Face aux difficultés du tissu industriel français, symbolisées par la récente liquidation judiciaire de Brandt, le communiste Aymeric Seassau appelle l’État à agir et dénonce le rôle du capital.
Aymeric Seassau, Membre du CEN du PCF, responsable à la nouvelle industrialisation
« Cette situation crée, dans le pays, un sentiment d’injustice et de colère très fort. Il est urgent d’y apporter des réponses, d’autant que l’extrême droite rôde et surfe sur ce désespoir », analyse-t-il.
Pourquoi appelez-vous à sonner « l’état d’urgence industriel » ?
Cet appel part d’un constat. La France et son appareil productif sont arrivés à un point de non-retour : nous sommes le tout dernier pays d’Europe en part de l’industrie dans le PIB. Peut-on vraiment vivre dans un pays dans lequel 78 % des médicaments, 87 % des vêtements et 92 % des équipements électroniques consommés sont produits à l’étranger ?
D’autant que c’est encore en train de reculer puisque avec la liquidation de Brandt, on perd le dernier producteur de cuisson en France. C’est grave pour la nation tout entière pour notre souveraineté de production, pour la transition écologique, puisqu’en perdant notre industrie, on en vient à importer de l’autre bout du monde ce que l’on pourrait fabriquer ici.
Et c’est grave pour la balance commerciale, l’emploi, et donc la protection de la protection sociale. C’est pour cela que nous lançons un cri d’alerte en appelant à l’état d’urgence industriel. Notre pays ne peut plus laisser cette casse se poursuivre. Il ne s’en remettrait pas.
Que symbolise, selon vous, la récente liquidation de Brandt ?
C’est un cas qui est extrêmement éloquent, mais il y en a d’autres : Mittal, Vencorex… Le premier responsable de cette situation, c’est le patronat, qui organise un grand déménagement industriel depuis plusieurs années. Et qui, comble de l’indécence, s’emploie dans le même temps à capter les politiques publiques en direction des entreprises pour alimenter le capital et reverser des dividendes record.
Disons les choses : en France, nous avons l’un des patronats les moins patriotes du monde puisque nos grands groupes ont 62 % de leurs emplois à l’étranger, contre 38 % en Allemagne et 28 % en Italie. Une situation amplifiée par l’abandon de l’État, symbolisé aujourd’hui par Emmanuel Macron, qui promeut la start-up nation au détriment de la France des usines.
Cette situation crée, dans le pays, un sentiment d’injustice et de colère très fort. Il est urgent d’y apporter des réponses, d’autant que l’extrême droite rôde et surfe sur ce désespoir.
Le PCF a mené une campagne sur le thème de l’industrie ces dernières semaines. Un tour de France a été réalisé pour recueillir doléances et propositions. Que retenez-vous de ce travail de terrain ?
Nous disons une chose : si l’État ne peut pas tout faire, l’État ne peut pas non plus ne rien faire. Il y a des mesures simples qui peuvent être prises dès maintenant. Comme déclarer un moratoire sur les licenciements pour ne plus perdre d’emplois industriels, réformer les tribunaux de commerce pour que les demandes des salariés soient entendues, notamment lorsqu’ils se prononcent en faveur d’une proposition de reprise favorable à l’emploi et à l’écologie.
Mais aussi se doter d’un pôle public bancaire, composé de la Caisse des dépôts, de la BPI (Banque publique d’investissement, NDLR) et de la Banque postale, pour en faire un levier économique nous permettant de nationaliser des groupes stratégiques. Mais aussi travailler sur la formation : il faut savoir qu’il existe beaucoup d’emplois industriels non pourvus en France par manque de compétences.
Cela suffira-t-il à faire vivre cette « nouvelle industrialisation » que vous appelez de vos vœux ?
Lorsque nous disons « nouvelle industrialisation », ça ne veut pas dire revenir à l’état antérieur. Mais en créer une qui répond aux enjeux de notre temps, en particulier la transition écologique. Il faut planifier une nouvelle stratégie industrielle nationale où l’État comme les travailleurs jouent pleinement leur rôle, notamment en sécurisant l’emploi et la formation, en reconstruisant et en défendant des filières industrielles stratégiques, en mobilisant les marchés publics pour favoriser le « produire en France »…
Et cela veut aussi dire relocaliser, conditionner les aides publiques à des objectifs décarbonés, peser sur la concurrence déloyale lorsque des produits interdits de production sur le territoire européen sont importés et mettre en place des barrières pour empêcher les produits nocifs et nuisibles pour le climat sur le continent.
