Les coopératives agricoles face au recul de l’élevage

Par Gérard Le Puill

Qu’il s’agisse de la production de lait de vache, de viande bovine, ovine, porcine ou de volaille, la France peine à installer des jeunes dans les filières de l’élevage quand les plus âgés partent en retraite. Ce fut le constat un unanime de quatre éleveurs responsables de coopératives agricoles dans ces filières lors d’une rencontre avec la presse le 13 mai à Paris.

En France, les coopératives agricoles vendent des fertilisants, des semences, des produits de traitement des cultures et du matériel agricole aux paysans. Elles collectent aussi et transforment en produits alimentaires les céréales, les fruits et légumes, le lait, les œufs et la viande des animaux d’élevage. La France compte actuellement 2.100 coopératives agricoles et trois agriculteurs sur quatre en sont membres. Ces mêmes coopératives emploient quelques 200.000 salariés en France pour un chiffre d’affaire annuel de 118 milliards d’euros, soit 50% de l’agroalimentaire en France.

Mais les coopératives sont soumises à la concurrence des entreprises privées et à la pression des enseignes de la grande distribution. Ces dernières font croître les importations de produits alimentaires pour faire baisser les prix payés aux transformateurs de produits agricoles, ce qui fait également baisser le prix payés aux paysans. A titre d’exemple, le 5 mai 2026, la tonne de blé tendre rendue au port de Rouen pour l’exportation ne cotait que 184€ contre 220€ en mai 2024 et même plus de 300€ au début de l’année 2023.

Le jeune bovin d’une dizaine de mois, vendu en maigre par des éleveurs pour l’engraissement, cotait 6,20€ le kilo vif en mars, avant de tomber à 5,55€ le 4 mai à Mauriac. Deux ans plus tôt, dans cette même salle de cotation, son prix du kilo vif n’était que de 3,50€. Selon Philippe Colin, éleveur de bovins en Meurthe-et-Moselle et président de la section bovine de la coopération agricole, le nombre de vaches allaitantes et laitières en production a baissé de 1,2 million de têtes en France entre 2016 et 2026. C’est donc la baisse de l’offre au regard de la demande qui fit remonter les prix des bovins de boucherie dernièrement. Mais les accords de libre-échange que l’Europe a signé avec le Mercosur et l’Australie feront croître les importations et chuter les cours à nouveau.

La production recule quand la consommation augmente

Aux côtés de Philippe Colin, trois autres éleveurs responsables de la coopération agricole se sont adressés aux journalistes lors de cette rencontre. Il s’agissait du drômois François Monge pour la production ovine, du finistérien Philippe Bizien pour la fédération porcine, du landais Bernard Tauzia pour le secteur avicole. Le dossier de presse remis aux journalistes à cette occasion indiquait que 30% de la viande bovine, 52% de la production ovine, 58% de la viande porcine et 50% de la production avicole sont vendues aux distributeurs par des coopératives. Il faisait état d’un léger redressement des prix et des revenus des éleveurs par rapport au début de la décennie en cours. Mais il reste à voir ce qu’il en sera dans les prochains mois, suite à l’actuelle flambée des prix des carburants et des engrais. En attendant, Philippe Bizien a expliqué que la filière porcine voit son nombre d’élevages diminuer. En 2025 « le niveau d’autosuffisance en viande porcine était de 98% en recul sur 2024 alors qu’une part importante des ateliers est exploitée par des éleveurs proches de la retraite ».

De son côté, Bernard Tauzia a montré que « la consommation de volaille et d’œufs augmente de 3 à 5% par an en France au point que 45% de la volaille consommée en France était importée en 2025 dont 52,4% des poulets». Voilà une situation plus que paradoxale dans un pays qui produit beaucoup de céréales secondaires destinées aux volailles alors que les prix de vente de ces céréales ont baissé sensiblement depuis 2022.

Selon François Monge, la filière de la viande ovine a connu « une chute des 40% des abattages en 20 ans et son taux d’auto-approvisionnement est désormais inférieur à 50%. Près d’un million d’agneaux français manquent tout au long de l’année pour répondre à la demande nationale ». Selon lui, la stratégie portée par les coopératives doit permettre « d’améliorer la productivité des troupeaux, d’optimiser les coûts de l’alimentation, de réduire les pertes, de mieux planifier les agnelages, de sécuriser les revenus et les conditions de travail des éleveurs ».

