Bolloré, Stérin, prêtres influenceurs… comment l’extrême droite séduit les jeunes cathos ?

Crise d’orientation dans un groupe de presse aussi central que Bayard, activisme de milliardaires zélés comme Bolloré ou Stérin, attaques virulentes contre le pape ou la hiérarchie épiscopale, jugés trop « progressistes »… Les signaux se multiplient : à mesure qu’ils deviennent minoritaires dans le pays, une partie non négligeable des catholiques français, notamment les plus jeunes, cède aux sirènes des droites extrêmes.

C’était quelques jours avant la révélation par « l’Humanité » de l’embauche d’Alban du Rostu au sein de la direction du groupe de presse et d’édition Bayard. Après l’annonce mi-novembre du rachat surprise, aux côtés de Vincent Bolloré, d’une école de journalisme, l’ESJ Paris, voilà que l’ex-bras droit du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, à l’origine du plan Périclès pour faire gagner les droites extrêmes dans les têtes et dans les urnes, venait d’apparaître dans l’organigramme interne, placé au service du nouveau président du directoire, François Morinière.

Alors contacté par nos soins, un journaliste du groupe, central dans le monde catholique en France avec ses titres phares comme la Croixle Pèlerin  et, pour la jeunesse, J’aime lireAstrapi ou Okapi, voit la terre céder sous ses pieds. « On ne peut pas laisser Bayard tomber dans les mains de l’extrême droite », souffle-t-il, au diapason avec une majorité de ses collègues qui, en une semaine, feront reculer les actionnaires de la congrégation des assomptionnistes.

Sur le moment, sidéré, il ne cache pas son pessimisme. « Nos lecteurs vieillissent et les jeunes catholiques sont beaucoup plus radicaux que leurs aînés : ils n’aiment pas l’œcuménisme, l’ouverture à l’étranger, les débats et le consensus, tout ce qui faisait l’équilibre de notre ligne éditoriale. Pour eux, ceux qui défendent les chrétiens aujourd’hui, ce sont des figures comme Bolloré et Stérin en France, ou Trump dans le monde… Et plus vraiment le pape François, ou Bayard ! »

À Bolloré la propagande, à Stérin le financement de la « rechristianisation »

Crise dans le microcosme de la presse catholique, révélateur dans le macrocosme de l’Église en France. Tandis qu’Alban du Rostu avance dans le Point qu’il venait chez Bayard sans rôle éditorial, juste pour « ouvrir des parcs « Petit Ours brun » », Fabien Lejeusne, supérieur provincial d’Europe des assomptionnistes, tente de rassurer dans un courrier adressé aux auteurs jeunesse, pas complètement convaincus, même après le recul du groupe : « Il n’y a pas de bascule idéologique, nous nous tenons au milieu de la nef, ni traditionalistes, ni progressistes, ni extrême droite, ni extrême gauche. »

L’ennui, c’est qu’à mesure que cette nef se vide de ses fidèles, de gros ours bruns rabattent, à coups de milliards d’euros, la doctrine sociale de l’Église sur leurs propres névroses et, comme le souligne le politiste Yann Raison du Cleuziou, qui a notamment codirigé la précieuse somme « À la droite du Père, les catholiques et les droites de 1945 à nos jours » (le Seuil, 2022), les fidèles qu’ils appellent « observants », calés sur les positions les plus conservatrices, gagnent en visibilité et en influence, quand les autres courants se rétractent…

Dans le paysage, les rôles sont bien répartis. À Bolloré le conditionnement de l’opinion et la propagande : au-delà de « Paris Match » (désormais aux mains de Bernard Arnault) , Europe 1 et le « JDD », sa chaîne CNews a disputé à KTO la diffusion de la cérémonie religieuse des Holy Games sous la houlette de l’épiscopat français. À Stérin l’occupation de tous les terrains : à travers sa philanthropie, avec son Fonds du bien commun, mais aussi via des initiatives comme la Nuit du bien commun qu’il a cofondée, il finance à fonds perdu tout ce qui permet de « rechristianiser » le pays, des maisons de retraite aux patronages, en passant par les calvaires ou les écoles privées, sans oublier son projet Monasphère, abandonné devant les protestations, de créer des lotissements chrétiens…