Que répondre à ceux qui vous diront que nationaliser coûte cher ?
Nous proposons un plan de 100 milliards pour nationaliser lorsque c’est nécessaire et ainsi empêcher la casse de notre appareil productif dans nos territoires. On peut penser que c’est une grande somme, mais, en comparaison, nous déboursons aujourd’hui 211 milliards par an en aides aux entreprises, que ce soit des aides directes ou indirectes. Soit le double de ce qui est alloué aux collectivités territoriales. Quel est ce pays qui investit davantage dans le capital que dans la sauvegarde de ses emplois et ses services publics ?
Par Mathilde Touvier, Directrice de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inrae, Cnam, Université Sorbonne Paris Nord, Université Paris Cité, Université Paris Cité et Bernard Srour, Chercheur en épidémiologie au CRESS-EREN (INRAE, Inserm, Université Sorbonne Paris Nord, Université Paris Cité), titulaire de la chaire de Professeur Junior INRAE sur les rythmes alimentaires, et coordonnateur du Réseau NACRe (Nutrition Activité physique Cancer Recherche)., Inrae; Inserm
Un article encore plus explicite de John Bellamy Foster. Nous avons besoin de beaucoup de travail, il y a tant de choses à lire, à connaître et nous avons une telle crasse intellectuelle, qui dans la dérive politique qui s’est imposée en France, depuis l’eurocommunisme et s’est magnifié dans la débâcle de la gauche qui se poursuit, nous sommes dans une désagrégation « anomique » qui dépasse la volonté des individus et se traduit par un narcissisme pathologique, une limitation de l’horizon à de petites ambitions. On se demande parfois s’il est possible de reprendre pied tant il y a une manière de se vautrer dans l’ignorance des certitudes, le refus des débats sur le fond, c’est ce que je tente d’aborder dans le petit « cahier » que je viens de terminer, je crois que je jette les jalons d’une analyse. Au risque de vous étonner je crois que nous avançons. Nous ne partageons pas nécessairement tous les attendus de ceux qui tentent de sortir du marasme, mais il faut mettre en évidence les convergences. John Bellamy Foster a raison de refuser l »économisme » technocratique et d’accepter de comprendre la relation de Marx à Hegel, la critique de l’économie politique, la relation dialectique aux forces productives, Marx est d’abord la force du vivant. (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)
Durant la révolution industrielle du XIXe siècle en Angleterre, Newcastle était au cœur de l’industrie charbonnière. L’expression « transporter du charbon à Newcastle » désignait le fait d’acheminer inutilement une ressource précieuse vers un lieu où elle était déjà abondante.
Pour un penseur occidental, parler de civilisation écologique (ou écocivilisation) à un public chinois revient à apporter du charbon à Newcastle, car c’est en Chine que ce concept est le plus développé. Je soutiendrai néanmoins que la notion d’écocivilisation est intrinsèquement liée au marxisme. Par conséquent, cette intervention examinera le concept d’écocivilisation dans une perspective marxiste écologique élargie. À cet égard, je formulerai dix thèses préliminaires sur l’écocivilisation.
Le concept de civilisation écologique trouve ses origines dans le marxisme et est intrinsèquement socialiste. Apparu comme perspective systématique à la fin des années 1970 et dans les années 1980 en Union soviétique, inspiré par la pensée écologique de Karl Marx, il fut immédiatement adopté par les penseurs chinois. Il demeure pratiquement absent en Occident à ce jour, car il est radicalement éloigné de la notion de civilisation capitaliste, ainsi que des conceptions eurocentrées de la modernité .
(2) La perspective philosophique fondamentale de l’écocivilisation a des racines profondes dans les notions de modernité des civilisations anciennes, ou de la relation humaine active avec le monde organique-matériel, telles que décrites par les penseurs marxistes Joseph Needham et Samir Amin dans leurs critiques de l’eurocentrisme.
