Malgré la canicule et le souffle brulant dont elle nous enveloppe, alors que se multiplient les images d’apocalypse d’une France en proie aux flammes, je m’obstine à aller au cinéma. la Bataille de Gaulle, comme la guerre, le deuxième épisode « j’écris ton nom ». j’avais lu des compte rendus enthousiastes même dithyrambiques proclamant qu’il y avait là une ouverture grandiose sur l’Histoire des deux épisodes de Baudry . Dans ces temps de défaite et de trahison, on pouvait se réjouir de voir célébrée la France qui n’aurait jamais arrêté de se battre et la permanence de l’Etat républicain, de ce point de vue le parti pris était intéressant. Oui l’action de De gaulle, relayée par celle de deux hommes Leclerc et Jean Moulin, aujourd’hui bradée, nous a assuré un siège aux Nations Unies une place parmi les vainqueurs et plus tard l’application du programme du CNR. La France jusqu’à Macron n’a pas eu de bases de l’Otan, ne les a pas partagées du côté d’Ormuz, et a eu sa propre dissuasion, elle a même un temps, rompu par Sarkozy, déserté le commandement de l’OTAN, refusé de participer à des aventures en Irak… Prononcé le discours de Phnom Penh . Mais s’il est juste de le célébrer, il est intolérable que l’air du temps s’impose, celui d’un négationnisme du rôle des peuples et de la lutte des classes dans les guerres. Ainsi est-ce que sans les communistes, sans ce qui les a précédés, et ce depuis Valmy, la résistance patriotique de la Commune, peut-on concevoir un modèles républicain universaliste dans l’émancipation et vraiment souverain. Comment peut-on l’oublier et au nom de quoi ce film prétend le gommer ? ce ne sont pas seulement les communistes, l’Union soviétique est également niée, Stalingrad, l’avancée de l’armée rouge et même la manière dont Staline a soutenu la France, est gommé dans ce huis clos de ce qui devient un théâtre de boulevard où l’on retrouve l’histoire de la III e République, celle de Lavisse débouchant sur le pire et le meilleur de l’endoctrinement républicain.
Pourtant le parti pris adopté par Baudry aurait dû faire la part belle aux communistes, comme à l’URSS. puisqu’il s’agit de la manière dont grâce à l’action déterminée de quelques individus la France a échappé au partage et à la mise en tutelle atlantiste qui va désormais gérer le monde en s’accommodant des fascistes. Continuer la lecture de AUX COMMUNISTES LA PATRIE PEU RECONNAISSANTE par D. Bleitracht
Cinquante-six ans après la publication de « la Reproduction » par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, le maintien de l’ordre social et le rôle de l’école font l’objet de nouveaux travaux de recherche.
Comment naissent les inégalités ? Comment se reproduit l’ordre social ? Quel rôle joue l’école ? Ces questions étaient au cœur d’une émission réalisée par l’humanite.fr qui a réuni les sociologues Bertrand Geay et Monique Pinçon-Charlot et l’ancienne ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, autour de la Reproduction au XXIe siècle, ouvrage collectif sur l’actualité de la sociologie de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron.
Toujours dans le cadre de ce week end dont les publications insistent sur la propagande dont nous sommes les victimes – et qui a souvent existé surtout en période de guerre (1)- mais qui prend aujourd’hui alors que la guerre n’est pas déclarée officiellement, une dimension telle que l’avenir de l’humanité est clairement posé face à la fascisation dont une partie de la gauche se fait un des vecteurs.
Entre 2009 et 2012, l’essayiste Raphaël Glucksmann, un de ceux que l’on tente de transformer en « présidentiable » fut l’indispensable « conseiller spécial » du président pro-Occident Mikhaïl Saakachvili, au point d’être au cœur de discussions sur l’importation d’armes… Comment un trafiquant d’armes, celui qui a collaboré avec une marionnette de l’occident cocaïnomane notoire qui après la Georgie a sévi à Odessa, partout chassé parce que devenu par ses vices incontrôlable peut-il être en France un des visages de la « démocratie » et de la gauche ? Voire plus fantastique encore celui d’un défenseur des droits de l’homme. juil. 13, 2026 (1) Marc Bloch avait écrit un texte célèbre sur les rumeurs dans les tranchées de la première guerre mondiale, nous sommes bien dans « une guerre de position » aujourd »hui.
par Danielle Bleitrach (Source : marcendeweld.substack.com) Enquête sur les années géorgiennes de Raphaël Glucksmann publiée en avril 2024 dans Marianne.