Et des tas d’autres acteurs, plus modestes, prennent le relais, à droite et à l’extrême droite, pour taper comme des sourds sur le pape, jugé trop « progressiste » ou négligeant la « fille aînée de l’Église », sur les évêques décrits comme timorés, sur les curés qui, dans leurs homélies, ne parleraient jamais des sujets qui fâchent, comme l’avortement ou la fin de vie… Ou même sur le couturier Jean-Charles de Castelbajac qui a, selon ces voix, transformé la réouverture de Notre-Dame en « carnaval » en habillant les prélats avec ces couleurs chatoyantes, « de mauvais goût » et surtout en décalage avec la ligne liturgique du concile de Trente entre 1545 et 1563…

Un goût prononcé pour le culte le plus fastueux et rigide

Sans aller jusqu’à une nouvelle contre-réforme, les jeunes catholiques, devenant minoritaires et se vivant comme menacés par les musulmans, se constituent plus que jamais en contre-culture. Avec des codes vestimentaires, comme la soutane de retour chez les prêtres et pour les laïcs le sweat de la « Manif pour tous » ou les pantalons aux couleurs vives prisés dans les collectifs d’agit-prop réactionnaires (Hommen, Veilleurs, Sentinelles…). Mais surtout une fluidité totale entre des courants jadis séparés, avec un goût prononcé pour le culte le plus fastueux et rigide.

« Le vrai clivage n’est pas entre traditionalistes et charismatiques, mais entre ceux qui prennent le tournant du christianisme identifié et décomplexé et ceux qui restent dans l’Église des années 1980, où il faut s’excuser d’être chrétien », expliquait à « la Vie », il y a une dizaine d’années, l’abbé Grosjean, prêtre du diocèse de Versailles (Yvelines), qui fait figure d’ancêtre parmi les influenceurs cathos. Star de ces réseaux aujourd’hui, frère Paul-Adrien confirme, sur la base d’un « sondage » au sein de sa communauté numérique : « Ce que veulent les jeunes chrétiens en France, c’est plus de fermeté doctrinale, plus de sacré à la messe, et qu’on leur donne enfin les moyens d’être fiers de leur foi et de pouvoir le dire dans la société. »

Le temps joue en faveur de ces nouveaux « rebelles » de la foi, et ils le savent : alors que les séminaires diocésains subissent de plein fouet la crise des vocations, ceux des communautés, comme celle de Saint-Martin avec son décorum spectaculaire et ses moyens considérables – Proclero, son fonds d’investissement, détient des actifs d’une valeur de 100 millions d’euros –, font le plein et occupent désormais une place de premier rang dans les ordinations en France.

Une radicalisation encouragée sous Jean-Paul II et Benoît XVI

Moins nombreux mais plus visibles, les catholiques conservateurs cherchent toujours à frapper la rétine et les esprits. Ce qui ne va pas sans crispations dans tout le pays : à Solignac (Haute-Vienne), à Lagrasse (Aude) ou ailleurs, les prétentions expansives de religieux particulièrement intransigeants suscitent la colère des voisins des abbayes. À l’échelle nationale, les initiatives se multiplient pour réinstaller les catholiques conservateurs dans le débat et l’espace publics.

Pour les élites, il y a, depuis 2023, un « dîner des bâtisseurs », et de son côté le patronat chrétien se relance. Pour les masses, plus bourgeoises que jamais chez les pratiquants, les occasions de défiler ne manquent pas, de la prière de rue après la cérémonie jugée « blasphématoire » des JO aux sept routes de Notre-Dame cet été. Ces dernières années, un rendez-vous s’est imposé entre tous : le pèlerinage de Chartres, organisé autour de la Pentecôte par les traditionalistes de Notre-Dame de chrétienté et dont CNews a diffusé en direct la messe en latin qui l’a conclu. Un événement qui rassemble près de 20 000 participants.

