’eau est dominée par deux acteurs privés, la Générale et la Lyonnaise des eaux, devenus Veolia et Suez. La part du public progresse depuis vingt ans, à la faveur du combat d’élus communistes, de gauche et sous l’impulsion de collectifs citoyens. « Alors que le service public recule partout, le seul qui progresse est celui de l’eau et de l’assainissement », se félicite Christophe Lime.

Les municipalités comme « laboratoires politiques »

Si le terme « communisme municipal » fait florès, ce n’est pourtant pas celui qu’emploient les communistes. Dans l’après-guerre, la gestion municipale est même perçue avec un certain scepticisme ; certains y voient une forme de réformisme. Aujourd’hui, le PCF lui préfère le terme de « municipalisme communiste ». « Nous essayons de faire des municipalités des laboratoires politiques. Mais nous n’avons pas affaire à des îlots de communisme dans une société capitaliste », relativise Igor Zamichiei, coordinateur national du PCF. L’échelon municipal montre surtout, selon lui, qu’une « gestion collective, avec les habitants, pour répondre à leurs besoins et qui ne soit pas centrée sur le profit, est possible ». Et qu’elle ne demande qu’à s’étendre, avec en son cœur la question des services publics.

Avec le temps, les originalités du communisme municipal ont été reprises par des équipes municipales d’autres couleurs, et c’est tant mieux. Mais la baisse des dotations aux collectivités locales rend aujourd’hui les expérimentations plus difficiles. Hors de question, pour autant, de baisser les bras pour des élus de combat qui se réinventent.

« La politique, c’est gérer dans le cadre de contraintes et donner du sens politique », rappelle Patrice Leclerc, qui tente de faire évoluer l’action municipale de la ville de Gennevilliers, dont il est le maire. « Notre objectif doit être de promouvoir la démocratie et l’auto-organisation des gens », expose-t-il, avançant deux pistes : la réforme des services publics pour faire plus de place aux usagers, et la démarchandisation. Au cœur du municipalisme doit s’imposer « l’appropriation des conditions de vie par les citoyens ».

Le communisme réside non pas dans « l’utilisation différente qui est faite de l’argent, mais dans la construction politique avec les habitants », estime-t-il, appelant à « démocratiser la commune ». De l’autre côté de Paris, à Bonneuil, Denis Öztorun résume ainsi l’ambition municipaliste des communistes : « Chacune et chacun doit apporter sa pierre au collectif ; chacune et chacun reçoit en retour. Toutes et tous, nous enseignons aux autres et apprenons des autres. En somme, nous faisons de Bonneuil une université populaire à ciel ouvert. » Dans la commune, la mise en commun passe par les citoyens.