Depuis qu’ils ont été élus, les maires d’extrême droite retirent les subventions aux associations qui leur déplaisent, tentent d’imposer leur vision de la culture ou encore s’attaquent aux libertés syndicales. Bilan provisoire.
Marine Le Pen, désormais candidate à l’élection présidentielle, prétend défendre « notre modèle social » et des « services publics de qualité ».
Or, les politiques concrètement mises en œuvre dans la soixantaine de villes gérées par le Rassemblement national (RN) montrent le contraire.
Par exemple, le maire RN de Montargis (Loiret) a stoppé la construction d’une école, d’une crèche et d’un centre pour le traitement du cancer. Ailleurs, ce sont des centres sociaux ou le Planning familial qui sont fragilisés.
À Carpentras (Vaucluse), la ferme municipale, qui produisait en bio des légumes servis dans les cantines scolaires, a été fermée par le maire RN.
Côté culture, dans plusieurs villes d’extrême droite, des festivals de musique ou de cinéma sont annulés, des expositions déprogrammées. À Moissac, le maire RN a même déclaré : « On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous ! »…
Les maires lepénistes s’attaquent aussi à de nombreux symboles, comme la cérémonie du 1er Mai en mémoire des mineurs morts à Liévain (Pas-de-Calais) ou celle de commémoration de l’abolition de l’esclavage à Vierzon (Cher).
Lancée en septembre 1966, puis sauvée in extremis par sa première communauté de fans fin 1967, la série culte continue d’être enrichie jusqu’à ce jour dans le respect de l’univers de son créateur, et surtout, de ses valeurs progressistes, anticapitalistes, pacifistes et désormais écologistes.
1966 : les États-Unis s’engagent toujours plus dans la guerre du Vietnam. La ségrégation raciale sévit encore et les mouvements pour les droits civiques s’élargissent et se radicalisent. Les arsenaux nucléaires menacent la planète et la conquête spatiale sert de vitrine à la guerre froide.
La bataille frontale est engagée et les signes se multiplient de la manière dont la lutte des classes, l’anti-impérialisme apparait comme ce qui structure les camps. Même le vote contre le blocus témoigne du fait que désormais le vote a un sens nouveau, il n’est plus simplement formel : on vote et après on se conforme à la loi extraterritoriale instaurée dans le mépris de la légalité internationale. Il n’y avait alors que deux opposants Les Etats-Unis et Israël, ils sont une trentaine dont bien sur l’Ukraine, l’Argentine mais aussi ceux dont les gouvernements acceptent la loi de la jungle. Est-ce que c’est un affaiblissement : oui si on choisit le sectarisme, une manière de marquer les camps mais c’est exactement le contraire si on constate le nombre de ceux qui même sans s’abstenir ont tenu bon sur la base du droit international. C’est là que l’on a besoin du communisme et pas de l’étroitesse gauchiste, Trump le désigne comme l’adversaire, relevons le défi en France et dans le monde en faisant comme la Chine, comme Cuba en constituant ce terrain de rassemblement contre la guerre et contre le fascisme. Ne nous marginalisons pas appuyons nous sur le refus majoritaire de la guerre et des politiques d’austérité et de répression qui vont avec. Ne nous trompons pas d’adversaires (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Trump redécouvre l’anticommunisme, mais à des fins intérieures.
Toutes les contradictions de l’Amérique de Trump en une seule journée : le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance de l’Angleterre. Continuer la lecture de Trump et le communisme
Le PCF a tenu un congrès important et très regardé à Lille, comme promis, voici mon retour personnel sur ce moment politique important. Ce congrès a été matériellement très bien organisé par les camarades du Nord avec leur engagement humain et chalereux habituel.
Le bilan de ce congrès présente des points très positifs. Les objectifs principaux qui avaient été fixés à ce congrès ont été atteints :
1) Les tentatives de renouveler l’effacement du parti, d’affaiblir voire d’empêcher la candidature communiste à l’élection présidentielle de 2027 ont été déjouées. Cette candidature a été actée sans réserve ni « clause de revoyure ». A travers ce choix est confirmé l’orientation d’un parti communiste qui agit par lui-même en tant que représentant des travailleurs et porteur d’orientations de classe et non comme force d’appoint des gauches social-démocrates. Continuer la lecture de Premier bilan du 40ème congrès du PCF par Franck Marsal (vidéo intervention Fabien Roussel)
Utile au combat antiraciste ? Essentialisant et réducteur ? Le débat autour de l’usage de ce mot entré dans le dictionnaire en 2010 révèle des conceptions et des approches différentes dans le travail de recherche et les stratégies militantes.