Extrême droite et cathos : à la tête de la reconquista digitale, des influenceurs de combat + adresse au préfet

Ils maîtrisent les codes et les hashtags, ils connaissent la musique et multiplient les clins d’œil. Mais avec le soutien de Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin, ce sont les idées les plus réactionnaires que ces nouvelles stars de la cathosphère servent à leurs dizaines de milliers de followers.

Fin 2023, le père Matthieu Jasseron, curé de Joigny (Yonne) jusqu’à son départ de l’Église en octobre, a cessé d’abreuver son 1,2 million d’ouailles sur TikTok de propos ouverts et hétérodoxes, notamment sur l’homosexualité. En avril 2024, il a cédé son compte à l’entrepreneur Olivier Bonnassies, coauteur d’un livre avec le frère de Vincent Bolloré. Le père Matthieu a aussi transmis sa plateforme Theostream aux « tradismatiques » – fusionnant renouveau charismatique et traditionalisme – de la communauté de l’Emmanuel. Continuer la lecture de Extrême droite et cathos : à la tête de la reconquista digitale, des influenceurs de combat + adresse au préfet

Le PCF affiche ses ambitions pour le pays et pour la gauche (la feuille de route)

Les 500 délégués à la conférence nationale du PCF invitent la gauche à échanger sur les obstacles qui l’empêchent d’être, pour l’heure, majoritaire dans le pays. Le Parti communiste entend y contribuer avec ses campagnes pour la paix et l’emploi dans l’industrie et les services publics.

Samedi 14 décembre, les 500 délégués du PCF réunis à l’occasion de la conférence nationale ont invité la gauche à échanger sur les obstacles qui l’empêchent, pour l’heure, d’accéder au pouvoir.
© Samir Maouche pour L’Humanité 

 

Un avertissement. « Dans une France où la température a augmenté de 4 degrés, les « jours heureux », on peut oublier », prévient Amar Bellal, l’un des 500 délégués de la conférence nationale du Parti communiste français réunis samedi 14 décembre.

Un rendez-vous pour dresser le bilan des deux années écoulées, déterminer les batailles prioritaires sur lesquelles le PCF doit s’engager et aborder les prochaines échéances électorales. « Le principal problème du Parti est qu’on est trop identifiés aux enjeux du passé », a souligné le responsable écologie. D’où, selon lui, le bon accueil réservé partout en France aux échanges sur le plan climat « Empreinte 2050 » du PCF pour décarboner l’économie : « Ce qui a plu est qu’on est tournés vers l’avenir. »

Télécharge la feuille de route adoptée samedi

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Quelles luttes féministes face à l’extrême droite ? (En débat)

Le camp réactionnaire a le vent en poupe en France, le RN et ses alliés comptent 143 députés à l’Assemblée nationale. Dans ce contexte, les organisations et militantes pour les droits des femmes sont en première ligne de la bataille.

Dans la manifestation féministe contre l’extrême droite, à Paris le 23 juin 2024. © Emmanuelle Thiercelin/divergence-images crédits

 

Comment organisations et associations féministes ont-elles réagi à la séquence de la dissolution entre les élections européennes et législatives ? Comment mènent-elles leur combat contre les régressions et les conservatismes ? Un débat intitulé « Front féministe contre front réactionnaire » s’est tenu en septembre à l’Agora de la Fête de l’Humanité, réunissant quatre militantes féministes.

Comment vous et vos organisations féministes vivez-vous cette séquence politique depuis la dissolution ? Continuer la lecture de Quelles luttes féministes face à l’extrême droite ? (En débat)

Hausse des risques psycho-sociaux à l’Education nationale in Caf. Péda.