Cette perspective philosophique organico-matérialiste a émergé durant ce que l’on appelle l’Âge axial, notamment dans la civilisation hellénistique et pendant la période des Royaumes combattants en Chine, entre le Ve et le IIIe siècle avant J.-C. Marx lui-même a adopté dès le départ une vision organico-matérialiste, développant une conception de l’être humain comme être de nature auto-médiateur qui rompait avec le mécanisme occidental et les conceptions eurocentriques de la modernité, grâce à sa rencontre avec la philosophie matérialiste épicurienne .
Cependant, une grande partie de ces idées fut submergée par le marxisme ultérieur et complètement étouffée dans la tradition philosophique marxiste occidentale. En Chine, la continuité de la civilisation depuis le taoïsme (qui présentait des similitudes avec l’épicurisme), le confucianisme et le néo-confucianisme assura la perpétuation de ces conceptions matérialistes organiques antérieures, rendant la Chine plus réceptive à l’écologie et aux perspectives écologiques de Marx en particulier .
(3) Bien qu’elle puise ses racines dans des philosophies anciennes, la civilisation écologique, en tant que perspective historique transformatrice, est un produit de la société post-révolutionnaire et du développement du socialisme. Elle reflète l’idée que l’être humain est l’acteur de sa propre relation à la nature, notion qui faisait partie intégrante de la vision marxienne du développement humain durable, incarnée dans sa théorie de la perturbation métabolique. Cette approche rejette toute idée selon laquelle l’écocivilisation serait un produit direct du prémodernisme ou du postmodernisme, ou qu’elle puisse s’expliquer, comme l’ont proposé certains théoriciens écologiques chinois, par la succession des civilisations : civilisation traditionnelle, civilisation agricole, civilisation industrielle et enfin civilisation écologique. 4
(4) Le concept de civilisation écologique socialiste en Chine a mis ces idées en pratique de la manière la plus complète.
La civilisation écologique socialiste doit être considérée comme un développement au sein du socialisme. Il est important de souligner qu’il ne saurait y avoir de « civilisation écologique capitaliste », puisque le capitalisme est fondamentalement étranger à la nature et à l’écologie et les détruit. Parler de civilisation écologique socialiste, dès lors, revient simplement à parler du socialisme intégral comme plein épanouissement d’un développement humain durable qui intègre à la fois l’égalité réelle et la durabilité écologique. Il signifie la réconciliation de l’humanité avec la nature.
(5) La civilisation écologique met en lumière ce que les marxistes chinois ont présenté comme la nécessité de « la modernisation de l’existence harmonieuse entre l’humanité et la nature ».
Cette approche repose sur les principes fondamentaux du socialisme. Elle s’oppose donc à la modernisation dite écologique, conçue comme une philosophie mécaniste et un projet purement technocratique en Occident. Elle adopte certaines technologies nécessaires à la transformation écologique, mais les met en œuvre conformément aux principes socialistes, ce qui implique des relations sociales différentes. L’élément crucial réside ici dans la conception fondamentalement différente de la modernisation au sein du marxisme chinois et de la pensée écologique.
(6) Le concept de « communauté de vie » développé par la théorie écologique socialiste en Chine est essentiel pour définir la civilisation écologique.
Elle comporte trois composantes : 1) une communauté du vivant avec des écosystèmes ; 2) « la communauté du vivant de l’humanité et de la nature » ; et 3) une synthèse dialectique, qui constitue « la communauté de toute vie sur Terre » et un « avenir partagé ». Comme l’écrivait Aldo Leopold, grand défenseur de l’environnement américain du début du XXe siècle : « Nous maltraitons la terre parce que nous la considérons comme une marchandise qui nous appartient. Lorsque nous la percevons comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons l’utiliser avec amour et respect. » Leopold proposait une éthique de la terre qui élargissait « le périmètre de la communauté… pour inclure les sols, les eaux, les plantes, les animaux, ou, collectivement : la terre ».
Marx soutenait que personne ne possède la terre, pas même tous les pays et tous les peuples de la planète ; ils en sont simplement « les locataires, les bénéficiaires, et ils doivent la léguer en meilleur état aux générations suivantes en tant que bons chefs de famille ».
(7) La notion de durabilité écologique intégrée au concept de communauté de vie est illustrée dans la « Pensée de Xi Jinping sur la civilisation écologique ».