Utile aux universitaires et au combat antiraciste pour les uns, essentialisant, réducteur ou humiliant pour les autres, le terme « racisé » divise et fait débat, au-delà du champ sémantique. La notion de « racisé », adjectif ou substantif, dérange lorsqu’elle est perçue comme visant une personne dont l’identité se réduit à cette caractéristique. Pourtant, entrée dans le dictionnaire en 2010, elle définit une personne victime de racisme et de discrimination. Continuer la lecture de « Racisé », un terme polémique ?
En pleine Coupe du monde masculine 2026, l’Humanité prend à contre-pied les gardiens du temple patriarcal en diffusant en exclusivité le Match du XXIe siècle. À travers une rencontre inédite entre joueuses et joueurs professionnels, ce documentaire d’Isabelle Curet interroge la mixité et les inégalités dans le sport.
À l’heure où la Coupe du monde masculine de football occupe les écrans et verra sa finale se jouer au MetLife Stadium de New York le 19 juillet, une autre rencontre invite à regarder le sport autrement. Dans le Match du XXIe siècle, la réalisatrice Isabelle Curet part d’une scène familière : celle des cours de récréation, où les garçons s’installent au centre, ballon aux pieds, tandis que les filles sont reléguées sur les côtés. Continuer la lecture de Coupe du monde 2026 : le « Match du XXIe siècle » ne se déroulera pas au MetLife Stadium de New York
Aux portes de l’apocalypse : pourquoi l’un des plus grands penseurs du monde croit-il que nous approchons d’un cataclysme nucléaire ?Dans un ouvrage glaçant, le physicien théoricien Carlo Rovelli affirme que nous sommes de nouveau au bord du précipice – et que, cette fois, nos dirigeants sont cruellement dépourvus de la clairvoyance de Kennedy et Khrouchtchev. Alors, pourquoi s’oppose-t-il au réarmement ?
Dans un ouvrage glaçant, le physicien théoricien Carlo Rovelli affirme que nous sommes de nouveau au bord du précipice – et que, cette fois, nos dirigeants sont cruellement dépourvus de la clairvoyance de Kennedy et Khrouchtchev. Alors, pourquoi s’oppose-t-il au réarmement ?
Les membres européens de l’OTAN devraient-ils se réarmer face à la menace russe ? Et si non, je pose la question à Carlo Rovelli : pourquoi ?
Le physicien théoricien italien semble bien placé pour répondre à ces questions, d’autant plus que son récent ouvrage, « 85 secondes avant minuit », paraît à point nommé et porte le sous-titre « L’argument d’un physicien contre le réarmement ».
Rovelli, 70 ans, les yeux bruns, affable, avec une chevelure grise d’une abondance enviable, retire ses lunettes avant de répondre.
«L’idée que l’armée russe puisse constituer une menace pour l’Europe est ridicule. La Russie est même incapable d’atteindre Kiev! Il y a quelques années, la Russie représentait 4 % des dépenses militaires mondiales, contre 40 % pour l’OTAN. »
Hiroshima, c’était le gorille américain qui se frappe la poitrine, affirmant à la forêt qu’il est le plus fort.
Cependant, la Russie possède plus de 4 000 ogives nucléaires, ce qui en fait le plus grand arsenal nucléaire au monde. « Nous ne pouvons donc pas neutraliser la Russie », explique Rovelli, « car elle réagirait. » Parmi les trois superpuissances nucléaires – la Russie, les États-Unis et la Chine – seule la Chine s’est engagée à ne pas devenir une première puissance nucléaire. La Russie, comme les États-Unis, se réserve le droit de répondre à des attaques conventionnelles par des frappes nucléaires.
Le véritable problème, selon Rovelli, réside dans la peur mutuelle. « Nous sommes prisonniers d’un manque de confiance réciproque. Nous suivons passivement ce schéma où chacun s’arme et devient plus agressif. » Il cite l’exemple de ce qui s’est passé il y a quelques semaines à Saint-Pétersbourg. « Avec des armes de l’OTAN, les Ukrainiens ont bombardé Saint-Pétersbourg et ont tenté de bombarder Moscou. Ainsi, un pays doté de l’arme nucléaire est « bombardé » par les Britanniques. Ce ne sont pas eux qui appuient sur le bouton, mais les bombes proviennent de Grande-Bretagne, ainsi que d’Allemagne et de France, et dans une moindre mesure des États-Unis. »
« Je suis italien – nous nous souvenons que le fascisme s’est développé sur l’idée que la guerre est belle »… Rovelli. Photo : Graeme Robertson/The Guardian
Pourquoi cela effrayait-il autant Rovelli ? « C’est la première fois qu’une superpuissance dotée de l’arme nucléaire est réellement bombardée. Avant, si vous aviez l’arme nucléaire, vous n’étiez pas envahi. Vous n’étiez pas bombardé. C’est fini. »
Rovelli m’invite à réfléchir à la manière dont ce bombardement est perçu du point de vue du Kremlin. Moscou craint depuis longtemps une agression occidentale, affirme-t-il. Un moment décisif survint en 1962 lorsque les Américains déployèrent des missiles nucléaires en Turquie. Selon lui, cela incita le dirigeant soviétique de l’époque, Khrouchtchev, à installer des armes nucléaires à Cuba, alors proche des États-Unis.