Les Ressources Humaines et l’Éducation nationale, tout un programme ! 65% des enseignants se déclarent insatisfaits ou plutôt insatisfaits du parcours RH. Les attentes des personnels montrent l’écart avec la gestion. Selon un rapport « la fonction Ressources Humaines au Ministère de l’Éducation nationale » publié fin octobre, les « objectifs de gestion, essentiellement quantitatifs, ne répondent pas entièrement à la demande d’une gestion RH plus qualitative », pointant plus largement une qualité de vie au travail insatisfaisante. Les risques psycho-sociaux sont en hausse. Les personnels de l’Éducation nationale souffrent d’un manque de reconnaissance, d’un mal-être dont la crise du recrutement et les démissions en hausse des enseignants sont les signaux. En cause, le rapport évoque le manque de pilotage structuré, des raisons structurelles d’insatisfaction quant à la mobilité. Le rapport pointe également des choix du ministère : réformes successives, manque de formation, salaires dévalorisés.

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FIMUREX: STOP aux licenciements (Pommevic)

Les travailleurs-es se sont réunis en assemblée générale sous l’impulsion d’Emmanuel Petit, délégué syndical CGT de Fimurex, société de la métallurgie de 74 salariés située sur la commune de Pommevic.

Une assemblée générale qui avait lieu devant les locaux de l’entreprise avec le soutien de l’UD et de l’UL Ouest 82 de la CGT.

Pendant ce temps, en réunion exceptionnelle du CSE, la direction avait annoncé sa volonté de supprimer 5 emplois avec licenciement, suite à une baisse des ventes de leurs produits. La société n’a pas cherché à proposer des préretraites ou à utiliser la clause des départs volontaires ni même suspendre les contrats intérimaires pour supprimer les 5 emplois  qu’ils jugent « en trop ». En revanche, ce sont des emplois CDI qui sont menacés.

En s’engageant dans cette voie, la société FIMUREX, filiale du groupe SINDEX, s’est mise dans l’illégalité pensant que personne ne viendrait protester. Les élus du CSE ont demandé une expertise de la société puisque la direction ne donne des informations qu’au compte-goutte et pour le moment aucune négociation n’est possible en l’absence d’informations fiables. La direction locale est dépendante du groupe SINDEX, celui la même qui vient d’investir 4 millions d’euros au Sénégal.

« Ce n’est donc pas un problème financier mais bien une volonté de détruire des emplois ici, de partitionner cette entreprise » a rappelé Christophe Couderc (UD 82) qui a précisé lors de l’AG que le rapport de force était en faveur des travailleurs-ses et que se sont eux qui ont les clefs de la lutte et des victoires possibles car l’objectif est bien de faire reculer les dirigeants et leur signifier qu’il ne peuvent pas jouer comme cela avec les emplois et les familles qui en dépendent. Il a réaffirmé avec force la présence  de la CGT à leurs cotés pour les soutenir!

Alerté, Franck Cimpello s’est joint aux travailleurs-ses, apportant ainsi la solidarité des communistes de la section Castel/Moissac/Valence au cours des discussions et rencontres qui se sont poursuivies dans la journée.

« Nous serons attentifs à l’évolution de la situation et il n’est pas question de sacrifier les salariés-es sur l’autel de la rentabilité », affirmait-il tout en rappelant en aparté la lutte contre la fermeture de INVIVO il y a une quinzaine d’années dont le coût…

Une situation à suivre de près!

« Les Nouveaux Seigneurs » de Jean-Baptiste Forray : « La Sologne est le laboratoire du séparatisme des ultra-riches »

En Sologne, les grandes fortunes organisent leur sécession. C’est là que nous emmène le journaliste Jean-Baptiste Forray dans son livre « les Nouveaux Seigneurs » : un territoire totalement balafré par plus de 4 000 kilomètres de clôtures et où, derrière leurs murailles, de grands noms du capitalisme français abattent à cœur joie et en quantité industrielle un gibier lui-même privatisé…

« Lors des chasses, ils ne prennent plus la peine de dire aux rabatteurs où se trouve l’animal qu’ils ont tué », explique Jean-Baptiste Forray.
© Jean Daniel Sudres / JEAN DANIEL SUDRES / Aurimages via AFP

 

Dans une roborative enquête fourmillant de noms et de détails, le journaliste Jean-Baptiste Forray nous fait pénétrer derrière les hautes clôtures des vastes domaines où les ultra-riches s’adonnent, sans foi ni loi, à leur passion d’une chasse totalement dérégulée. Un loisir décrit par l’auteur comme de la « porno-chasse » mais qui n’en finit pas de saccager la biodiversité comme d’exaspérer les populations locales. Et dès lors, c’est aussi l’histoire d’une fronde qui s’organise.