Xi Jinping a déclaré que s’il fallait choisir entre des « montagnes d’or » et des « montagnes vertes », il fallait privilégier les montagnes vertes, reconnaissant que « les eaux claires et les montagnes luxuriantes sont des richesses inestimables ». Adoptant une approche matérialiste marxiste de l’écologie, Xi Jinping a soutenu que l’écologie est « la forme la plus inclusive de bien-être public ». Reprenant les idées de Friedrich Engels sur la « vengeance » de la nature, Xi Jinping a indiqué que « tout dommage que nous infligeons à la nature finira par nous rattraper ». De plus, il insiste sur le fait que la question de la nature dépasse la simple durabilité matérielle et englobe l’esthétique, comme en témoigne son concept de « Belle Chine » .
Ainsi, la notion de civilisation écologique en tant que communauté de vie s’élargit et acquiert une signification sociale plus large pour le travailleur collectif, grâce au renouvellement de la ligne de masse.
(8) Marx a soutenu que le vol de la nature par le capitalisme, qui a conduit à l’effondrement métabolique, signifiait l’affaiblissement de la base naturelle ou écologique éternelle de la civilisation.
Cela signifie qu’il était nécessaire de rétablir les rapports métaboliques, ce qui n’est possible que sous le socialisme. 11 Face à une crise écologique planétaire sans précédent, ce rétablissement constitue la priorité absolue (outre la menace nucléaire) pour l’avenir de l’humanité.
Dans les pays riches caractérisés par une surcapacité, cela soulève la question de la décroissance. Pour l’humanité dans son ensemble, cela soulève la question du développement humain durable et, en définitive, d’une civilisation écologique dans le cadre d’un socialisme intégral.
(9) Le concept de décroissance n’existait pas dans le socialisme du XIXe siècle, bien que Marx ait eu une vision du développement humain durable. La décroissance, en tant que processus de désaccumulation, acquiert toute sa signification dans une perspective marxiste, découlant du système irrationnel du capitalisme monopolistique/impérialisme et de ses crises de suraccumulation.
Par conséquent, toute initiative résolue en faveur de l’écologie dans les principaux pays capitalistes au cœur du système mondial exige une rupture avec les structures du capitalisme monopolistique et de l’impérialisme. Les pays capitalistes dominants, qui sont aussi les principaux pays capitalistes monopolistiques et impérialistes, se caractérisent écologiquement par une surexploitation de l’environnement, avec des empreintes écologiques qui dépassent – parfois de trois ou quatre fois – la capacité de la Terre à supporter les ressources si l’on généralisait ce phénomène à l’ensemble de l’humanité.
Ces empreintes écologiques colossales témoignent d’un impérialisme économique et écologique. Par conséquent, du point de vue de l’humanité tout entière, ces nations doivent réduire drastiquement et de manière disproportionnée leur consommation d’énergie par habitant, leur utilisation des ressources et leurs émissions de carbone, ainsi que leur accaparement net des richesses du reste du monde.
Étant donné que le capitalisme monopolistique favorise un gaspillage économique considérable comme moyen d’accumulation/financiarisation, engendrant une pauvreté artificielle et présentant des niveaux d’inégalité astronomiques (une poignée d’individus possédant plus de richesses que la moitié de la population), une stratégie de décroissance planifiée est compatible avec une amélioration spectaculaire des conditions économiques et sociales de la majorité de la classe ouvrière.
(10) Dans tous les pays du monde, la crise écologique planétaire exige une révolution écologique qui englobe à la fois les forces productives et les relations sociales.
Dans tous les cas, cela implique le développement d’un prolétariat environnemental en conflit avec le capitalisme monopolistique généralisé et l’impérialisme. En Chine et dans certains autres pays post-révolutionnaires, cela peut se réaliser grâce à une ligne de masse éco-révolutionnaire et à la construction d’une société durable fondée sur les structures communautaires et collectives existantes. Pour la plupart des pays du Sud, le développement humain durable requiert une rupture avec le système de valeurs impérial et une action révolutionnaire d’un prolétariat environnemental visant la survie de l’humanité et la création planifiée d’une société de développement humain durable.
Même dans les pays du Nord, la révolution écologique exige la destruction de l’impérialisme et la réintégration de toute l’humanité sur un pied d’égalité, dans le cadre d’un processus de solidarité mondiale. L’empreinte écologique doit être égalisée sur toute la planète. Les actions menées dans les pays riches ne peuvent être écologiques si les fondements de l’existence écologique sont mis à mal dans les pays pauvres (et sur la planète entière).