Certes, la crise des missiles de Cuba a été désamorcée par Khrouchtchev et le président américain Kennedy, mais la crainte d’une invasion occidentale persiste en Russie. C’est pourquoi, selon Rovelli, Poutine redoute tant l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN : cela permettrait à l’Occident d’y déployer des armes nucléaires. D’où, toujours selon Rovelli, l’invasion à grande échelle lancée par Poutine il y a quatre ans.
Rovelli estime que cette agression russe a provoqué une vague de craintes et de demandes de réarmement en Europe occidentale.
«Le gouvernement français déclare que les Français doivent se préparer à nouveau à sacrifier leurs enfants ; le gouvernement britannique affirme que nous devons nous préparer à la guerre car elle pourrait éclater ; le gouvernement allemand prétend que ce sentiment pacifiste dans les écoles est néfaste et qu’il faut réformer l’éducation pour rendre la guerre plus acceptable. Tout cela est motivé par l’idée que la Russie envahit l’Europe. C’est absurde. »
Mais n’est-il pas parfois justifié d’avoir peur ? La Seconde Guerre mondiale ne nous enseigne-t-elle pas que les pays d’Europe occidentale auraient dû se réarmer plus tôt pour contrer un démagogue expansionniste ?
« Je pense que tout le monde devrait lire Mein Kampf », répond-il, en référence à l’autobiographie et au manifeste d’Adolf Hitler, publiés en 1925. « Mein Kampf ne dit pas : “Nous sommes allemands, nous sommes les plus forts, nous allons dominer le monde, nous sommes grands, nous sommes blancs, nous sommes aryens, etc.” Il dit : “Nous sommes faibles. Et notre seule chance de survie est de devenir plus forts et de vaincre les autres.” C’est donc la peur qui a alimenté la violence du nazisme. »
Le conflit actuel au Moyen-Orient repose sur des fondements similaires, affirme Rovelli. « La peur alimente l’agressivité d’Israël. La peur alimente l’agressivité du Hamas. Ils vont nous anéantir à Gaza si nous ne réagissons pas de manière agressive. Répondre à la peur par la peur, envenimer la situation, me paraît répugnant. »
Mais n’est-ce pas naïf ?
Poutine n’agit certainement pas seulement par peur, mais est poussé par une conception déformée du destin historique à revendiquer l’Ukraine. « C’est absurde. Vous créez des récits qui alimentent une idéologie tribale. Et c’est précisément ce que nous voulons éviter. Je ne crois pas que quiconque ait un droit historique naturel sur quoi que ce soit. »
Pourquoi devrions-nous écouter ce que les physiciens théoriciens ont à dire sur le réarmement ?
Certes, Rovelli est la référence en matière de gravité à boucles, ce cadre théorique qui fusionne la mécanique quantique et la théorie de la relativité générale d’Einstein. Il excelle également dans la vulgarisation d’idées complexes, notamment grâce à des ouvrages comme *Sept brèves leçons de physique* et *L’Ordre du temps*. Mais lorsqu’il s’agit de guerre et de realpolitik, les physiciens théoriciens se sont souvent révélés d’une ineptie flagrante.
« Nous, les physiciens », concède Rovelli, « avons bel et bien créé cette chose [les armes nucléaires]. C’est notre cadeau empoisonné à l’humanité.
Mais historiquement, la voix des scientifiques – qui a sensibilisé le public au risque nucléaire – a porté ses fruits. » C’est grâce à la sagesse des scientifiques et autres intellectuels, affirme-t-il, que Gorbatchev et Reagan ont été convaincus de signer le Traité de réduction des armements stratégiques (TAR) de 1991, aujourd’hui caduc.