Ils donnent son titre à votre livre offrant une plongée en profondeur dans une Sologne confidentielle et secrète… Qui sont ces « nouveaux seigneurs » ? Continuer la lecture de « Les Nouveaux Seigneurs » de Jean-Baptiste Forray : « La Sologne est le laboratoire du séparatisme des ultra-riches »

Lettre du PCF au Président de la République…

Ce texte adressé au président de la République est signé par Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, André Chassaigne, député, président du groupe GDR, Cécile Cukierman, sénatrice, présidente du groupe CRCE.K. Contrairement à certaines réactions qui le cœur en écharpe et affilié depuis des années au soutien à Mélenchon et à toutes les social-démocraties en feignant la radicalité, je n’y vois que prudence et bon sens. Et surtout, dans sa rédaction actuelle, elle laisse au conseil national, éclairé par les débats de la conférence nationale mais demeurant le seul juge, la possibilité de trancher, ce qui n’est pas le cas des autres forces politiques qui ont choisi sans consultation des mesures aussi graves qu’exiger la démission du président ou leur participation à des gouvernements.

1) Que le PCF ne considère pas comme l’exploit du siècle le vote de la motion de censure mais s’y soit résigné parce que c’était le seul moyen de bloquer cette perte de revenus pour les retraités, les citoyens, les communes, perte de subventions pour les associations, perte de fonds pour nos hôpitaux, l’éducation, manque de moyens pour la justice, la sécurité et la transition écologique est juste. C’est exactement à cause de cela que 54% des Français l’approuve sans partager l’extase du groupe LFI. D’ailleurs le RN qui tente par tous les moyens d’être ce que les communistes ont été pour le peuple français, une voix de bon sens, proche du peuple, parlant d’une seule voix, sans divisions inutiles et querelles perpétuelles, ont joué dans le registre modeste.

2) Car comme dit également le texte nul ne peut se satisfaire de l’instabilité actuelle. Il y a des décisions à prendre, des urgences, par exemple la multiplication des fermetures d’entreprises, le désarroi de nos paysans, les guerres… la baisse de notre niveau d’éducation, la guerre donc personne ne peut accepter de ne pas tout faire pour que les problèmes soient réglés. La mesure préconisée par Fabien Roussel de “nationalisation” temporaire ou définitive, l’interdiction des licenciements boursiers, doit être comme les six mesures du conseil national au centre de la conférence nationale.

3) Il y a un problème démocratique dans le fonctionnement de nos institutions, cette crise le prouve. A ce propos on peut considérer qu’une telle lettre devrait soulever lors de la conférence du parti une exigence concernant la Constitution, la Ve République n’est pas plus que l’Europe actuelle en situation de fournir un cadre démocratique juste et efficace, pour le moment il va falloir procéder d’une manière inusitée en tenant compte du poids réel de la gauche dans la représentation nationale. La rédaction du texte ne va pas au-delà du mandat du Conseil national et c’est une bonne chose.(1)

4) Avec beaucoup de réalisme et de lucidité, cette lettre collective ne se lance pas dans l’idée d’une participation à un gouvernement macrocompatible comme ont cru devoir le faire les socialistes. Ni dans une exigence de démission du président de la République et il faut être aussi hors sol que certains “radicaux” pour ne pas voir qu’une telle revendication est celle qui conduit le plus directement vers le rassemblement national. C’est un choix qui ne semble pas étranger à Macron et ceux dont il est le fondé de pouvoir, il est inutile d’aller au-devant de leur tactique. Il faudrait au contraire passer le temps qui nous sépare de cette échéance à faire la preuve de l’efficacité des communistes, de la gauche, des syndicats sur les problèmes concrets et arrêter ce cirque et sa confusion.