Notes
Voir l’analyse de cette histoire dans John Bellamy Foster, The Dialectics of Ecology (New York : Monthly Review Press, 2023), 161–66. Édition espagnole à paraître chez El Viejo Topo.
Karl Marx, Premiers écrits (Londres : Penguin, 1974), 356 ; István Mészáros, La théorie de l’aliénation de Marx (Londres : Merlin Press, 1975), 162-165 ; John Bellamy Foster, Briser les liens du destin : Épicure et Marx (New York : Monthly Review Press, à paraître, 2025).
Joseph Needham, Within the Four Seas: The Dialogue of East and West (Toronto: University of Toronto Press, 1969), 27, 66–68, 93–97, 212; Samir Amin, Eurocentrism (New York: Monthly Review Press, 2009), 13, 22, 108–11, 212–13; Foster, The Dialectics of Ecology, 171–74.
Chen Yiwen, « L’écologie marxiste en Chine », 41–42 ; John Bellamy Foster, Brett Clark et Richard York, The Ecological Rift (New York : Monthly Review Press, 2010), 41–43, 253–58.
Chen Xueming, La crise écologique et la logique du capital (Boston : Brill, 2017), 467–72, 566–70.
Chen Yiwen, « L’écologie marxiste en Chine », 41–43 ; Foster, La dialectique de l’écologie , 13.
Aldo Leopold, The Sand County Almanac (New York : Oxford University Press, 1949), viii ; John Bellamy Foster, Ecology Against Capitalism (New York : Monthly Review Press, 2002), 86–87.
Karl Marx, Le Capital , vol. 3 (Londres : Penguin, 1981), 911.
Chen Yiwen, « L’écologie marxiste en Chine », 42–43 ; Xi Jinping, La gouvernance de la Chine (Pékin : Foreign Languages Press, 2020), 3, 6, 20, 25, 54, 417–24.
Karl Marx, Le Capital , vol. 1 (Londres : Penguin, 1976), 637–78 ; John Bellamy Foster et Brett Clark, Le Vol de la nature (New York : Monthly Review Press, 2000), 12–13.
À Tarascon-sur-Ariège, la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale dépassent leurs différences pour s’opposer au protocole d’abattage systématique lié à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Déçus par les rencontres syndicales avec le premier ministre « sans avancées significatives », les paysans ariégeois ont décidé de maintenir le blocage de cet axe stratégique de la RN20.
À Tarascon-sur-Ariège, les paysans ne lèveront pas le camp d’aussi tôt. Reçus ce vendredi à Matignon par le premier ministre Sébastien Lecornu, les syndicats agricoles espéraient une inflexion du protocole sanitaire lié à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Ils en sont ressortis amers. Si le gouvernement ne renonce en aucun cas au protocole actuel qui prévoit le « dépeuplement » (abattage) des troupeaux dès qu’une bête est atteinte, il souhaite accélérer la vaccination. « Près de 50 % du cheptel ariégeois est vacciné contre la DNC. Dans l’Aude, nous dépassons les 70 %, tandis que 100 % du cheptel est protégé dans les Pyrénées-Orientales. Au total, près d’un bovin sur cinq est vacciné dans les dix départements » du Sud-Ouest concernés par les mesures contre la DNC, se félicitait samedi Sébastien Lecornu.
Sous la pression des mouvements paysans, le Conseil européen a été contraint de reporter au 12 janvier prochain la signature du traité commercial entre l’Union européenne et les pays de la zone MERCOSUR – Brésil, Uruguay, Paraguay, Argentine, auxquels s’ajoute la Bolivie.
Cette petite mise en scène cache, une nouvelle fois, le fond d’un texte dont l’unique objectif est de renforcer la spécialisation de l’Amérique latine dans une agriculture industrialisée et « chimisée », le pillage de ses minerais rares et l’ouverture de ses marchés aux industries européennes, en particulier allemandes. Continuer la lecture de MERCOSUR : le grand bluff Par Patrick Le Hyaric
Voir les vaches et les veaux euthanasiés, chargés comme de vulgaires déchets par des camions-grues, installés au coin de l’étable, est une indescriptible tragédie pour les familles paysannes et leur entourage.
Entendre, à l’aube, des animaux souffrant, appelant au secours, est un déchirement.