Mondialisation des échanges et distorsions de concurrence

Mais à aucun moment, l’éleveur drômois n’évoqua dans son intervention les difficultés croissantes auxquelles font face les éleveurs de moutons face à la multiplication des attaques des loups contre les troupeaux. Quand nous lui avons posé la question , il a indiqué que la présence de plus de 1.200 loups en France fait reculer l’élevage ovin, mais aussi le revenu des éleveurs qui doivent investir dans les clôtures et les chiens de protection. Ajoutons que la France importe ses viandes ovines des pays comme l’Irlande, le Royaume Uni, la Nouvelle Zélande et l’Australie, lesquels ne comptent aucun loup sur leur territoire, ce qui donne aux éleveurs de ces pays un avantage de compétitivité par rapport à leurs homologues français.

A défaut d’évoquer les problèmes posés par le loup, le dossier de presse  remis aux journalistes le 13 mai indiquait que « ces dernières années, les productions animales ont été fortement perturbées par plusieurs épizooties majeures: influenza Aviaire (IAHP) Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) ». Face à ces risques, les responsables des coopératives souhaitent voir «renforcer l’anticipation sanitaire, notamment par l’élaboration en amont de plans de lutte contre chaque maladie et la constitution de banques d’antigènes afin de disposer rapidement de vaccins ».

Avec le réchauffement climatique en cours, le métier de paysan est également confronté à une multiplication des risques que sont les inondations, les dégâts des tempêtes sur les cultures, les aux sécheresses prolongées, en plus des maladies contagieuses dont sont victimes les animaux d’élevage. Mieux vaudrait donc investir en faveur de notre souveraineté alimentaire que dans la surproduction des armes de guerre.

SOS homophobie : un climat de plus en plus anxiogène et délétère

A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les LGBTIphobies du 17 mai, SOS homophobie vient de publier son 30e rapport annuel. Un anniversaire qu’on n’a guère envie de fêter tant le bilan déjà bien sombre du précédent rapport s’est encore alourdi. Climat politique et social réactionnaire, banalisation des discours de haine ne cessent de « renforcer les dynamiques d’exclusion subies par les personnes LGBTI ». Il est grand temps de nommer « toutes les violences et discriminations liées aux orientations amoureuses et sexuelles et aux identités de genre », écrit Julia Torlet, Présidente et porte-parole de l’association, car elles « ne disparaîtront pas tant qu’elles ne sont pas pleinement perçues au sein de la société ». Dans ce combat, l’Ecole a un rôle essentiel à jouer, y compris de protection des élèves et des équipes éducatives. Car la LGBTIphobie tue,  rappelle le rapport, dédié tout particulièrement à Caroline Grandjean-Paccoud. Continuer la lecture de SOS homophobie : un climat de plus en plus anxiogène et délétère

Pour que les choses soient claires: Le cas Mélenchon et le Zugzwang … par Danielle Bleitrach

Des interlocuteurs tout à fait de bonne foi me renvoient à des dialogues de Mélenchon avec d’autres héros de la « rupture » avec le capitalisme. Je voudrais que l’on comprenne ce qui fonde ma conviction qui ne s’acharne pas contre un individu que je ne considère pas comme un ennemi mais analyse un système dans lequel il prend place.

A savoir les quelques décennies dans lesquelles le « libéralisme » avec son primat des « élections » et d’une stabilité basée sur la pseudo victoire de la « démocratie » se combinait en fait avec celle d’un monde unipolaire. C’est ce moment là que je tente d’analyser à partir du choix mitterrandien de 1982 l’horizon indépassable du capital, la rigueur et l’austérité après un baroud d’honneur qui succède au Mitterrand allant en Cancun y lire un discours concocté par régis Debray. Mitterrand va être accompagné dans ce retournement par toute la gauche qui crie avec Montand « Vive la crise » et chante le nouveau héros antifasciste que serait Tapie. Tout cela parfaitement orchestré pour transformer la politique en spectacle dans lequel la gauche et la droite se délitent. Je vous conseille de lire à ce sujet ce que dit Eric Li c’est très parlant. Continuer la lecture de Pour que les choses soient claires: Le cas Mélenchon et le Zugzwang … par Danielle Bleitrach

« Master poulet » ou « Tasty Crousty » : le bruit de la barquette de poulet Par P. Le Hyaric

Loin des élevages hors-sol où caquettent dans un indescriptible brouhaha coqs, poules ou poussins, les poulets font la une des journaux, s’incrustent dans les bulletins d’information et les magazines télévisés, nourrissent murmures, sourires en coin, commentaires et conjectures en tous genres.