5) En l’état et en attendant la discussion collective cette lettre est ce qui est le plus en conformité avec ce qu’ont décidé les instances du parti et qui parait également le plus proche des inquiétudes populaires. Elle a en outre l’immense mérite d’être en conformité avec les exigences de toute la gauche et de ne pas intervenir en quoi que ce soit comme un facteur de division.

Danielle Bleitrach

PS je signale si certaines âmes sensibles avaient de la peine pour Barnier que comme les ministres présidents qui en général ont connu un job moins éphémère il part avec quelques consolations :

  • 44 730€ d’indemnité de départ 1 voiture/chauffeur à vie
  • 150 000€ par an pour ses frais

(1) A partir du moment où on est républicain et le socialisme à la française est républicain, il y a une constitution et un état de droit. On doit dénoncer la Constitution de la Ve comme l’ont toujours fait les communistes mais aussi en tant qu’élus du peuple la respecter et il faut apprécier l’attitude des communistes par rapport au dilemme constitutionnel, ce qui donne tout son prix alors la “distance” de cette lettre avec d’autres choix.

Quand on critique la Constitution il faut le faire en connaissant sa logique de fonctionnement. Mais aussi en quoi actuellement elle révèle dans ses blocages un processus plus fondamental. Actuellement tant dans les constitutions que dans l’évolution de leur fonctionnement, il y a des blocages qui montrent en quoi ces institutions parce qu’elles sont faites pour maintenir les pouvoirs en place tendent vers le fascisme pour empêcher le socialisme.

En ce qui concerne la Constitution française, tous les commentateurs ont pris acte du fait que la Constitution française de la Ve, conçue comme la plus monarchique par De Gaulle avait abouti à un retour au parlementarisme après la dissolution… ce qui reste théoriquement dans l’ordre d’un simple changement insitutionnel.

Face à ce qui s’est passé à la suite de la dissolution et en prenant au pied de la lettre la dite Constitution, il faut partir du fait que le président de la Ve République a un rapport direct avec le peuple souverain, il nomme le premier ministre mais ce sont les citoyens qui ont fait le choix. Quand le président à une majorité, pas de problème, mais les Cohabitations montrent que le président n’est pas maître du choix, il doit nommer le chef de la majorité issue des urnes. D’ailleurs quand Jospin propose de passer du septennat au quinquennat, des législatives dans la foulée de l’élection présidentielle c’est parce que, vu les manipulations mitterrandiennes face à l’inconfort des cohabitations où effectivement le président avait du nommer le choix de l’électeur et pas le sien, en particulier son invention de l’extrême-droite comme rabatteur, il s’agissait de continuer pour Jospin de s’assurer la majorité et le confort de nommer.

Oui mais voilà au plus fort de la contestation du pouvoir, le répulsif RN est devenu choix… C’est là que vient à Macron à l’idée folle de dissoudre alors que lors des européennes le choix du peuple s’est porté sur le RN et il n’a plus de majorité. Dissoudre est soit une folie qui lui assure temporairement une majorité républicaine tous contre le RN soit il a choisi de voir lui succéder l’extrême-droite, lui ou ses bailleurs. Ce qui arrive n’est après la dissolution n’est pas la cohabitation à cause du front républicain, l’opération mitterrandienne qui cette fois mène au chaos avec le poids des insoumis qui ne rêvent que présidentielle avec leur chef ou un de ses suppots. Et donc on en revient au parlementarisme tel qu’il fonctionne dans d’autres pays d’Europe, l’Allemagne par exemple. Le groupe arrivé en premier est celui dans lequel le président (qui depuis la dissolution et même avant a perdu son influence y compris sur son propre groupe) doit accepter le choix. En l’occurrence c’était tant qu’ils demeuraient unis le NFP. Mais demeurer unis sous la férule de Mélenchon s’avérait déjà difficile mais avec l’obsession présidentielle de Mélenchon cela devenait impossible.( Olivier Faure vient d’ailleurs de porter un coup de grâce à ce regroupement électoral en allant seul voir Macron, il joue entre son congrès et les municipales mais il risque de perdre les deux ce sera la dernière œuvre de Mélenchon qui perd là définitivement d’ailleurs toute possibilité d’être président).