L’émotion, le respect dû aux êtres doués de sensibilité, n’auraient jamais dû quitter l’action publique. Cela permettrait de mieux mesurer à quel point ce qui se passe dans les campagnes, avec la propagation de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, est un terrible drame. Cette maladie extrêmement dangereuse et contagieuse pour les animaux*, transmise par les piqûres de mouches appelées stomoxes, ne se soigne pas. Déjouant les frontières, elle est passée par le continent africain, où elle a décimé une grande partie du cheptel, puis remontée vers les Balkans, avant de toucher l’Asie puis d’apparaître en Sardaigne et en Lombardie au printemps 2025 avant de pénétrer en France par la Savoie. Continuer la lecture de Dermatose, Mercosur… On achève bien les vaches Par Patrick Le Hyaric
Cinq mois après l’apparition du premier cas de DNC en Savoie, 110 foyers détectés dans 10 départements et plus de 3 000 bovins abattus, l’Etat ne peut rester sourd aux revendications des éleveurs. Si les mesures d’abattage total auraient pu se justifier au début de l’épidémie, elles s’avèrent aujourd’hui non seulement inefficaces mais aussi dangereuses socialement et économiquement pour de nombreuses exploitations familiales et pour les territoires dans lesquels elles s’inscrivent.
Depuis 2008, Moissac Au Cœur s’est imposé dans le paysage politique local!
Sa définition actuelle n’a plus lieu d’être et en devenant Démocrite « de la vie de la cité à l’actualité internationale », ce site va essayer de répondre aux besoins de débats, de compréhension et d’appréciations de l’actualité tant locale que nationale et au delà.
Chercher et croiser des informations, alimenter les internautes en contenus, le site continuera son rôle de mise à disposition d’une réflexion qui échappe aux médias dominants.
Peut-être que dans un avenir proche, il évoluera vers une communication plus moderne. Pour autant, prendre le temps de lire, s’est déjà comprendre le monde sans les artifices de l’immédiateté si prisés sur les réseaux sociaux de nos jours!
Enfin, le changement de nom de domaine est en cours, ainsi que les différentes extensions nécessaires.
L’objectif est revenu au centre du débat politique. Reconstruire après avoir méthodiquement sacrifié un appareil productif sur l’autel de la financiarisation ne sera pas simple. Sauf si l’État revient au centre du jeu et impose un rapport de force en Europe.
L’industrie est revenue au cœur du débat après avoir été considérée comme dépassée durant des décennies. Trop tard ? Si les filières qui ont été détruites par la financiarisation du capitalisme ont peu de chance de renaître, les enjeux du monde contemporain offrent de nouvelles perspectives. À l’invitation de la revue Progressistes et de son rédacteur en chef Flavien Ronteix, quatre intervenants et acteurs de terrain en débattaient à l’Espace sciences et numérique de la Fête de l’Humanité, en septembre dernier.
Dans quel état le système productif est-il, en France ?
Marie-Claire Cailletaud, Conseillère honoraire CGT au conseil économique, social et environnemental (Cese)
La France a subi une désindustrialisation massive : part de l’industrie divisée par deux, deux millions d’emplois perdus, filières entières démantelées. Dans les territoires, chaque fermeture d’usine détruit des emplois stables, affaiblit les services publics et alimente un profond sentiment d’abandon. Sans industrie, il n’y a plus de cohésion ni de projet commun. Ce déclin vient de choix idéologiques : la croyance dans une « société postindustrielle » et l’idée que la Chine resterait l’atelier du monde. Continuer la lecture de Quelle industrialisation pour la France ?
Quand un syndicat s’invite à l’Assemblée nationale… Le SNETAP-FSU, première organisation de l’enseignement agricole public, a appelé ce mercredi 3 décembre les parlementaires à garantir des moyens à la hauteur des enjeux de souveraineté alimentaire, de transition agroécologique et de renouvellement des générations agricoles. Le syndicat dénonce le manque d’engagement du ministère pour renouveler les générations d’agriculteurs et accompagner l’adaptation au changement climatique, malgré la récente loi LOSARGA (loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture).
Un rôle majeur dans la formation des futurs agriculteurs
L’enseignement agricole public forme la majorité des futurs agriculteurs. En 2024, il accueille 60 491 élèves, dont 19 754 dans les filières de production agricole et agroalimentaire. À l’inverse, l’enseignement privé scolarise davantage d’élèves, avec 94 872 inscrits, mais seulement 12 % d’entre eux suivent des formations en production agricole.