Lire aussi: Un restaurant « Master Poulet » fermé par manque d’hygiène : les autorités ont découvert 80 kg de viandes périmées

Loin de la basse-cour, le populaire gallinacé qui n’a rien demandé se retrouve au cœur d’une polémique dans une belle ville jouxtant Paris : Saint-Ouen-sur-Seine. Là, des responsables politiques de gauche se lancent au visage des cuisses de poulet frit sous les goguenards et gras rires de la droite et de quelques milieux d’affaires. Ils sont si heureux qu’on détourne l’attention des enjeux fondamentaux.

En cause ? L’ouverture, à la sortie du nouveau métro, à deux pas de l’hôtel de ville, d’une boutique « Master Poulet », une chaîne de restauration à base de barquettes de poulet et riz à très bas prix. Continuer la lecture de « Master poulet » ou « Tasty Crousty » : le bruit de la barquette de poulet Par P. Le Hyaric

À Colonel-Fabien, l’esprit du Front populaire soufflait encore + vidéo

 

Publié le 13 mai 2026

Le samedi 9 mai, la place du Colonel-Fabien avait des airs de fête populaire. Sous les drapeaux rouges, dans les lumières du soir, entre les discussions passionnées qui animent déjà les échanges à l’approche du congrès, les éclats de rire et quelques pas de danse, il flottait quelque chose de rare : une joie politique. Une joie fraternelle. Comme un écho lointain à ce cri lancé il y a 90 ans : « La vie est à nous ! ». Continuer la lecture de À Colonel-Fabien, l’esprit du Front populaire soufflait encore + vidéo

Mélenchon 2027: une candidature présidentielle qui freine la mobilisation des travailleurs (Alexandre Lantier)

J’assure les publications de ce matin, après avoir reçu un message hier soir de Danielle, qui a fait une mauvaise chute. Avec l’aide de son entourage, elle a pu aller à la pharmacie et a de nombreuses contusions. Nous lui souhaitons tous le meilleur repos et rétablissement. La candidature de Mélenchon, lancée très prématurément, alors que se prépare une crise majeure, ne permet ni la mobilisation collective, ni l’unité. Renvoyant le peuple à l’échéance électorale, qu’il proclame gagné d’avance (comme il l’avait fait en défiant Marine Le Pen à Hénin-Baumont lors de législatives, avant de se désintéresser définitivement de ce territoire ouvrier et populaire après sa défaite retentissante), Mélenchon se pose en obstacle à l’action collective. La crise et les transformations mondiales et nationales provoquées par la fermeture du Détroit d’Ormuz se poseront dès les prochaines semaines, dès la fin du moi de mai et le début de celui de juin et s’approfondiront à l’été. La construction de l’unité du peuple nécessite d’apporter une perspective de solution à la marche vers la guerre, c’est la perspective du Sud global et des BRICS, de l’ouverture de discussions avec la Russie et la Chine et au renforcement du pouvoir des monopoles de la finance qui veut faire payer cette marche à la guerre par la destruction des moyens de vie et de développement du peuple et de la nation, c’est la perspective de l’unité du peuple et de l’unité de la nation autour de son intérêt immédiat, l’intérêt collectif, la réindustrialisation et la modernisation de la France, par la planification et le pouvoir aux mains des travailleurs. (Note de Franck Marsal pour Histoire&Société)

Rien de plus vache qu’un trotskiste pour un autre trotskiste. Il est vrai que l’obédience de Mélenchon, les lambertistes a un lourd passé qui a pesé sur souvent injustement sur d’autres branches. Comme ici WSWS qui est incontestablement la branche avec laquelle le dialogue est le plus intéressant. Même si je ne partage pas tous les arguments il y a qui paraissent incontournables et que nous avons déjà note en fait le soutien évident à la politique impérialiste de Macron comme en a témoigné son interview à la tribune du dimanche et plus généralement toutes ses prises de position et celles de LFI qui ont visé non seulement à diviser la gauche mais à le faire sans autre perspective qu’une manoeuvre électoraliste pour la présidentielle, une véritable obsession « mitterrandienne ». (Note de Danielle Bleitrach)