Il est tout aussi vrai que les physiciens théoriciens ont eu des conséquences désastreuses pour l’humanité. Rovelli cite son compatriote Enrico Fermi qui, en 1934, a trouvé le moyen de briser les noyaux atomiques, offrant ainsi à l’humanité une nouvelle source d’énergie. « Mais ce don est trop grand », écrit Rovelli. « Une infime quantité d’uranium peut libérer une énergie suffisante pour raser des villes, brûler vifs des millions d’êtres humains et anéantir la civilisation elle-même. »
Il convient également de considérer ce qui s’est passé à Copenhague en 1941, lors de la rencontre de deux grands physiciens théoriciens : le Danois Niels Bohr et l’Allemand Werner Heisenberg. Bohr, qui fut rapidement exfiltré aux États-Unis après cette rencontre, repartit convaincu que l’Allemagne nazie fabriquait une bombe nucléaire pour gagner la guerre.
Rovelli poursuit le récit : « Une fois aux États-Unis, Bohr a dit : “Regardez, voici un croquis d’une bombe atomique que m’a donné Heisenberg. » Or, il n’en était rien. C’était le croquis d’un réacteur nucléaire pacifique. L’une des conséquences de cette erreur fut que le projet Manhattan fut motivé par la croyance, totalement infondée, que l’Allemagne nazie était sur le point de se doter de l’arme nucléaire. »
La conséquence imprévue, comme l’écrit Rovelli dans son livre, fut « la mort par le feu de 200 000 hommes, femmes et enfants à Hiroshima et Nagasaki ». Non pas, comme certains l’ont prétendu, pour accélérer la fin de la guerre, mais comme une immense démonstration de la puissance américaine – ou, comme il le dit : « Le cri du gorille qui se frappe la poitrine et clame à la forêt qu’il est le plus fort. »
Il y avait certainement d’autres justifications, peut-être même meilleures, pour le largage d’armes nucléaires sur le Japon. Je rappelle à Rovelli une conversation qu’il avait eue à Princeton avec son ami et mentor, le regretté théoricien de la relativité John Wheeler, qui avait travaillé sur le projet Manhattan. Wheeler estimait que le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki était justifié pour épargner le nombre considérable de vies américaines qui seraient perdues lors d’un débarquement sur le continent.
« John était l’une des personnes que j’admire le plus, et la moitié de ma réflexion s’inspire de son travail », se souvient Rovelli avec un rire triste.
« C’est lui qui a reconnu mon travail le premier. » Mais lorsque Wheeler invita le jeune Rovelli à Princeton, leur conversation se porta sur Hiroshima et Nagasaki. « J’ai trouvé son argument – qu’il est acceptable de tuer des centaines de milliers de civils japonais pour sauver la vie de quelques jeunes Américains – absolument répugnant. Il ne s’agissait pas de quelques jeunes Américains vivant leur vie en Amérique, mais de ceux envoyés conquérir une île qui n’est pas américaine. Le Japon avait déjà perdu la guerre. »
Les premières années de Rovelli permettent de comprendre son aversion pour le réarmement. Étudiant, il fut emprisonné en Italie pour avoir refusé d’être enrôlé. « Je suis Italien et nous nous souvenons que le fascisme s’est nourri de l’idée que la guerre est belle. La guerre est ce qui nous rend grands. La guerre est fantastique. »
Parlons de l’Iran, suggérai-je. N’a-t-il pas le droit de posséder l’arme nucléaire si Israël et les États-Unis en possèdent une ?
« Je ne pense pas qu’il faille raisonner en termes de droit absolu », déclare Rovelli. « Nous devons vivre ensemble, et donc trouver des compromis. Si l’Iran ne se sentait pas menacé, il n’éprouverait probablement pas le besoin de se doter de l’arme nucléaire. »
Le titre du livre de Rovelli est tiré de l’édition 2026 du Bulletin des scientifiques atomistes, qui fixait l’horloge de l’apocalypse à 85 secondes avant minuit, soit le moment le plus proche jamais atteint d’une catastrophe nucléaire. Pour Rovelli, la stupidité de nos dirigeants a accru ce risque. Il estime que tous – de Trump, Poutine et Netanyahou aux dirigeants de l’OTAN et de l’Iran – sont dépourvus du bon sens dont ont fait preuve Khrouchtchev, Kennedy, Gorbatchev et Reagan, qui, selon lui, ont tous contribué à éviter l’apocalypse.
Alors que nous terminons, Rovelli me demande : « Quel homme politique a le courage de dire : “Plutôt que de rendre mon propre pays plus fort, je veux rendre l’humanité meilleure” ? »
Peut-être n’est-ce pas seulement mes lacunes, mais la nature même du sort de l’humanité en 2026 qui fait que personne ne me vient à l’esprit.
Le roman « 85 Seconds to Midnight » de Carlo Rovelli est publié par Penguin (9,99 £). Pour commander votre exemplaire, rendez-vous sur guardianbookshop.com . Des frais de livraison peuvent s’appliquer.