Donc si les institutions de la Ve avaient viré au parlementarisme sans trop de heurt, le président aurait dû faire appel au groupe NFP et lui laisser faire la preuve qu’il savait jouer le jeu des majorités suivant les propositions. Et si cela s’avérait impossible pour diverses raisons dont dans ce cas la fièvre de la LFI à jouer le tout ou rien en espérant la fin et bis repetita la démission du président, en fait dans ce cas le président consulte sa deuxième force le Rassemblement national et à son tour de négocier la pratique gouvernementale. Bref quand Macron se plaint que ces gens là n’ont pas joué le jeu qui lui permettait d’avoir les mains libres pour s’assurer dieu sait quoi, peut-être le rêve d’une présidence européenne?

Notez bien que toute l’agitation retombe toujours sur le dit RN, qu’il s’agisse de la division du groupe NFP ou de son échec par refus de transiger, on retombe toujours sur la nécessité de faire appel à eux. Et comme l’obsession présidentiable de Mélenchon va dans le même sens on voit à quel point cette Constitution telle qu’elle a été conçue puis pratiquée ne peut mener qu’à l’extrême-droite qui est devenu le visage du souverainisme et face à la disparition de l’alternative socialiste la seule manière pour les peuples de croire exprimer patriotisme et même lutte des classes.

Une grève réussie : « La colère est grande dans l’Éducation nationale »

Jeudi 5 septembre 2025, la grève a été massive : 55% de grévistes dans les collèges et lycées selon le syndicat majoritaire du Second degré et 65% dans le 1er degré. Cette mobilisation traduit à la fois une grande colère et un profond malaise de la profession. L’ensemble de la communauté éducative s’est largement mobilisée contre les réformes, les suppressions de postes, et plus largement contre une politique du mépris, du « moins » pour l’Ecole et du « toujours plus » pour les personnels. Tous les manifestants expriment un énorme ras-le-bol dans les cortèges partout en France. Continuer la lecture de Une grève réussie : « La colère est grande dans l’Éducation nationale »

« Je n’assumerai jamais l’irresponsabilité des autres » : Emmanuel Macron plus arrogant que jamais

Le président de la République a rejeté toute responsabilité dans la crise politique en cours, qu’il a provoquée avec la dissolution de l’Assemblée en juin et la nomination de Michel Barnier à Matignon, au mépris du résultat sorti des urnes. Isolé comme jamais depuis la censure votée par les députés contre son premier ministre, il appelle désormais à un gouvernement « d’intérêt général » sans en préciser la feuille de route, à part celle de refus d’une hausse des impôts.

Emmanuel Macron s’emmure dans le déni.
© Hubert Psaila Marie/ABACA

Emmanuel Macron est toujours dans le déni. Plus que jamais. La chute de Michel Barnier, premier ministre qu’il avait choisi après deux mois de réflexion, une durée exceptionnellement longue, jamais vue dans l’histoire de la Ve République ? Ce n’est pas sa faute. Rien à voir avec les décisions prises à l’Élysée. « Je n’assumerai jamais l’irresponsabilité des autres », a assené le président de la République, lors de son allocution télévisée de jeudi soir. Le chef de l’État s’en est pris aux autres, à ces députés coupables d’avoir voté une censure de l’exécutif « avant Noël ». Le tout malgré des « concessions faites à l’ensemble des groupes ».

On cherche encore pourtant les concessions faites à gauche… « L’extrême droite et l’extrême gauche se sont unies dans un front antirépublicain », ose même dénoncer Emmanuel Macron, traçant un parallèle odieux et dangereux entre le Nouveau Front populaire (NFP) et le Rassemblement national (RN). Le tout alors que c’est lui qui, en envoyant Michel Barnier à Matignon, en lieu et place de la gauche qui était arrivée en tête des législatives, a sciemment placé l’ancien premier ministre en situation d’usurpateur qui ne pouvait tenir que grâce à l’extrême droite. Continuer la lecture de « Je n’assumerai jamais l’irresponsabilité des autres » : Emmanuel Macron plus arrogant que jamais