texte d’Alexandre Lantier

Le 3 mai, Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 sur le plateau du journal télévisé de TF1. L’entretien qu’il a accordé à Anne-Claire Coudray a exposé non pas une perspective révolutionnaire, mais l’absence d’une telle perspective. Avec son parti La France insoumise (LFI), il agit non pas pour mobiliser les travailleurs contre l’austérité et la guerre, mais pour les étouffer par une orientation nationaliste vers les institutions capitalistes françaises. Continuer la lecture de Mélenchon 2027: une candidature présidentielle qui freine la mobilisation des travailleurs (Alexandre Lantier)

Festival Cannes 2026 : « L’Abandon » de Vincent Garenq in Caf. Péda.

  « Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty mais peu de gens connaissent réellement son histoire. Le 16 octobre 2020 Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. A la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours et sur l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique ». Formulé avec sobriété, le synopsis du film de Vincent Garenq, – Sélection Officielle-Hors Compétition, Cannes 2026 -, L’Abandon, nous éclaire déjà sur la démarche exigeante et rigoureuse présidant à sa réalisation.

Suivre le déroulement des faits dans leur implacable enchaînement Continuer la lecture de Festival Cannes 2026 : « L’Abandon » de Vincent Garenq in Caf. Péda.

Fabien Roussel: Intervention au Conseil national du 9 mai

 

Publié le 11 mai 2026

Nous sommes maintenant à un peu moins de deux mois de notre Congrès et à moins d’un mois du vote des 40 000 militantes et militants du PCF sur le projet de Base commune.

3 textes alternatifs proposent une autre orientation à cette base commune.

Parallèlement, plus de 600 contributions ont été déposées pour nourrir le débat. C’est le signe de la vitalité démocratique de notre parti et d’une volonté des militants de participer au débat général.

La situation internationale n’a jamais été aussi préoccupante, gravissime. Ce n’est pas mieux en France. Les forces d’extrême droite sont à l’offensive partout en Europe. Tout cela rend nos débats d’autant plus importants pour analyser le plus finement possible la situation, trouver les meilleures réponses. Et disons-le avec humilité, ce n’est pas simple. Continuer la lecture de Fabien Roussel: Intervention au Conseil national du 9 mai

Comprendre les ressorts sociaux et scolaires du vote RN in Caf. Péda.

« Une partie des électeurs du RN oppose une sorte de réflexe de self-défense en dénonçant le système scolaire. »

Dans Du FN au RN : les raisons d’un succès (PUF, 2026), Patrick Lehingue et Bernard Pudal analysent le rôle de l’école dans la progression du RN.

Frustrations scolaires, sentiment de déclassement et défiance envers les institutions nourrissent selon eux le discours anti-système de l’extrême droite. « Les enseignants sont eux-mêmes victimes d’une évolution du système scolaire qui passe des promesses « démocratiques » du collège unique à un horizon scolaire qui s’est refermé, à la fois par manque de moyens mais aussi par absence d’un véritable projet démocratique », ajoutent-ils, soulignant la perte progressive de leur autorité sociale.

 Que savons-nous vraiment des électeurs de l’extrême droite ? Continuer la lecture de Comprendre les ressorts sociaux et scolaires du vote RN in Caf. Péda.

Sport à l’école : le SNEP-FSU défend une vision sociale et émancipatrice

« L’enjeu est de renforcer la démocratisation d’accès aux pratiques physiques, sportives et artistiques. Cela passe par une politique volontariste et le vote d’un budget qui répond aux besoins des jeunes dans leur diversité : milieu social, lieu de vie, genre… L’augmentation du temps d’éducation physique et sportive à l’école doit aussi s’accompagner de programmes à visée émancipatrice fondés sur l’acquisition d’une culture commune ». Fabrice Allain et Coralie Benech co-secrétaires du SNEP-FSU depuis le mois dernier, évoquent pour le Café pédagogique les principales orientations et priorités de leur mandat. Pour eux, la « définition sociale de l’École est bien différente des injonctions aux parcours personnels ou de la réduction de la discipline à la seule santé physique. Le SNEP-FSU promeut une santé « transformatrice », soit un pouvoir d’agir de l’individu dans son contexte social ». Continuer la lecture de Sport à l’école : le SNEP-FSU défend une vision sociale et émancipatrice