Les lycées agricoles forment également aux métiers du paysage, de la forêt, de la gestion de l’eau et des espaces naturels, des services en milieu rural ou encore du secteur hippique.
La filière couvre tous les niveaux, de la quatrième jusqu’aux écoles d’ingénieurs et vétérinaires, grâce à ses lycées, CFA, CFPPA (établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricoles) et établissements d’enseignement supérieur, et répond ainsi aux besoins de compétences des territoires. Le syndicat souligne que l’enseignement agricole public « ce n’est pas que la production agricole et l’agroalimentaire ».
Une situation démographique critique
Près de 50 % des agriculteurs vont partir à la retraite dans les cinq à huit prochaines années. Actuellement, le nombre d’installations annuelles est estimé entre 13 000 et 14 000, ce qui reste insuffisant face aux 20 000 départs chaque année. Pour le Snetap-FSU, il est indispensable de renforcer l’enseignement agricole public, seul à disposer du maillage territorial et des structures nécessaires pour former la relève : « Seul l’enseignement agricole public est en capacité de permettre l’accès à un parcours à l’installation ambitieux et ouvert à tous les publics. »
Un enseignement agricole public fragilisé
Le SNETAP-FSU dénonce un affaiblissement progressif du service public d’enseignement agricole. Depuis 2019, les budgets successifs traduisent un désengagement de l’État, avec plus de 231 emplois supprimés. Dans le projet de loi de finances 2026, le titre 2 dédié à l’enseignement agricole public diminue encore de 2,6 %, tandis que les financements de l’enseignement privé continuent de progresser, notamment pour les MFR et établissements sous contrat.
Le syndicat précise que les petits lycées professionnels agricoles sont particulièrement touchés, avec de nombreux postes de titulaires non remplacés et un recours accru à des contractuels précaires. De nombreux EPLEFPA (établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricoles) se retrouvent également en grandes difficultés financières. Dans ce contexte, certaines équipes éducatives peinent à maintenir leurs ambitions faute de moyens stables. Le syndicat résume ainsi : « Ceux qui trinquent dans les budgets successifs, c’est nous. »
Un risque croissant d’affaiblissement du service public face au privé
Dans son interpellation, le SNETAP-FSU alerte contre la confusion créée avec le Bachelor agro, un diplôme de niveau 5 dont l’appellation a été désapprouvée par le Conseil d’État. Selon le syndicat : « La création d’un Bachelor agro … va créer de la confusion, sans doute recherchée, avec les bachelors du privé, diplômes non reconnus par l’État. » Ce diplôme ne résoudra pas le problème central du manque d’attractivité du BTS agricole, diplôme essentiel pour l’installation des futurs agriculteurs, et pourrait favoriser un développement des formations privées au détriment du service public.
Le syndicat critique également la modification de la composition des instances de l’enseignement agricole, qui accorde davantage de représentation aux établissements privés dans le CNESERAAV : « Une première qui ne retrouve pas son équivalent dans le ministère de l’enseignement supérieur de l’Éducation nationale. »
Enfin, le modèle des MFR, qui combine formation scolaire et alternance en entreprise, repose sur des financements multiples et parfois opaques, sans répondre aux besoins de renouvellement des générations agricoles : « On est loin de répondre aux ambitions du renouvellement des générations d’agriculteurs et agricultrices. »
Un appel à un budget à la hauteur des enjeux
Face aux défis climatiques, démographiques et économiques, le syndicat estime qu’un budget ambitieux manque pour consolider le service public. Il demande des équipes complètes, des AESH en nombre suffisant, des personnels administratifs et de santé dans chaque établissement, des groupes pédagogiques réduits pour garantir la sécurité des travaux pratiques, et des moyens renforcés pour accompagner tous les élèves, apprentis et stagiaires vers la réussite.
Comme le concluent les co-secrétaires généraux du syndicat Laurence Dautraix et Frédéric Chassagnette : « Il est plus que temps que l’enseignement agricole public dispose enfin d’un budget qui conforte le service public, ses missions et accompagne tous nos élèves, étudiant·es, apprenti·es et stagiaires dans un parcours de réussite. »